Pétrole : en route pour les 150$ ?

Rédigé le 8 mars 2011 par | Matières Premières Imprimer

Le pétrole (le WTI coté à New York) a refranchi le mercredi 2 mars la barre des 100$ et pas de façon accidentelle ou ponctuelle. Achevant de démentir la campagne de désinformation du début de la semaine dernière — on parlait alors d’une « détente » des prix alors que le WTI restait au-dessus des 97$ !–, le cours du baril s’est rapidement envolé vers 101 puis 101,5$.

Le prix du pétrole n’est pas prêt de retomber
Les marchés semblent avoir pricé l’arrêt quasi complet des exportations en provenance de Libye, pensant que la situation pourrait se normaliser assez rapidement dans ce pays. Sauf que c’est tout le contraire qui se profile. Mouammar Kadhafi a lancé une contre-attaque mardi dernier pour s’emparer d’installations pétrolières passées sous le contrôle de ses opposants.

Les troubles en Iran se poursuivent mais ils restent ignorés, la chute de -11% de la Bourse de Ryad n’alerte pas davantage les opérateurs sur le risque de déstabilisation du pays par les nombreux détracteurs de la famille royale accusée d’être « aux ordres » des Américains.

Le Président (à vie) du Yémen (pays frontalier de l’Arabie Saoudite) pourrait annoncer son départ de façon imminente : chaque dictature qui tombe donne des ailes aux populations du golfe Persique.

Dans le même ordre d’idée, il va falloir surveiller de près les ex-républiques soviétiques riveraines de la mer Caspienne et les pays d’Afrique de l’ouest — surtout ceux qui produisent du pétrole. En effet, la hausse des prix alimentaires constitue un cocktail tout aussi détonnant qu’au Maghreb, sans compter des régimes dont la légitimité est fortement contestée.

Bernanke fait aussi flamber les prix
Et comme si les incertitudes concernant le Proche-Orient ou l’Afrique ne suffisaient pas, Ben Bernanke estimait mardi et mercredi devant la Commission bancaire du Sénat américain que la hausse du pétrole — si elle s’avérait durable — pourrait avoir des répercussions négatives sur l’économie… Mais il ajoute que l’envolée des cours ne devrait pas durer et que les prix devraient revenir à la moyenne (80$ selon nos calculs) d’ici le second semestre 2011.

Il n’envisage donc pas de suspendre le déroulement de son QE2 (450 milliards sur 600 ont déjà été injectés) dont les économistes sont chaque jour plus nombreux à considérer qu’il constitue une part importante sinon déterminante de l’envolée spéculative de l’or noir.

Et ce n’est peut-être que le début d’une spirale infernale si nous en croyons les récentes études circulant dans les salles de marchés et qui suggèrent que Ben Bernanke ne compte pas s’arrêter à un QE2 — ni même à un QE3 !

Calcul rapide : visons 125$ le baril en juin
Faisons un rapide bilan : depuis qu’il a confirmé début décembre la mise en oeuvre d’un QE2, le baril est passé de 75$ à 101/102$ (fourchette constatée début mars), soit une hausse de +35%.

Compte tenu de la moyenne de progression de 6% par mois depuis la fin de l’été 2010, il pourrait atteindre 120$ à 125$ d’ici le mois de juin (et l’achèvement des injections massives de fausse monnaie par la Fed).

Graphiquement, le débordement de la résistance majeur des 92,5$ testée sans relâche du 23 décembre au 31 janvier libérait un potentiel de hausse jusque vers 103$ (objectif brièvement testé le 24 février puis de nouveau le 3 mars à New York).

Graphique du WTI
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Un premier objectif semble avoir été atteint, mais le flux constant de hot money semble interdire que se déclenche une correction importante : les 95$ apparaissent désormais comme un support graphique mais aussi et surtout comme un point d’entrée dans l’optique d’une hausse moyen terme.

En cas de nouvelles géopolitiques alarmantes (le miracle serait qu’il n’en survienne aucune d’ici fin mars), le prochain objectif serait le comblement du gap des 105$ du 26 septembre 2008 puis le test du pic des 110$ du 22 septembre 2008.

Au-delà, le baril de WTI devrait s’en aller refermer le gap des 115$ du 29 août 2008… Mais si ce scénario survient, c’est bien que l’or noir aura entamé une phase de « hausse maniaque » où le zénith des 122$ du 22 août 2008 ne constitue plus qu’une simple étape sur le chemin qui mène au retracement des 146$ du 14 juillet 2008.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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