Wall Street résiste… pour le moment

Rédigé le 23 juillet 2018 par | Analyses indices, Indices, sociétés et marchés, US Imprimer

Wall Street« A quand les 110% de résultats meilleurs que prévus ? », avais-je titré un peu ironiquement jeudi dernier. 10% des valeurs du S&P500 avaient alors publié leurs résultats semestriels et 87% d’entre eux se sont révélés supérieurs aux attentes. A peine 24 heures plus tard, et en tenant compte des publications de la soirée de jeudi, le total dépassait déjà les 90%… A ce rythme, il y a donc fort à parier que les 110% seront bel et bien atteints avant la fin du mois.

Les limites du grotesque et des pieux mensonges sont repoussées chaque trimestre, mais il convient ici de se demander, sur fond d’optimisme général quant aux profits des entreprises au deuxième trimestre grâce à un effet de base positif et à la réforme fiscale, si la sous-estimation chronique – systématique même – des bénéfices n’est pas liée à la crainte d’une propagation aux Etats-Unis de la dégradation de la croissance que l’on observe déjà « en périphérie », c’est-à-dire dans plusieurs pays émergents.

La Chine pourrait également poser problème, alors que les sorties de capitaux ont repris depuis trois mois (je traite de ce problème dans la prochaine édition de Béchade Confidentiel), du fait des menaces réitérées de guerre commerciale totale de Donald Trump, la dernière en date remontant à vendredi dernier avec cette fois 505 Mds$ d’exportations chinoises vers les Etats-Unis susceptibles de faire l’objet de taxes punitives.

Ces menaces n’ont même pas fait tressaillir Wall Street, avec une séance des Trois sorcières soporifique au possible et qui s’est soldée comme la veille par des écarts intraday insignifiants et des scores de clôture voisins de zéro. Le Dow Jones a ainsi accusé une baisse anecdotique de 0,03% (soit +0,15% sur la semaine), tandis que le S&P500 et le Nasdaq se sont délestés de respectivement 0,09 et 0,07% (soit environ -0,10% en variation hebdomadaire).

Les investisseurs semblent se satisfaire de leurs acquis et c’est peut-être une vraie preuve de sagesse après une envolée de 4% au cours de la première quinzaine de juillet. Pour autant, on ne détecte aucun signe précurseur d’un retournement et la volatilité s’est à peine redressée, passant de 12 à 12,85 en trois séances de consolidation.

Le niveau de complaisance demeure historiquement élevé, ce qui peut légitimement être interprété comme un pari sur le soutien sans faille des « sherpas » aux actions américaines dans un contexte de potentiel retournement de tendance.

L’étau pourrait se resserrer autour de Donald Trump

Wall Street est convaincu que même si Jerome Powell prétend qu’il ignore ce que Donald Trump a vraiment voulu dire la semaine dernière lorsqu’il s’est plaint que la hausse des taux risque de saboter les efforts des travailleurs américains (pense-t-il que la Réserve fédérale les monte trop vite ou qu’elle pourrait aller trop loin ?), il ne peut pas faire comme si le président américain lui avait donné un blanc-seing pour sa politique monétaire.

Wall Street parie ouvertement qu’en cas de vents économiques contraires (plus précisément en cas d’escalade de la guerre commerciale), la FED réduira la voilure voir changera de cap pour redevenir ultra-accommodante. Et il ne faut pas oublier non plus que les spéculations sur les chances de voir Trump conserver une majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat vont aller crescendo

Attention toutefois car s’il la perdait à la Chambre des représentants, le « deep state » serait en bonne voie pour reprendre le contrôle, les initiatives de la Maison-Blanche pourraient être constamment mises en échec et les tweets de Trump n’auraient pas plus d’impact que s’il publiait ses scores lors de ses parties de golf hebdomadaires.

Le risque de perdre ces élections ne sont en tout cas pas négligeables, d’autant que son apparente proximité avec Vladimir Poutine et Kim Jong-un, et son hostilité affichée envers Theresa May et Angela Merkel suscitent le malaise à Washington.

Dans les rangs de ses supporteurs (ou supposés tels) comme les producteurs de soja des Etats du middle-west et du Dakota, la riposte chinoise aux taxes américaines sur l’acier et certains composants électroniques coûte cher. En effet, les volumes écoulés chutent… mais pas autant que le cours du soja, tombé le 13 juillet dernier à 8,2450$ le boisseau, soit son plus bas niveau en neuf ans, avant de se redresser vers 8,500$ vendredi. Entre son sommet annuel de début mars et la mi-juillet, le soja américain aura même dévissé de 25%.

Cours du soja

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Les critiques de Trump à l’encontre de la Chine satisfont une partie de son électorat, mais il y a un prix à payer et les grands patrons de l’aéronautique, du secteur automobile et de la Silicon Valley pourraient bientôt tirer le signal d’alarme et se faire entendre de Wall Street puis de la Maison-Blanche…

Une faculté dont ne disposent ni les céréaliers, ni les producteurs de soja… Et cela peut tout changer, dans un marché où apparemment rien ne change depuis un mois à l’exception des commodities, thème central de notre prochaine édition de ma lettre Bechade Confidentiel.

Les forces du marché… version chinoise avec le yuan

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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