Yen et Nikkei : le Japon en pleine action

Rédigé le 12 février 2013 par | Autres indices, Matières Premières Imprimer

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Personne n’a mentionné lundi 4 février le plongeon du yen sous les 126,5/euro en fin de nuit pour justifier le trou d’air de -3% subi par les indices boursiers dans l’Eurozone. Ce jour-là, en effet, le yen rebondira de 1,5% pour en terminer vers 124,8/euro.

Il est en revanche apparu évident que sa rechute vers un plancher de 127,7/euro et 94/dollar expliquait largement l’envolée historique de 3,8% (ou +420 points) de la bourse de Tokyo — une configuration qui mérite que l’on y revienne.

En effet, le Nikkei a débuté la séance du mercredi 6 février par un gap au-dessus des 11 170 points. Il a ensuite progressé tout au long de la journée jusque vers 11 463, matérialisant sa plus forte hausse en une seule séance depuis le 3 décembre 2009 ou le 19 septembre 2008 (et sa meilleure clôture depuis le 1er octobre 2008).

◊ Une première historique
Si nous pouvons observer des écarts supérieurs à 4,5% en remontant un peu plus loin dans le passé (en avril ou mai 2009), nous avons cependant assisté à une première historique : chaque fois que le Nikkei s’est envolé dans de pareilles proportions, Tokyo était alors complètement survendu et non pas suracheté comme en ce début de mois de février.

Le rebond atteint en effet 30% depuis les 13/14 novembre 2012 et 38,5% depuis le plancher du 4 juin 2012.

En ce qui concerne les indicateurs techniques, ils saturaient déjà à la hausse en Unité de Temps (UT) hebdomadaire et mensuelle dès que les 10 250 points (ex-zénith de fin mars 2012) ont été retracés le 26 décembre dernier.

La situation était alors bien plus tendue en UT mensuelle qu’elle ne l’avait été en février 2007 alors que le Nikkei testait les 18 000 points. Elle est désormais plus critique en UT hebdomadaire qu’en avril 2010 (lorsque le Nikkei testait les 11 350 points), une période qui demeure une référence absolue en matière de surachat depuis le début du 21ème siècle.

N’importe quel mouvement correctif de forte intensité aurait pu survenir à n’importe quel moment depuis Noël… mais nous assistons à la matérialisation d’une « fuite en avant » des indices boursiers qui — contrairement à 2005 et dans une moindre mesure 2006 — ne peut être reliée à aucune embellie économique présente ou anticipée dans un futur immédiat. Impossible en revanche de ne pas faire le lien avec l’effondrement savamment orchestré du yen.

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◊ La guerre des devises aura bien lieu
Pour ceux qui douteraient encore du concept de « guerre des devises » lancée par le Japon, Shinzo Abe a obtenu mardi dernier l’annonce du départ — ou plutôt la démission anticipée — du gouverneur de la Banque centrale du Japon, M. Shirakawa. Ce dernier laisse les mains libres à son successeur pour piloter l’effondrement de la devise nippone.

Et le yen a effectivement testé les 127,7/euro, soit très exactement son plancher depuis les 1er et 14 avril 2010. C’est tout simplement sa plus forte chute en trois mois depuis 15 ans — et le plus violent mouvement de change depuis la période août/septembre/octobre 2008 avec une hausse symétrique de 33%, de 170 vers 114 contre l’euro. Cette hausse subite était liée au débouclement en catastrophe de positions spéculatives de type carry trade.

Oui, nous insistons sur le fait que le yen a enregistré son plus phénoménal décalage de cours face à l’euro (depuis sa création). Et il s’agit bien d’un écart orchestré et non « subi » : ceci ressemble à une véritable déclaration de guerre commerciale à l’encontre de la Corée, de la Chine et… de l’Allemagne, avec la France comme victime collatérale.

Si le gouvernement japonais n’en est pas à son coup d’essai, c’est la première fois en 15 ans qu’il le fait aussi ouvertement. Le résultat va peut-être au-delà de ses espérances puisque nous nous retrouvons confrontés à une véritable première historique qui nous prive de référents pour déterminer quel sera le prochain coup à jouer sur le Nikkei.

Celui-ci a ouvert le 5 février un nouveau gap au-dessus des 11 170 points, avant de grimper à la verticale jusque vers 11 500 points quelques heures plus tard. Le zénith du 6 avril 2010 (11 350 points, déjà évoqué) venant d’être pulvérisé, le prochain objectif pourrait se situer vers 11 721, soit un autre gap resté béant depuis le… 29 septembre 2008.

◊ Le point de vue de la BCE
Mario Draghi était très attendu sur la question de la guerre des changes : il a rappelé que les parités monétaires ne font pas partie des « objectifs » de la BCE, sauf à considérer que cela pourrait remettre en cause la stabilité des prix, ce qui n’est pas le cas pour l’instant, l’inflation demeurant sous contrôle.

Il s’est tout de même permis d’affirmer que le respect de l’indépendance de la Banque centrale du Japon par le nouveau gouvernement n’était pas exemplaire. Nous ajouterons à cela que la victime semble consentante, l’objectif consistant pour elle depuis deux décennies à relancer l’inflation plutôt que de la contenir (à l’allemande).

Elle n’a rien fait depuis trois mois pour éviter le gonflement d’une bulle boursière qui prend des proportions dantesques : si elle n’est déjà plus en mesure de reprendre la main sur les marchés, comment imaginer qu’elle se montrera capable de piloter un redressement économique durable alors que les Japonais et leurs entreprises s’empressent de placer leur argent dans des devises plus fortes au lieu d’investir et de consommer.

La bourse de Tokyo vient d’accumuler des tensions colossales, tout comme le yen, et la manière dont elles vont se relâcher pourrait bien s’apparenter à un séisme de magnitude 9, comme celui du 12 mars 2011.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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