Wall Street vote démocrate

Rédigé le 4 novembre 2008 par | Big caps Imprimer

L’étude des cycles est trop souvent négligée en analyse technique. Pourtant elle nous apporte souvent des éléments intéressants qui peuvent renforcer ou infirmer notre conviction sur une tendance.

Donc, puisque l’actualité est brûlante, parlons du cycle présidentiel américain. En analysant les 19 derniers scrutins, les résultats sont étonnants de régularité, excepté peut-être… ces quatre dernières années.

Même quand ça change, rien ne change

On constate des répétitions dans les mouvements haussiers et baissiers tous les quatre ans. Si on étudie le fameux Dow Jones depuis 1926, on constate ainsi que la progression de l’indice durant les deux dernières années précédant l’élection américaine a des rendements trois à quatre fois supérieurs — vous avez bien lu, trois à quatre fois ! — à ceux des deux premières années du mandat.

Pour prendre un exemple très concret, cela s’est encore vérifié lors du premier mandat de G.W. Bush, avec deux années difficiles en 2001 et 2002 et deux années très positives en 2003 et 2004.

On notera, au passage, que ce phénomène est observable depuis le début du XXe siècle, que le président soit démocrate ou républicain.

Les économistes avancent souvent comme explication que les présidents font passer les réformes les plus impopulaires dans les deux premières années de mandat, qui ne seront pas forcément négatives pour la Bourse d’ailleurs. Ensuite, lorsque celles-ci produisent leurs effets sur l’économie dans les deux années suivantes, le marché connaît sa plus forte ascension.

Cette fois-ci, le cycle présidentiel n’a pas marché comme d’habitude !

La plupart des marchés baissiers, à l’instar de l’éclatement de la bulle internet en 2001 et 2002, se fait aux cours des deux premières années du cycle présidentiel. On notera ainsi que même si les marchés européens ont fait leur point bas en 2003, le S&P l’avait fait en octobre 2002.

L’année trois du cycle présidentiel a ainsi enregistré une performance positive dans plus de 75% des cas au cours du siècle dernier, ne connaissant qu’une seule véritable correction, en 1931… à l’époque de la Grande Dépression.

Sans faire un parallèle avec cette période, mais pour ne parler que de notre cycle présidentiel, il est tout de même étonnant de constater que même dans cette triste période, le cycle présidentiel n’a pas « fonctionné » concernant les années 2007 et 2008 qui, on peut déjà le dire, se solderont pas deux années négatives !

A partir de là, deux conclusions possibles :

– soit nous sommes dans un marché baissier exceptionnellement long comme lors des années 1930, et la correction pourrait alors se poursuivre au moins durant les deux premières années du cycle présidentiel en 2009 et 2010, avant une éventuelle reprise en 2011 ;

– soit nous sommes dans des cas qui font exception à ce cycle. La régularité d’un cycle n’est en effet jamais parfaite, et le cycle présidentiel, avec plus de 75% des observations valides, est exceptionnel. Une correction dure généralement deux ans, le marché pourrait alors se reprendre dès l’année prochaine.

Lorsque l’on regarde de plus près le Dow Jones par exemple, il me paraît prématuré de penser que nous sommes dans le premier cas tant que les points bas d’octobre 2002 à 7.197pts servent de solide support moyen terme à l’indice d’outre-Atlantique. L’équivalent de ce niveau sur le CAC serait la zone des 2.400 points.

Rien de bien réjouissant… quel que soit le candidat

Toutefois, la situation reste négative sur les indices américains comme sur l’Europe, et elle mettra du temps à se reprendre. Ainsi, lorsque l’on regarde le Dow Jones en données mensuelles, pour prendre un peu (beaucoup!) de recul dans ce marché exceptionnel, celui-ci a cassé sa moyenne mobile à 150 mois, ce qu’il n’avait pas fait lors de la correction de 2000 à 2002.

Celle-ci est désormais sur une résistance proche des 10.000, et le marché restera dans la configuration d’un simple rebond s’il ne parvient pas à franchir ce niveau dans les prochains mois. Nous aurons le temps d’en reparler…

Pour finir sur une note positive, lorsqu’on lit de plus près les études sur le cycle présidentiel, elles montrent toutes que Wall Street est généralement plus favorisé par une administration démocrate que républicaine, contrairement à l’idée reçue selon laquelle les marchés seraient acquis à la cause de ces derniers, moins ouverts à la régulation dont on parle tant ces derniers jours…

Même si la réaction n’est pas souvent favorable dans les jours qui suivent l’élection d’un président démocrate, le Dow Jones a en effet gagné plus de terrain au cours du dernier siècle sous présidence démocrate que sous l’ère républicaine. La dernière période démocrate de 1993 à 2000 — sous les huit années de la présidence Clinton — en est la meilleure illustration. Un argument de plus en faveur du candidat démocrate favori des sondages qui permettrait à l’Amérique, et au monde entier, de débuter un nouveau cycle, notamment sur les marchés financiers, miroir de notre monde.

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Sebastien Duhamel
Sebastien Duhamel

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