Wall Street et le krach : bis repetita ?

Rédigé le 2 juin 2010 par | Analyses indices, Apprendre la Bourse, US Imprimer

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Aujourd’hui, ça y est : il vient de lancer La Lettre de Marc Mayor portant sur ses plus grandes idées d’investissement : des idées contrariennes qui font son succès et en toute connaissance des mouvements des insiders de marché.

« Greed is good« . L’avidité, c’est une bonne chose. C’est Michael Douglas, incarnant le trader gominé Gordon Gekko, qui l’assénait en 1987 dans le film Wall Street d’Oliver Stone. A l’époque, sa sortie (le 11 décembre 1987) avait été précédée de moins de deux mois par le krach monumental du lundi 19 octobre : -23% en une séance !

Mauvaise nouvelle, Wall Street II – L’argent ne dort jamais, débarque sur nos écrans le 24 septembre prochain. Le signe qu’un nouveau krach est imminent ? Et pourquoi pas ?

Wall Street : crises et films

Wall Street, entre fiction et réalité

Tout d’abord, pourquoi une suite à Wall Street, 23 ans plus tard ? La question a été posée au réalisateur lors de son récent passage au Festival de Cannes. « Parce que c’est important. Parce que c’est l’effondrement du capitalisme et de notre société. Vraiment. Notre façon de vivre va changer. » En 2010, Oliver Stone a le même message qu’en 1987 : nous allons droit dans le mur.

Son but n’est pas simplement de divertir le spectateur pendant deux heures et de le laisser rentrer chez lui en fermant à nouveau les yeux sur les efforts quotidiens des financiers de Wall Street pour détruire le capitalisme, la démocratie et votre retraite par la même occasion. Le message est le même qu’il y a 23 ans, car l’avidité n’a fait que décupler ; elle n’a jamais quitté Wall Street, bien au contraire ce centre financier est devenu le berceau de celle-ci.

Et pourtant, Oliver Stone a encore moins de chances d’être entendu qu’à l’époque de l’opus premier de son oeuvre financière. En 1987, non seulement son message est largement passé inaperçu, mais pire encore : il a créé des vocations pour des milliers de requins en col blanc !

Depuis Wall Street, Michael Douglas s’est souvent étonné d’avoir été fréquemment approché par des jeunes hommes dans la rue, lui déclarant : « Vous êtes la principale raison pour laquelle j’ai voulu travailler dans la finance. J’ai vu Wall Street et j’ai voulu devenir Gordon Gekko« … Gordon Gekko, l’implacable trader joué par Douglas, qui finit le premier film en prison et en ressort pour le second.

Un (léger) décalage, donc. Wall Street avait pour but de montrer au grand jour l’hypermatérialisme de cette culture appelée à une prise de conscience et surtout de ne pas élever Gordon Gekko en héros. Ne pas mettre en valeur un personnage qui affirme « on dicte les règles, mon pote… On sort un lapin d’un chapeau et tout le monde se demande comment on a fait un truc pareil… Tu n’es pas assez naïf pour croire qu’on vit dans une démocratie, mon pote… C’est l’économie de marché ! » Certains l’ont pris au premier degré.

Wall Street II, indicateur avancée de tendance ?

Oliver Stone s’est toujours défendu d’avoir prédit le krach de 1987 ou d’être considéré comme un gourou par certains illuminés. Pourtant, le destin de l’Amérique est probablement inscrit dans l’ADN des traders de Wall Street. Ces jeunes férocement ambitieux et leur insatiable avidité à court terme. Le destin des Etats-Unis s’inscrit aussi dans les cycles de vie des nations et des économies, qui se répètent à travers les âges selon le même modèle. Après l’apogée, le crépuscule.

En vérité, le prochain krach était prévisible dès 1999, après des années d’excès accumulés dans le système. Excès de financements bon marché. Excès de produits financiers complexes et incompréhensibles. Excès d’accès à la propriété immobilière pour des millions de ménages incapables de rembourser leur emprunt. Et tout cela a donné les subprime, dont l’explosion a fragilisé les banques à tel point qu’elles ont arrêté de financer l’économie réelle. Pour obtenir la profonde récession que nous traversons actuellement.

Qu’avons-nous vu, au pire de la crise de 2008 ? Un secrétaire au Trésor, Henry Paulson, dont le seul objectif était de sauver ses amis de Goldman Sachs et d’autres banques de la faillite. Pas de préserver l’Amérique. Aveuglés par leur optimisme et leur instinct de tueur, les requins de Wall Street ne voient plus les dangers, les risques, les menaces. Ils bloquent les signaux d’alerte.

La sortie prochaine de Wall Street II constitue peut-être l’un de ces signaux d’alerte. Comme l’émergence d’un inconscient collectif dont Oliver Stone serait un messager.

« L’avidité est une bonne chose. L’avidité est justifiée. L’avidité est efficace. L’avidité tranche, clarifie et ravit l’essence de l’esprit évolutif » insistait Gordon Gekko en 1987. Wall Street continue à fonctionner selon le même modèle.

Oui, l’histoire de 1987 pourrait très bien se répéter en 2010. Êtes-vous préparé, ou plutôt aveuglé et en situation de déni ? Pourtant il suffit de regarder les signes et garder à l’esprit qu’à l’avidité s’est greffée l’extrême robotisation des places boursières.

Comme l’expliquait mon collègue Philippe Béchade dans un récent billet « la séance du 6 mai à Wall Street restera dans les annales comme la synthèse de tous les travers, excès et absurdités d’une Bourse robotisée, où le trading à la milliseconde peut déboucher sur les pires catastrophes. »

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

2 commentaires pour “Wall Street et le krach : bis repetita ?”

  1. en effet, Wall-Street n’est que l’image que nous renvoie la finance, mais les robots sont humains, comme les traders et les économistes ou les politiciens….tous optimistes 🙂 j’entendais encore ce matin sur BFm de doctes économistes évoquer la « reprise », etc…dans quel monde vivent-ils ?! depuis 2008, on a gonflé plus de nouvelles bulles que nous en avons eu depuis 20 ans…la bulle obligataire, la bulle immobilière chinoise, la bulle des actifs toxiques cantonnés, etc…parler de reprise alors que la bulle immobilière chinoise risque d’exploser à court terme me semble relever de l’optimisme béat ! si le moteur chinois se grippe cela va avoir des conséquences assez sévères ! l’argent c’est comme l’énergie, cela ne se crée pas, cela se transfère ! la thermodynamique de l’argent 🙂

  2. Attention notre vendeur est sur la troisième marche malgré tous les efforts de maitrise de couts et l’acheteur est sur la première marche.
    L’ascenseur crédit fonctionne une fois sur deux et on l’appelle de moins en moins .
    Conclusion :préparez vous à la guerre (économique et militaire en iran ) , préparez vous à l’isolement des américains surtout s’ils ne font pas le choix de l’austérité .
    Préparez vous à un autre monde .

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