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La redéfinition du “Made in America”

By 17 juillet 2024No Comments

Les pénuries de composants et les problèmes de chaîne d’approvisionnement survenus durant la pandémie de COVID-19 ont incité les grandes entreprises occidentales à revoir leur stratégie. Pour réduire leur dépendance aux manufactures asiatiques, certaines ont tout simplement décidé de relocaliser une partie de leur production en Europe et aux Etats-Unis. Sommes-nous pour autant arrivés au point de bascule entre délocalisation et relocalisation ? La relocalisation pourra-t-elle contribuer à relancer nos économies ? Voyons ce qu’il en est avec Chris Campbell.

 

 

Au cœur de l’Amérique, une révolution gronde.

Ce n’est pas une révolution impliquant des armes et des « tea party », mais elle pourrait refaçonner une fois de plus le tissu même de la société américaine.

Elle se produit dans des bâtiments insignifiants remplis de machines high-tech et d’ingénieurs passionnés, où le ronronnement des chaînes de fabrication promet de revitaliser le secteur manufacturier.

C’est du moins le postulat à l’origine de Reindustrialize, à Détroit.

« Hé tout le monde ! », nous a dit l’intervenant. « Regardez vos pantalons, votre sac, vos chaussures, vos coupe-ongles, si vous en avez, et notez ce que vous voyez. Où ont-ils été fabriqués ? ». 

L’intervenant en question, c’est Miles Arnone, le P-DG de Re:Build Manufacturing, une société fondée en 2021 par l’un des ex-dirigeants d’Amazon, Jeff Wilke.

Quelle est sa mission ? Revitaliser la production américaine en créant un réseau dynamique de sociétés de fabrication capables d’offrir des solutions de bout en bout, allant de l’ingénierie à la distribution.

Pour y parvenir, Re:Build a racheté et intégré de façon stratégique des sociétés de fabrication spécialisées qui évoluent dans des secteurs cruciaux.

Contrairement au modèle traditionnel du capital-investissement, Re:Build adopte une approche à plus long terme sur le plan de la croissance, visant à créer un écosystème viable d’usines situées sur le territoire national.

Ce n’est pas une mince affaire. Surtout quand on considère ce qu’il a déclaré ensuite.

« Bon, soyons honnêtes », a dit Arnone. « Si trois de ces articles sont fabriqués aux Etats-Unis, levez la main. Pour la plupart d’entre vous, je parie que la réponse est ‘ aucun’ ».

Je me suis enfoncé dans mon fauteuil, comme 90 % des gens présents dans la salle. Il avait raison. Ma chemise avait été fabriquée à l’Ile Maurice. Mon pantalon, au Vietnam. Mes chaussures, au Mexique. Et mon sac, au Liberia. Le Liberia ! Je l’ai imaginé en train de s’exclamer « le Liberia ? »

Je me suis encore plus enfoncé dans mon fauteuil.

Et mon coupe-ongles ? J’ai dû regarder plus tard, mais vous ne le devinerez jamais… Il a été fait en Chine. (Oups).

Au bout du compte, une seule personne a levé la main.

C’est pour toutes ces raisons que je suis venu participer à cet évènement, au milieu d’acteurs du capital-risque impatients de se lancer dans le secteur « hard tech » du « made in America ».

 

MAIS…

Malgré toute cette énergie et cette exaltation…

Tous les gens à qui j’ai parlé ici ne sont pas convaincus par ce discours. Il y a des défis, et certains affirment qu’ils ne seront surmontés ni au cours de cette décennie, ni au cours de la suivante.

 

La Chine, mais sans détournement de propriété intellectuelle

 « Notre dépendance aux sources d’approvisionnement étrangères en matière de produits critiques ou non, a creusé un gros trou au sein de l’économie américaine », déclare Arnone, avec la ferveur de celui qui y croit vraiment.

« Elle a également engendré une situation où beaucoup de gens ont été exclus de la classe moyenne ».

Imaginez, si vous le voulez bien, un puzzle. Chaque pièce représente une étape de création différente : l’ingénierie, la production, l’automatisation.

Pendant des décennies, ces pièces ont été dispersées à travers le monde, certaines des plus cruciales atterrissant dans des endroits comme la Chine et l’Asie du Sud-Est. Ce que Re:Build tente de réaliser, ce n’est pas simplement de rapatrier ces pièces du puzzle sur le territoire américain, mais qu’elles puissent s’assembler de façons totalement différentes.

« Nous devons développer un modèle d’industrialisation, dans ce pays, qui fonctionne pour les caractéristiques uniques des Etats-Unis », déclare Arnone.

Cela paraît simple, a priori, mais quand on creuse, c’est bien plus difficile. Mais selon Arnone c’est à notre avantage : les processus difficiles rendent le modèle bien plus difficile à dupliquer.

Car ce nouveau modèle ne concerne pas que des usines et des machines. Il concerne la culture, la collaboration, et un changement fondamental de notre façon de penser la production. Il s’agit de créer un modèle « China Incorporated » selon les termes d’Arnone, mais sans le détournement de notre propriété intellectuelle.

Au cœur de cette approche figurent un ensemble de principes appelés « The Rebuild Way » (la voie de la reconstruction), une philosophie contenant 16 principes mettant l’accent sur la transparence, le raisonnement à long terme et l’amélioration constante.

Selon lui, c’est l’antithèse de la mentalité du profit à court terme qui domine depuis des décennies aux Etats-Unis.

Mais voilà où cela devient intéressant.

Re:Build n’applique pas seulement ces principes à ses propres activités. L’équipe les utilise pour créer un réseau d’entreprises capables de travailler d’une manière autrefois inimaginable.

Prenez l’histoire des ADAV [NDLR : avions à décollage et atterrissage verticaux]. Cela a commencé avec les pales du rotor conçues par Re:Build, puis les prototypes sont passés à la production et, à présent, il existe un système complet de rotors Made in America.

Ce processus a fait intervenir de multiples entreprises au sein du réseau Re:Build, toutes ayant apporté leur expertise unique.

Résultat ? Cela produit un écosystème plus important que la somme de ses parties… une approche qui permet à de petites et moyennes entreprises de se surpasser et d’être compétitives sur un plan international comme jamais auparavant.

 

Une nouvelle approche du « Made in America »

L’avenir de la production américaine ne se limite pas à rapatrier les anciens emplois ou à reproduire les succès passés.

Il s’agit de réinventer ce que pourrait être la production au XXIe siècle.

Il s’agit de créer une nouvelle tradition industrielle qui combine le meilleur de l’ingéniosité américaine et des leçons apprises dans le monde entier.

Arnone offre un aperçu d’un avenir possible, où l’usine permettrait à nouveau d’accéder à la classe moyenne, où le « Made in America » serait synonyme d’innovation et non de nostalgie, et où le ronronnement des machines serait la bande sonore d’une économie revitalisée.

 

A bientôt !

Chris Campbell

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