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Wall Street ne lâchera rien avant les quatre sorcières…

Rédigé le 16 mars 2017 par | Analyses indices, US Imprimer

Non, Wall Street ne lâchera rien dans les deux prochaines séances car il ne PEUT rien lâcher… Ou alors il faudrait qu’un cygne noir bouleverse un scénario qui semble gravé au burin algorithmique depuis le 1er mars.

Nous savons d’expérience que les sherpas de Wall Street vont bétonner les indices au cours des 48 prochaines heures et qu’aucun écart de conduite ne sera toléré.

Rester dans les tracés algorithmiques

Beaucoup de connaisseurs estiment que la surévaluation des actions est tellement évidente (le S&P affiche un stratosphérique PER de 28) que justement, « tout le monde » est couvert. Nous n’allons pas leur jeter la pierre, nous sommes les premiers à considérer qu’il serait plus que téméraire de se comporter comme si « rien ne pouvait arriver »… parce qu’aucune consolidation égale ou supérieure à 1% ne s’est plus produite depuis 110 séances.

Nous savons également que certaines grosses mains pourraient être tentées par une « opération commando » visant à détruire les positions short qui se sont accumulées à mesure que les actions s’envolaient en mode haricot magique. A la veille de la séance des quatre sorcières (Gilles vous expliquait, il y a un an tout pile, pourquoi ces journées étaient particulièrement dangereuses), ce pourrait être dévastateur pour ceux qui sont en peu trop exposés et qui n’auront que 24 heures pour tenter de se sortir d’affaire.

Bien sûr, tirer les cours à partir des valorisations actuelles, c’est jouer avec le feu… Mais rappelez-vous que les marchés ne sont plus là pour déterminer un niveau indiciel ou obligataire qui ait un sens économique. Leur vocation est de plumer les joueurs psychologiquement vulnérables ou trop légers pour suivre de grosses enchères.

Alors vendredi à 14h30, le coup sera joué. Certains auront jeté une « bonne main » parce qu’ils refuseront de tenter un quitte ou double avec des requins qui ont la Fed de leur côté, avec un VIX plaqué en un instant à son plancher historique des 10,60, induisant un degré de confiance absolu — en fait, le terme de « complaisance » serait plus approprié.

VIX Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Et ne pas dévier du mythe de la croissance retrouvée (la preuve, la Fed relève ses taux)

Et la Fed vient de leur offrir un magnifique avantage : certes, elle a relevé ses taux de 25 points de base hier (hausse unanimement attendue par les marchés), mais elle a écarté l’hypothèse de quatre hausses cette année. Il devrait n’y en avoir que trois. Retour donc au schéma initial (de fin décembre 2016) avec une hausse prudente en 2017 et 2018 avant une éventuelle accélération en 2019.

Janet Yellen affirme pourtant que l’économie US se rapproche des objectifs de croissance et d’inflation. La situation de plein emploi (apparent) entraîne des tensions sur les salaires, bien que limitées à l’heure actuelle. (Si vous nous lisez, vous savez que ce plein-emploi est une mystification et que 20% des Américains n’ont pas de travail, 40% d’entre eux gagnent moins de 20 000 $ par an et 50% n’ont pas un sou devant eux). Le réservoir de main-d’oeuvre pour des tâches peu qualifiées est immense et les salaires ne sont pas prêts de monter si leur niveau reste déterminé par la loi de l’offre et de la demande.

Le problème, c’est qu’il n’y a plus assez de citoyens disposant d’un vrai pouvoir d’achat et que cela commence à se voir… Ou plutôt non : cela crève les yeux avec les fermetures en cascade de centres commerciaux sur l’ensemble du territoire, avec Radio Shack qui se place pour la seconde fois sous la protection de la loi sur les faillites, Target et Sears en grande difficulté, Nordstrom plombé par la baisse de fréquentation, etc. Et Amazon, quoi qu’en dise Warren Buffett, ne saurait terrasser à lui seul la dizaine de plus grandes enseignes du pays qui ne savent plus comment attirer des clients solvables.

Un grand canyon se creuse entre le commerce de détail spécialisé dans l’ultra-luxe (Amazon ne fait pas livrer des montres à 50 000 $ ou des boucles d’oreille à 100 000 $ par colis postal et préposé en vélo) et les biens de consommation courants achetés par le tout-venant (où Amazon étend effectivement son rayon d’action mais ne distribue pas encore de produits frais ni de sodas).

Donald Trump a raison quand il dénonce la paupérisation des classes moyennes et le creusement des inégalités… Mais depuis son élection, les salariés mal payés ou à temps partiel, les précaires, les chômeurs n’ont pas un dollar de plus en poche, alors que les « 1% » ont engrangé 3 000 milliards de dollars supplémentaires.

La victoire de la colombe

La Silicon Valley pouvait donc célébrer mercredi soir l’exploit du Nasdaq (+0,75%) qui retrace au point près son zénith absolu des 5 911 points du 1er mars dernier. Et pourquoi ne pas aller chercher les 6 000 d’ici vendredi pour terminer en beauté le premier trimestre ?

VIX Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Le Nasdaq a déjà engrangé +9,6% depuis le début de l’année… En gagner 1,7% de plus en 48 heures (disons +0,95% jeudi et +0,75% vendredi), c’est à la portée d’un coup de reins algorithmique. Surtout si la Fed met les quelques milliards de dollars nécessaires sur la table avec une injection de liquidités de type OMO (de très court terme) remboursées avant même d’avoir été rendues publiques dans son rapport d’activité mensuel.

Eh oui, la ligne colombe triomphe une fois de plus… Et il « faucon » prenne notre mal en patience. Les banques centrales iront jusqu’au bout de la logique de bulle, parce que toute amorce de correction reviendrait à laisser jaillir une étincelle dans un espace saturé de gaz explosif.

La guerre des devises fait rage

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Wall Street ne lâchera rien avant les quatre sorcières…”

  1. Impressionnant de clarte!

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