Y a-t-il une « bulle Trump » ?

Rédigé le 3 mars 2017 par | Indices, sociétés et marchés, US Imprimer

Chaque fois que les actions grimpent sur une période prolongée, quelques jours ou semaines de suite, certains experts s’empressent de qualifier cette tendance de « bulle », tout en conseillant aux investisseurs de se précipiter vers les issues de secours.

Habituellement, les experts se trompent. La plupart de ces soi-disant bulles ne sont pas du tout des bulles mais des tendances à court terme motivées par un sentiment, un élan. Ces tendances peuvent ralentir voire même s’inverser, mais elles n’éclatent pas de façon catastrophique comme le font les véritables bulles. Les experts qui crient à la bulle trop souvent sont catalogués de pessimiste, de cassandre, de « perma-bear » et de crier inutilement au loup.

Mais les bulles existent bien.

Effectivement, elles éclatent tout d’un coup, de façon catastrophique et la plupart des investisseurs y perdent alors des fortunes. Quelques investisseurs heureux parviennent à préserver leur argent en sortant leurs positions avant, ou en adoptant la bonne stratégie pour profiter de la baisse. L’art de l’analyse consiste à reconnaître la différence entre de vraies bulles et de simples tendances à court terme.

A l’heure actuelle, les signaux de bulle potentielle sur marchés actions américains clignotent rouge vif.

Les vraies bulles se produisent pour diverses raisons fondamentales et psychologiques.

A quoi ressemble une bulle ? Exemples du Nikkei en 1989 et du Dow Jones en 1929

Les deux graphiques ci-dessous comptent parmi les plus célèbres de toute l’histoire.

Le Graphique 1 retrace la bulle boursière japonaise de 1983 à 1989, qui s’est achevée sur le spectaculaire effondrement de l’Indice Nikkei 225 à partir du 1er janvier 1990.

C’est bien connu, cette bulle japonaise concernait aussi bien l’immobilier que les actions. En 1989, on disait que les terrains situés à l’intérieur des murs du Palais Impérial, au centre de Tokyo (un périmètre de moins de 5 km) valaient plus cher que ceux de Californie.

A la fin de la décennie perdue du Japon, l’Indice Nikkei se situait à près de 75% au-dessous du pic qu’il avait atteint fin 1989.

Bulle sur el Nikkei en 1989

Le graphique 2 correspond à la bulle boursière américaine des années 1920, les « années folles », telle que l’affiche l’Indice Dow Jones Industrial Average.

Le krach a débuté le 24 octobre 1929 (le « Jeudi Noir »), puis est allé crescendo jusqu’au 29 octobre 1929 (le « Mardi Noir »). Le krach de 1929 a ouvert la porte à la Grande Dépression qui a duré jusqu’en 1940. A son plus-bas, l’Indice Dow Jones a chuté de plus de 85% par rapport aux plus-hauts de 1929. Les actions n’ont pas retrouvé leurs niveaux d’avant-krach avant 1954, soit un quart de siècle plus tard…

krach de 1929 sur le Dow JOnes

Les dynamiques de bulles sont faciles à reconnaître, sur ces graphiques. Elles ne surgissent pas d’une dépression ou d’un effondrement préalable. Le souvenir des pertes récemment subies suffit généralement à décourager les investisseurs d’adopter un comportement spéculatif. Au contraire, les bulles surviennent à la suite de périodes de croissance et de hausses persistantes sur les marchés.

Au départ, les hausses de marché sont basées sur les fondamentaux économiques. Les économies du Japon, dans les années 1980, et des États-Unis, dans les années 1920, étaient toutes deux très productives et enregistraient une croissance rapide. La hausse des marchés actions était tout à fait logique.

Les bulles surgissent à la fin de longues périodes d’expansion, lorsque le souvenir du dernier krach s’est estompé et que l’euphorie se substitue au bon sens. A ce stade, la courbe de l’indice du marché monte en flèche. Le graphique ne grimpe plus normalement, il grimpe à la verticale, en hyperbole. Cela produit la fameuse figure de la « crosse de hockey », représentant une base montant légèrement et surmontée d’une poignée partant à la verticale.

Elle est aussi visible dans le graphique 1 que dans le 2, en rouge.

Ce qui caractérise également les bulles, c’est qu’elles durent beaucoup plus longtemps que certains observateurs ne s’y attendent.

Aux États-Unis fin 1928, et au Japon fin 1988, il aurait été facile (et justifié) de crier à la bulle. Un an avant leur éclatement donc.

Mais les marchés se sont propulsés plus haut, malgré les avertissements. Ceux qui lancent l’alerte à l’avance sont considérés comme des illuminés. Ceux qui parient à la baisse trop tôt peuvent y perdre leur chemise. Pourtant, ceux qui avaient lancé des mises en garde ont eu raison.

Y a-t-il une « bulle Trump » ?

Le graphique 3 ci-dessous indique l’évolution, en pourcentage, du Dow Jones et du S&P 500 depuis le 1er février 2016. Un an donc.

Le Dow a pris 28,60% et le S&P 500 plus de 26%. Plus de la moitié des hausses enregistrées sur les deux indices ont eu lieu au cours des trois mois et demi suivant l’élection de Donald Trump.

evolution du SP500 et DJIA

Le marché actions est-il en présence d’une bulle, à l’heure actuelle ? Le « Trump Trade » aurait-il provoqué les mêmes dynamiques de bulle qu’en 1929 et 1989 ? 

 

En surface, le Graphique 3 ne révèle pas ce comportement extrême représenté par la figure en « crosse de hockey » des graphiques 1 et 2. Il est vrai que les actions enregistrent un rally depuis l’élection de Trump. Mais le Graphique 3 ne couvre qu’une période d’un an, comparée à la montée en puissance sur cinq ans des krachs de 1929 et 1989. On en revient au fait que les bulles durent bien plus longtemps que ne le pensent les investisseurs.

Si l’on se base sur ce qu’il s’est passé en 1929 et 1989, un analyste pourrait s’attendre à ce qu’une bulle éclate en 2020 à partir de 50 000 points sur le Dow Jones ! Cette prévision pourrait même être correcte, mais les investisseurs restant à l’écart jusqu’en 2020 pourraient rater le plus grand rally de marché de l’histoire.

Mais l’analyse des systèmes dynamiques ne s’arrête pas à la comparaison superficielle de graphiques, loin de là.

Pour réaliser une prévision à court terme, il est utile de se servir du concept d’invariance d’échelle. Ce concept s’applique aux systèmes complexes tels que les marchés financiers, et provient des fractales, un concept mathématique. L’invariance d’échelle signifie simplement que les mêmes schémas se reproduisent à toutes les échelles, grandes ou petites.

Une bulle se forme d’abord à petite échelle : zoomons

Des études ont démontré que l’invariance d’échelle s’appliquait également aux séries temporelles relatives aux cours des actions. Les marchés actions sont des systèmes complexes qui se comportent exactement comme les systèmes présents dans la nature. En fait, les marchés actions peuvent être considérés comme un système « naturel » car leurs schémas sont dictés par le comportement humain et la nature humaine.

A présent observez de plus près le graphique du marché actions de 2016-2017, ci-dessus, et concentrez-vous sur le segment correspondant à janvier et février 2017. Cela se rapproche beaucoup des dynamiques précédant les krachs de 1929 et 1989, à plus petite échelle. Voici le détail de ce segment :

zoom indices US en bulle

Les mesures d’invariance d’échelle nous enseignent qu’il peut y avoir des « mini-krachs » qui ressemblent exactement aux grands krachs, mais à plus petite échelle. C’est exactement comme ces divisions primaires et secondaires qui ressemblent à leur feuille principale, dans la nature.

Inutile d’en conclure que le Dow Jones va s’effondrer de 80%, à 4 000 points (cela pourrait se produire un jour, mais probablement pas pour l’instant). L’invariance d’échelle nous enseigne qu’un mini-krach pourrait provoquer une chute de 80% des gains enregistrés sur le Dow depuis le 1er janvier 2017. Le DJ était autour de 19 800 points, il a pris plus de 1200 points en deux mois, donc on peut s’attendre à une baisse de près de 1000 points qui le ramènerait sur les 20 000 points environ.

Une chute similaire ferait perdre une centaine de points au S&P 500 et le ramènerait au niveau des 2 280 points. Ces deux corrections représenteraient des krachs de 80%, mais mesurés sur une échelle de temps plus réduite. C’est exactement ce que l’invariance d’échelle dit qu’il faut rechercher.

Qu’est-ce qui pourrait déclencher un mini-krach de ce type ?

La liste des catalyseurs potentiels est longue, notamment le report et un résultat décevant des plans économiques de Trump, la Fed qui procéderait à des relèvements de taux agressifs, le renforcement du dollar, et des turbulences économiques dues à l’hémorragie des réserves chinoises ou au nouveau renflouement de la Grèce.

Le motif d’éclatement de la bulle importe moins que les conditions de départ de cette bulle. Le marché actions révèle la formation d’une bulle à petite échelle, prête à éclater au premier signe de tension.

 

Nous ne sommes pas forcément en présence d’une « bulle du siècle ». Elle se produira peut-être dans le temps. Pour l’instant, c’est une « mini-bulle » bien visible qui présente les mêmes dynamiques qu’une bulle plus conséquente, mais à plus petite échelle. Même à cette échelle réduite, il est possible de réaliser d’énormes gains en misant en temps et heure sur cette courte bulle.

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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