Et si c’était Wall Street qui poussait Trump dehors ?

Rédigé le 18 mai 2017 par | A la une, US Imprimer

Dow Jones : -1,78%…. Nasdaq : -2,57%… S&P500 : -1,82%… Eurostoxx50 : -1,57%… Dax : -1,35%… CAC40 : -1,63%.

La résurgence de la volatilité n’aura échappé à personne mercredi. Le VIX fait une embardée historique de +46% à 15,60.

VIX Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

La plus belle baisse depuis un an

L’alourdissement de la tendance boursière a coïncidé (le lien de cause à effet est complètement fortuit) avec l’annonce de la composition du premier gouvernement d’Edouard Philippe. Je dis « le premier » à dessein, car il fait peu de doute que son cabinet sera remanié au lendemain du second tour des législatives, ne serait-ce que parce que ceux parmi les ministres qui ne sont pas élus pendant législatives devront démissionner.

Cette correction est la plus brutale que les marchés aient connue depuis un bon moment – quasiment un an en fait.

S’il n’y avait eu que le CAC40 qui avait chuté, on aurait pu accréditer l’explication liée à l' »effet déception » de ce gouvernement (trop d’énarques, pas assez de « société civile », trop de novices, pas assez de têtes nouvelles aux postes clés, etc.). Mais avec un telle chute généralisée des places boursières, il faut chercher la cause ailleurs, n’en déplaisent à notre ego.

Et il y avait de quoi réduire la voilure sur le compartiment actions rien qu’en voyant l’euro bondir vers 1,150 $ et les futures anticiper une chute de -1% des indices américains dès leurs premières minutes de cotations.

Les vendeurs avaient vu juste : la situation n’a cessé de se dégrader au cours des heures suivantes. C’est le pire épisode correctif depuis le Brexit, tout simplement.

La cause de ce trou d’air ne fait guère de mystère, je l’ai largement commenté mercredi et dans cet article, et en vidéo : les déboires de Donald Trump… qui se dit injustement maltraité par les médias – et il n’a pas tort ! Vous imaginez Barack Obama victime d’une fuite aussi savamment orchestrée, visant à le discréditer après une rencontre au plus haut niveau avec les Russes ou les Chinois ? Ou encore Barack Obama faisant l’objet de l’éditorial vengeur d’un pacifiste dans un grand quotidien new-yorkais ou californien, évoquant les centaines de frappes de drones qu’il a ordonnées et les non moins nombreuses victimes collatérales que cela a causé, en le qualifiant de président irresponsable, mettant en danger la population civile.

La ligue anti-Trump poussera-t-elle le président à démissionner ?

En ce qui concerne Donald Trump, aucun coup tordu ne lui sera épargné. L’intelligentsia américaine, les membres du Congrès et les différentes agences (de renseignement) sont de plus en plus convaincus de « l’erreur de casting » dont seraient victimes les Etats-Unis avec un psychopathe à leur tête. Et beaucoup (dont John McCain et Hillary Clinton) se sont jurés de le faire tomber. Tous les médias, les bookmakers moulinent déjà sur la thématique de l’impeachment avec, dans l’idéal, la validation du soupçon de haute trahison (intelligence avec une puissance étrangère hostile) qui ne pardonne pas.

Trump - I Want You Out !

Mais en réalité, c’est plus sournois que cela. Il serait étonnant que les agences américaines découvrent des preuves accablantes ou aillent jusqu’au bout de la logique des néoconservateurs en fabriquant au besoin de faux documents ou de faux témoignages (liste non exhaustive). Les agences pourraient-elles encore se regarder dans le miroir après avoir conspiré au point de faire tomber le président américain ?

En revanche, elles pourraient très bien conseiller au président de démissionner pour s’épargner une cascade de situations humiliantes sur le plan personnel (et pour le clan familial)… et qui affaibliraient l’Amérique. Au final, Trump sera peut-être lavé de tout soupçon mais une certaine éthique du pouvoir exige qu’il passe la main au vice-président Mike Pence… qui a toute la confiance du Congrès, de la communauté du renseignement et des médias.

Et encore peut-être plus qu’un motif géopolitique, Donald Trump pourrait se voir reprocher de faire dévisser Wall Street de par le discrédit dont il se trouve frappé !

A moins que ce soit Wall Street qui le mette dehors

Et là, on ne rigole plus, comme avec l’affaire Lewinsky (qui faillit coûter le pouvoir à Bill Clinton) ou avec ses déclarations sexistes (qui faillirent lui aliéner le vote féminin en novembre dernier). Si Wall Street plonge, c’est les riches et les ultra-riches qui se mettent à perdre de l’argent. Ils ont gagné +20% depuis le 9 novembre sans avoir à lever le petit doigt, il serait intolérable de les reperdre !

En revanche, si une petite correction de Wall Street permet de déstabiliser Trump un peu plus – juste ce qu’il faut pour qu’il jette l’éponge – alors un coup de semonce ponctuel de -10%, cela peut valoir le coup… surtout si Mike Pence fait en sorte que Wall Street puisse tout reprendre dans la foulée.

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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