Le pays du yuan joue la hausse du yen !

Rédigé le 2 septembre 2010 par | Matières Premières Imprimer

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Septembre 2001… Voilà une période dont chacun se souvient pour une foule de raisons. A commencer par les plus dramatiques. Mais elles ne constituent pas le thème central de cette étude consacrée au yen qui retrouve aujourd’hui même sa valeur de début septembre 2001 — soit 106,5 euros.

Depuis décembre 2009 mais surtout depuis mai 2010, la devise semble s’imposer comme le second placement de réserve favori de la Chine, juste derrière le métal précieux. Pourquoi évoquer la Chine en la circonstance alors que les commentateurs se focalisent le plus souvent sur l’inversion du mécanisme du carry trade yen/dollar ?

Ce n’est pas pour le plaisir de défendre à tout prix une thèse originale et un peu décalée par rapport aux thèmes les plus en vogue actuellement. C’est tout simplement parce que, depuis mi-août, Pékin annonce clairement la couleur.

On le sait, la Chine a commencé à réduire ses achats de T-Bonds US dès le printemps dernier. Mais, les cambistes n’ont pas fait immédiatement la relation entre cette désaffection motivée par l’anticipation d’un ralentissement conjoncturel aux Etats-Unis et des arbitrages au profit des bons du Trésor nippon.

Se désengager — très partiellement — du dollar n’impliquait pas automatiquement de privilégier le yen dans le cadre d’une diversification internationale. La Chine a en effet bien plus fortement accru ses échanges avec le Brésil, l’Inde, le Chili, l’Australie et certains pays d’Afrique ces derniers mois qu’avec le Japon.

Pourquoi la Chine préfère-t-elle le yen au dollar ?
Le yen offre un avantage technique. La profondeur du marché monétaire nippon est incomparablement plus élevée  que celui de toute autre devise provenant d’un pays émergent, fut-il aussi peuplé que l’Inde ou le Brésil.

L’autre avantage du Japon, c’est sa stabilité politique — il n’y a qu’à considérer la situation chaotique qui règne en Thaïlande depuis 20 ans — et un modèle économique qui inspire confiance à la Chine. Les acheteurs de la dette publique sont  — ou étaient jusqu’à une date récente — ultra majoritairement japonais.

Par ailleurs, aucune bulle obligataire comparable à celle que vient de gonfler la Fed aux Etats-Unis ces deux dernières années ne menace d’exploser. Le bilan de la Banque centrale nippone apparaît beaucoup plus sain que celui de son homologue américain.

Certes, l’endettement public de l’Archipel est colossal… mais l’argent se voit — orgie d’infrastructures améliorant l’efficacité et la sécurité du pays — alors que les milliers de milliards du bilan de la Fed sont engloutis dans des opérations de renflouage du système bancaire qui ne créent pas un emploi, ni ne contribuent au mieux-être de la collectivité.

En d’autres termes — et peut-être parce que rentrant du Japon fin août après avoir visité le continent nord-américain les deux années passées –, je mesure mieux la différence qui existe entre « crise » et « crise » de part et d’autre du Pacifique.

Il m’apparaît peu douteux que le Japon exportateur s’impose aujourd’hui, et plus que jamais, comme modèle de la Chine… tandis que les Etats-Unis en voie de désindustrialisation auxquels le leadership mondial échappe, semblent condamnés à vivre une longue et pénible cure de désendettement au cours des 10 ans à venir.

La Chine vient de ravir au Japon sa place de deuxième puissance mondiale — en termes de PIB — mais l’élève, même s’il affiche une stature physique plus imposante, est encore loin d’avoir dépassé le maître !

Pékin préfèrerait certainement que le yuan — s’il devient convertible à l’horizon 2020 — ressemble un jour au yen plutôt qu’au dollar. D’où cette question à laquelle nous n’apporterons pas de réponse aujourd’hui : le yuan peut-il demeurer éternellement arrimé au dollar ?

Le yen s’impose à présent comme le baromètre inversé des indices boursiers
Pour simplifier la démonstration qui nous occupe, je traiterai de la parité euro/yen même s’il convient d’insister sur le fait que le billet vert s’enfonce inexorablement vers des planchers historiques délaissés depuis le début des années 1990.

Après la spectaculaire remontée observée de mi-juillet à fin novembre 2008, le yen semblait depuis 18 mois s’être stabilisé au sein d’un corridor de 115/138 euros… mais avec le psycho-Drachme grec — excusez ce calembour un peu facile mais il resitue efficacement le contexte –, une rupture s’est produite le 6 mai dernier et le yen s’est envolé en quelques heures de 121 vers 110,5 euros.

Un canal de consolidation s’est alors de nouveau formé durant trois mois — entre 107,50 euros et l’ex-support majeur des 114,5 euros — mais voici qu’une nouvelle rupture s’est produite le 23 août dernier avec l’inscription d’un nouveau zénith vers 105,5 euros.

La règle du balancier, qui a fort bien fonctionné par le passé — à chaque rupture haussière face au dollar ou à l’euro — devrait encore s’appliquer cette fois-ci. Si tel est bien le cas, alors le yen semble bien parti pour s’en aller tester le seuil psychologique des 100 et même les 99,9 euros, comme le 1er juin 2001.

Si ce scénario se matérialisait, le dollar — qui rechute sous 1,28 euro — ne tarderait pas à s’enfoncer sous les 80 voire les 78 yens. Cela en dirait alors très long sur les anticipations de récession ou de déflation aux Etats-Unis… et il est difficile de se convaincre que l’Europe puisse en ressortir indemne.

Autrement dit, il faut s’attendre à ce que le yen continue de servir d’indicateur avancé — mais symétrique — par rapport aux indices boursiers. La hausse de l’un excluant celle de l’autre dans un avenir prévisible.


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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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