Wall Street, plaque tournante des petites magouilles

Rédigé le 27 avril 2010 par | Big caps Imprimer

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Aujourd’hui, ça y est : il vient de lancer La Lettre de Marc Mayor portant sur ses plus grandes idées d’investissement : des idées contrariennes qui font son succès et en toute connaissance des mouvements des insiders de marché.

Comme dans le monde imaginaire de Mickey Mouse, c’est le miracle permanent de Wall Street. Tous les trois mois, les sociétés cotées en Bourse dévoilent des résultats supérieurs aux prévisions des analystes. Supérieurs soit, mais juste un peu ; juste assez pour battre le « consensus », comme on dit en langage boursier. Juste de quoi montrer à la planète que tout va très bien, Madame la Marquise — peu importe si les indices n’ont pas progressé au cours des dix dernières années.

Le problème, c’est que je ne suis pas très religieux ; déjà les miracles ne sont pas ma tasse de thé, mais alors quand ils ont lieu en permanence à Wall Street… Voilà pourquoi je prétends, depuis les années 1990, que les entreprises cotées choisissent d’abord le niveau de bénéfices qu’elles souhaitent dévoiler, puis se débrouillent pour travestir les chiffres. Désormais, je dispose de la « preuve par quatre » que c’est bien le cas.

Cachez-moi ce 4 que je ne saurais voir

Wall Street souffre de quadrophobie. De quoi s’agit-il ? Tout simplement de la peur du chiffre 4. Les sociétés cotées en Bourse ont une telle phobie du quatre qu’elles le remplacent très souvent par un cinq dans leurs résultats.

La quadrophobie américaine

Vous me direz : ce n’est pas grand-chose, puisque ce subtil arrondi est effectué au niveau des dixièmes de centimes. Alors, un 0,4 centime devient 0,5 centime, qui est ensuite arrondi au chiffre supérieur. C’est comme ça qu’un bénéfice par action de 12,4 centimes est « arrangé » en 12,5 centimes, ce qui peut s’arrondir à 13 centimes.

Une étude mentionnée dans le Wall Street Journal du 13 février dernier montre en effet que le chiffre 4 apparaît beaucoup moins souvent que les autres chiffres au niveau des dixièmes de centimes dans les résultats dévoilés par les entreprises cotées aux Etats-Unis, et ce au cours de chacune des quatre saisons.

La probabilité de voir un 4 à ce niveau sort tellement de l’ordinaire que l’on aurait davantage de chance de trouver un trèfle à quatre feuilles. Cette discrétion ne peut pas être due au hasard, démontre cette étude qui n’y va pas par quatre chemins après avoir examiné plus de 500 000 rapports de résultats sur une période de 27 ans.

C’est la preuve scientifique que de nombreuses sociétés n’hésitent pas à bricoler leurs chiffres pour fournir un résultat conforme ou légèrement supérieur aux attentes, ce qui est encore mieux. Ces petites libertés entre quatre yeux avec la vérité leur permettent de passer dans la catégorie des entreprises qui ont fait mieux que le consensus des analystes, pliés en quatre tant ils sont hilares. D’où bonus, parachute doré et tutti quanti aux quatre coins du monde.

Pour satisfaire le marché mieux vaut piper les cartes

Les titres de ces MacGyver de la finance sont achetés par des investisseurs tirés à quatre épingles, tandis que ceux dont les résultats sont inférieurs aux attentes du marché sont vendus aux quatre vents. Enfin un moyen simple et discret de soutenir un cours de Bourse : faire ses quatre volontés au marché ! Cela n’est pas sans rappeler les sociétés qui obtiennent des notations AAA sur des obligations pourries, grâce aux quatre frères Dalton des agences de notation.

Conclusion : la course aux résultats n’est qu’une magouille façon subprime, sauf que cela dure depuis beaucoup plus longtemps.

Si la récente crise a forcé le docteur Bernanke à freiner des quatre fers et d’opter pour un remède de cheval, je me demande comment il faudra s’y prendre avec cette magouille généralisée qui perdure depuis des décennies ; peut-être s’apprête-t-il à faire fabriquer la planche à billets modèle Gulliver, capable d’imprimer des billets géants de cent mille milliards de dollars, comme au Zimbabwe, pendant que les indices progressent à quatre pattes. Au cours du marché noir, savez-vous combien de dollars du Zimbabwe il faut pour acheter une once d’or ? Voici la réponse : un peu plus de 2 000 000 000 000 000 000 000 000 000.

A cause de ces 4 maquillés, nous nageons en pleine quatrième dimension ; malgré la chute des cours que cela occasionnerait, il paraîtrait pourtant plus sain de dire au marché ses quatre vérités…

NDLR : Quand les dés sont pipés, il faut savoir où mettre les pieds (et votre argent) !!

Et depuis le temps que vous le lisez, vous savez que Marc Mayor est un insider repenti : il connaît tous les trucs et astuces du marché pour faire bonne figure. Marc sait comment les insiders réagissent, ce qui se cache derrière les chiffres très officiels avec lesquels on nous aveugle… Du coup…  il sait parfaitement où chercher la vérité, sur quoi investir… et c’est comme ça qu’il a pu transformer 62 500 $ en 305 000 $ en moins de 10 ans. A vous de le suivre…

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

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