Le yen face à la dévaluation du dollar

Rédigé le 1 octobre 2010 par | Matières Premières Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Aujourd’hui, la Fed ne peut que se tirer une balle dans le pied
Le débat qui fait rage autour du thème inflation/déflation occulte celui qui devrait préoccuper en premier lieu les investisseurs et les détenteurs d’actifs libellés en dollar… à savoir le risque de faillite général de l’économie américaine — laquelle souffre, je vous le rappelle, d’un niveau d’endettement réel deux fois supérieur au taux officiel de 8%.

Mais pour l’heure, c’est l’effondrement de la confiance des ménages américains au mois de septembre qui alimente les spéculations sur la reprise imminente du cycle « d’assouplissement quantitatif » par la Fed. Elle pourrait très bien mettre en place un quantitative easing sans limitation de taille ni de durée, au gré du surgissement de nouvelles difficultés budgétaires et conjoncturelles.

Autrement dit… toutes les options sont sur la table et Ben Bernanke navigue à vue. Il n’a aucune idée à ce jour du montant de créances fédérales douteuses qu’il serait nécessaire de racheter pour relancer la croissance… Et encore moins des effets d’un tel quantitative easing.

Rappelez-vous, la précédente campagne avait donné des résultats non significatifs, voire absurdes : pour 10$ injectés dans l’économie sous forme de T-Bonds, il ne ressort que 1$ de PIB supplémentaire… et 9$ viennent s’ajouter à un fardeau de la dette.

Ce syndrome a pris de telles proportions qu’aucune politique de rigueur budgétaire (politiquement suicidaire) ne pourrait en venir à bout : il ne reste que la solution d’une destruction de la dette US par la dégringolade du dollar.

Peu importe que la Fed sache ce qu’elle fait, le dollar doit baisser
Nous y voilà donc.

Les Japonais considèrent que dans la guerre commerciale qui les oppose à l’Amérique, la dévaluation compétitive du dollar orchestrée par la Fed, c’est l’arme atomique. La récente intervention de la BoJ (Bank of Japan) pour contenir la hausse du yen s’avère déjà être un échec.

La BoJ était intervenue sur les niveau de 83$ le 15 septembre (le faisant reculer jusque vers 86,5$) mais la devise nippone repassait déjà au-dessus des 83,5$ ce 29 septembre.

Le dollar a déjà perdu plus de 50% en 3 ans : jusqu’où cela peut-il aller ?
Pour s’en faire une idée, il faut en fait remonter à l’origine du basculement de la tendance du yen à la hausse face au dollar et à l’euro : au mois de juillet 2007, le billet vert culminait alors à 123,5 yens.

En juillet 2007, le dollar culminait à 123,50 yens

… Et au mois de juillet 2008, face à l’euro, il inscrivait un zénith de 170 yens, contre 169 au milieu de l‘été 2007, soit un splendide double sommet historique.

Un double sommet historique sur l'EUR/USD

Le yen semble avoir constitué un bon précurseur de la conjoncture économique aux Etats-Unis puisque le dollar a commencé à rechuter 3 mois avant que les indices US n’inscrivent de nouveaux records historiques… Mais 3 mois après que l’immobilier américain a entamé sa décrue, provoquant l’éclatement de la bulle des subprime.

Graphique de l'USD/JPY

L’euro a commencé à chuter un an plus tard lorsque les cambistes ont commencé à comprendre que la crise américaine du crédit — contrairement aux mensonges officiels relayés par les médias — constituait un véritable Tchernobyl économique qui allait contaminer tout le système financier européen.

Le parcours du yen reflète de façon beaucoup plus réaliste et immédiate l’état réel de la conjoncture aux Etats-Unis et en Europe. Rappelez-vous, Jérôme Reviller vous en parlait dernièrement : le yen se renforce face à toutes les devises majeures.

[NDLR : d’ailleurs, Jérôme connaît et maîtrise parfaitement tous ces mouvements de devises. Résultat : ceux qui suivent ses conseils sur le Forex ont augmenté leur capital de 23% net depuis le 1er juillet ! Vous devriez y jeter un coup d’oeil….]

Le mécanisme du carry-trade engendre un véritable « effet miroir ». Wall Street — qui est censé refléter la conjoncture de manière anticipée –, marche au contraire « au rétroviseur » depuis plus de 3 ans. On pouvait donc déjà préjuger du potentiel limité des plans de relance US dès la mi-avril 2009 quand le dollar plafonnait sous les 101 yens (il a fallu attendre début juin et le teste des 138 face à l‘euro).

Si le support des 85 USD/JPY ne tient pas, direction les 65
Le rebond de l’activité lié aux effets des plans de relance massifs adoptés aux Etats-Unis et en Chine s’est achevé au milieu du printemps 2010 et un nouveau cycle de récession s’est amorcé il y a 4 ou 5 mois.

Le yen s‘était replié vers 95$, et vient d’enfoncer à nouveau les 83,5: il s‘agit d‘un support majeur long terme. Il y a de fortes chances que les autorités monétaires japonaises se battent jusqu’au tir de leurs dernières cartouches pour éviter au dollar d’enfoncer ce plancher. Si le dollar enfonce les 83 yens, il ne lui faudrait pas longtemps avant de rejoindre les 80,75, en imaginant que la vague de baisse actuelle ne soit pas plus virulente que celle de début avril à fin avril 2009.

Depuis que le dollar a perdu plus de la moitié de sa valeur (en moins de 3 ans), les analystes techniques ne sont plus très certains que le support psychologique des 85$ ait une véritable pertinence et si un nouveau ratio de Fibonacci devait s’imposer, ce serait celui des 38,2%, lequel précipiterait le billet vert sous les 65 face au yenet l‘économie mondiale dans la tourmente de la guerre des monnaies dénoncée mardi par le ministre des Finances brésilien.

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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