Comment profiter de l’inclusion du yuan dans la composition des DTS ? (1)

Rédigé le 2 décembre 2015 par | DTS, Matières Premières, Toutes les analyses, yuan Imprimer

C’était un secret de polichinelle (surtout pour les lecteurs d’Intelligence Stratégique qui sont dans les coulisses de la réorganisation géopolitique mondiale), mais ça y est : le FMI a enfin annoncé l’inclusion de la devise chinoise dans le panier composant la « monnaie mondiale » que sont les DTS (les Droits de Tirages Spéciaux). La pondération du Yuan dans le DTS sera de 10,92% et son intégration effective se fera au 1er octobre 2016.

Il s’agit d’un changement colossal dans le monde économique et monétaire. Jugez plutôt : la dernière modification de la composition du DTS remonte à… 1999. Or à l’époque il ne s’agissait que d’une simple substitution du mark allemand et du franc français par l’euro unique, et non d’une vraie réorganisation comme celle qui vient d’être annoncée.

Qu’est-ce que cela va changer pour vous, investisseurs ?

Comment profiter de cette nouvelle, certes attendue, mais aux impacts potentiellement monumentaux ?

Pour commencer,  voici la composition de devises internationales qui permettra de calculer la valeur d’un DTS, à partir de septembre 2016, la monnaie du FMI, créée en 1969 :

nouvelle compostion des DTS

Cette arrivée du yuan se fait essentiellement au détriment de l’euro et de la livre sterling qui voient leur pourcentage diminuer fortement (respectivement de 17,3% et 28,5%).

Cette transformation va engendrer de nouveaux flux de capitaux financiers (sur les marchés actions et devises). La demande en produits financiers adossés à la Chine (devises, obligations, actions) devraient fortement augmenter suite aux multiples rééquilibrages de portefeuilles. En effet, de nombreux acteurs comme les fonds souverains, les hedge funds, les fonds de retraite, vont devoir prendre en compte la nouvelle place de la Chine dans le monde financier, et se couvrir et/ou diversifier leurs portefeuilles en fonction de celle-ci.

Faisons le point sur ce que peut faire un investisseur particulier dans ces nouvelles tendances qui s’annoncent.

Une très brève histoire de la relation yuan/dollar

Tout d’abord, qu’est-ce que la monnaie chinoise? Pourquoi y-t-il tant d’acronymes différents (RMB, yuan, CNH, CNY…) ?

La monnaie en vigueur en Chine est officiellement appelée le renminbi (traduction : la monnaie du peuple). L’unité de compte (sur les comptes bancaires) est le yuan, donc la monnaie chinoise, peut aussi être appelée chinese yuan.

Ensuite, le renminbi (RMB) est le nom de la monnaie qui se traite à la fois en Chine et en dehors de Chine. Si le RMB est traité en Chine, il possède l’acronyme CNY. Par exemple pour la paire de devises USD/CNY. Par contre, si le RMB se traite en dehors de Chine (en fait principalement à Hong Kong), il prend alors le nom de CNH. Le trading du USD/CNH a commencé en 2010.

Sur le marché domestique du RMB, les principaux acteurs sont les entreprises exportatrices qui ont besoin de CNY (pour les salaires et payer les fournisseurs), et vendent les dollars US qu’ils ont récoltés grâce à leurs ventes à l’export.

Les spéculateurs, eux, ne peuvent participer qu’au marché offshore du RMB, c’est-à-dire via la paire USD/CNH à Hong Kong. La demande de CNH excède généralement l’offre qui est régulée par le gouvernement chinois, donc le CNH traite presque toujours à une valeur supérieure au CNY, comme on le visualise sur le graphe ci-dessous :

l'évolution du cours de usd/cnh/cny

Le RMB est donc une seule et même monnaie mais se traite à des prix différents en fonction de la place de marché (domestique ou offshore)…

Pour information, le RMB a, jusqu’à présent, presque toujours eu une histoire commune avec le dollar. Cependant cela va sans doute changer très prochainement…

En effet, le RMB fut créé en 1948, son cours a très tôt été arrimé à celui du dollar : au taux de 2,46 yuans pour un dollar. À cette époque, le commerce international de la Chine était négligeable comparé à aujourd’hui. Lorsque ce dernier a commencé a augmenté fortement, la Chine a adopté en 1981 un système de double cotation. Dès lors, le taux pour les échanges commerciaux fut fixé à 2,80 pour un dollar, et ce même si l’offre et la demande modifiait fortement le cours du RMB…

En 1994, le peg (le taux fixe d’échange) au dollar a été introduit dans une fourchette étroite de 8,27 à 8,28. Ce taux de change fixe devait garantir une stabilité du système financier et une protection contre les chocs externes pour ne pas restreindre la croissance économique qui devenait alors très forte.

Le 21 juillet 2005, la Banque Populaire de Chine a annoncé une réévaluation du peg et une certaine flexibilité dans la fixation du cours. Le yuan a pris immédiatement 2%, à 8,11 pour un dollar. Ensuite, comme l’utilisation du Yuan pour les règlements commerciaux et les investissements étrangers en Chine n’a cessé de s’accroître, le taux a glissé jusque 6 yuan pour un Dollar, point bas de début 2014. Depuis, le Dollar a entamé un cycle haussier contre toutes les devises, dont le yuan, le taux actuel est autour de 6,44.

La réforme du RMB et son internationalisation ont beaucoup accéléré ces dernières années, mené par le développement de l’économie chinoise. Il est ainsi temps pour la monnaie chinoise de jouer pleinement son rôle… Aujourd’hui  nous assistons à l’une des dernières étapes de sa normalisation en 2016.

Un effet modeste à court terme, significatif à long terme

Néanmoins, si l’on regarde la date de mise en application du changement (octobre 2016), et le montant du panier total des DTS déjà émis qui représentent environ 300 Mds$, la décision récente du FMI d’inclure le yuan dans le DTS ne devrait pas avoir de d’impact immédiatement remarquable sur le cours de la devise.

En mettant en perspective le volume traité quotidiennement sur le marché forex (1 450 Mds), on devine que, quel que soit le pourcentage que le yuan obtient dans le DTS en mars, cela ne viendra pas bouleverser le marché des devises en tant que tel…

L’effet sera plutôt à rechercher dans la nouvelle confiance que va obtenir cette devise. Elle va correspondre aux standards d’une vraie devise de réserve comparable à l’euro et au dollar, et son utilisation internationale va encore croître, en plus de la spéculation qui ne va pas manquer d’arriver.

Aussi, si vous souhaitez jouer à terme un renforcement du yuan face au dollar (je vous conseille d’attendre encore un peu que l’actuelle  tendance haussière du dollar US prenne fin), vous pouvez le faire de deux manières :

Si vous voulez absolument jouer à plus court terme, je vous conseillerais plutôt  la baisse de l’EUR/CNH dont la tendance mensuelle est franchement baissière :

l'évolution du cours de l'EUR/CNH

Et si vous voulez comprendre les enjeux des DTS, comment ils vont détruire, remplacer le dollar US et marquer l’avènement d’un nouvel ordre monétaire, je vous conseille de lire les analyses de Jim Rickards, disponibles ici.

Nous poursuivrons notre analyse de l’intégration du Yuan aux DTS ces prochains jours.

 

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Gaël Deballe
Gaël Deballe

Mon nom est Gaël Deballe. Cela fait plus de 10 ans que je suis actif sur les marchés financiers. Je suis initialement ingénieur Supelec, avec une formation complémentaire universitaire en économie générale et gestion de l’entreprise.

Pendant longtemps, j’ai travaillé dans le secteur de l’électricité, en France et en Suisse, notamment dans le trading d’électricité. En parallèle, je me formais sur les marchés financiers avec une prédilection pour les stratégies sur options. Et puis, un jour, je me suis senti près à lâcher mon « boulot confortable » et à me lancer, à vivre de mon trading. Ce que j’ai fait.

Par la suite, j’ai créé un site dédié aux stratégies de rendement sur options (et autres stratégies) : http://zen-option.com/ et je propose régulièrement des formations sur les options. Passionné de voyages, de nature, de plongée, de découvertes et de finances, j’ai pu changer l’orientation de ma vie et vivre de mes revenus obtenus grâce aux options… où que je sois dans le monde !

J’ai également suivi une formation d’anticipation politique auprès du « Laboratoire Européen d’Anticipation Politique », un think tank européen qui base ses travaux sur la « méthode d’anticipation politique ». Ce think tank est, par exemple, à l’origine du concept de « crise systémique » et travaille à analyser la géopolitique et la géostratégie de l’Europe avec le reste du monde. Les participants essayent d’anticiper l’avenir en imaginant toutes sortes de scénarios. Ce fut passionnant et cette formation m’a permis d’apprendre à « voir plus loin », à « imaginer l’avenir », les scénarios possibles.

Voici mon parcours… d’où je viens, comment je me suis formé.

Alors, quand les Publications Agora m’ont contacté, pour vous proposer mon savoir-faire et mon expérience sur les options, j’ai évidemment dit oui. Et quand, après l’avoir rencontré, Jim Rickards m’a proposé d’être son « analyste France » pour ses services… vous pensez bien que j’ai sauté sur l’occasion !

Cela fait un moment à présent que je suis les analyses de Jim. Cet homme est brillant, passionnant. Il a une vision complexe de la manière dont fonctionne le monde, les institutions ; il connaît les interconnexions entre marchés ; il connaît la géopolitique, la géostratégie… C’est un visionnaire, lucide. Et comme moi, il aime les stratégies sur options. Je suis donc ravi de travailler avec lui chaque semaine sur les scénarios qu’il envisage et vous proposer des trades sur options concrets pour jouer ses idées.

Vous pouvez retrouver les analyses de Jim Rickards et mes stratégies dans Alerte Guerre des Devises, Trades Confidentiels  et Intelligence Stratégique.

Je vous souhaite de bons trades,
Gaël Deballe

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