Wall Street et la Fed : le conte de fées permanent

Rédigé le 9 octobre 2014 par | Analyses indices, Indices, sociétés et marchés, US Imprimer

Comme dans tout bon scénario hollywoodien qui se termine immanquablement par un happy end alors que tout semblait perdu, les minutes de la Fed, hier, ont provoqué un rebond salvateur des indices US. La situation est sauvée. Car, comme vous l’avait dit Mathieu hier, juste avant la réunion de la Fed : les indices US sont sur de tels supports qu’une étincelle aurait pu créer un véritable petit krach.

Mais ce sursaut cousu main comble de bonheur les marchés et enterre les vendeurs qui avaient joué avec succès une cassure de supports graphiques majeurs, parfaitement identifiés donc la veille.

Le Dow Jones a enregistré à partir de 19h45 (car des fuites ont eu lieu comme toujours 15 minutes avant la diffusion officielle de 20H) une ascension digne d’un missile balistique : une hausse de 235 points en ligne droite pour repasser à 17 007 points (et 16 994 points au final).

DJ30 Industrial Avg Index

C’est le plus puissant mouvement haussier de l’année 2014 sur un intervalle de 2 heures de cotations ainsi que la plus forte hausse de l’année sur l’ensemble de la séance (+1,64%).

Le S&P 500, qui était tombé la veille sous le support majeur des 1 945 points s’offre un rebond de +1,75%, le plus puissant depuis le 10 octobre 2013, pour terminer à 1 969 points : le voilà revenu à 2% de son zénith historique de clôture en moins d’une demi-séance !

 S&P500 Index

Le Nasdaq s’envole de +1,9%, une performance égale à celle du Russel 2000 qui rassemble bon nombre de valeurs volatiles et qui ont fortement baissé depuis juin dernier – notamment les biotechs.

 NASDAQ Composite Index

Alors… de quoi la Fed a-t-elle débattu et en quoi consistent ses conclusions pour provoquer un tel vent d’euphorie sauvant ainsi la partie pour les bulls – soulignons-le !

Les minutes relatent que la Fed se préoccupe des signaux du ralentissement mondial : Janet Yellen n’en avait pas fait état lors du précédent communiqué ni lors de la conférence de presse… D’ailleurs les mauvais chiffres macro-économiques ne se sont multipliés que ces tous derniers jours.

Les membres de la Fed se montreraient également vigilants face à la progression du dollar…. mais sa hausse ne s’est vraiment accélérée qu’après la réunion de la BCE jeudi dernier, c’est-à-dire suite à la prestation jugée décevante de Mario Draghi. Nul ne s’étonne qu’un thème largement débattu au sein de la Fed ne se soit traduit par aucun commentaire de Janet Yellen concernant les changes devant la presse… D’autant que la fermeté du billet vert est présentée comme un facteur réduisant les pressions inflationnistes : Wall Street aurait adoré !

Beaucoup moins surprenant en revanche, la Fed s’interroge sur les indicateurs les plus pertinents à prendre en compte pour ajuster sa politique monétaire.

On perçoit bien qu’elle cherche, depuis des mois, à minimiser tous les facteurs pouvant l’inciter à relever les taux d’intérêt et à mettre en avant ceux qui l’autorisent à « prendre son temps ».

Ces minutes de la Fed ont donc permis à Wall Street de se convaincre que si les taux doivent remonter, ce sera très progressivement… et qu’ils pourraient ne pas dépasser les 2% d’ici 2017 alors que le marché anticipait 3% (en symbiose avec le rythme de la croissance long terme).

Enfin, la Fed a beaucoup discuté du maintien ou non de la formule magique « pour une période très étendue » car elle ne voudrait pas que les marchés interprètent cela comme une promesse de maintien quasi-éternel de sa politique de taux zéro. Non, non, surtout pas !

Message reçu 5/5 par les marchés : à voir le Dow Jones remonter au contact des 17 000 points, les opérateurs sont complétement confortés dans leur paris d’une politique monétaire certes appelée à évoluer mais de façon trèèèèèèès lente – si lente que les marchés n’en ressentiraient quasiment pas les effets.

Le comble du bonheur, ce serait une croissance durablement paresseuse, un marché du travail décevant, des salaires qui stagnent ou qui diminuent (Wal Mart va supprimer la couverture médicale de ses temps partiels). Wall Street pourrait ainsi continuer de se nourrir de la médiocrité de l’économie réelle, les banques centrales reconduisant indéfiniment les mêmes stratégies ultra-accommodantes qui ont échoué à relancer une vraie croissance.

Les entreprises pourraient même se permettre de ne pas enregistrer d’amélioration significative de leurs profits en 2015. Les taux étant si bas que les supports monétaires ne seront pas près de faire de l’ombre aux dividendes et les investisseurs resteraient à cours de placements alternatifs. Mieux : la hausse des marchés obligataires est probablement rendue en bout de course et il n’y a plus rien à y gagner.

Que faire dans ces conditions des excès de liquidités, sinon acheter encore et toujours des actions et faire gonfler, gonfler… encore et toujours plus la bulle boursière ?

Ah, la magie du verbe… Alors que les supports indiciels avaient été sérieusement malmenés mardi sur l’ensemble des indices boursiers occidentaux, le verbe vient invalider in-extremis les signaux de rupture observés la veille.

C’est reparti pour les 4 600 points d’ici fin 2014 pour le CAC 40, le S&P 500 ne fera qu’une bouchée des 2 000 points (test des 2 050 points avant Thanksgiving ?). Voilà un florilège des pronostics formulés après la clôture de Wall Street. Mais nous connaissons bien ce genre de discours : il constitue un piège tout aussi sournois que la fausse cassure des supports mardi soir. Les marchés font simplement une pause dans leur processus correctif : les sherpas ont simplement profité du retracement des 18 par le VIX (son récent zénith annuel) pour casser les genoux des vendeurs à découvert. Chaque rebond du CAC40 ou de l’Euro-Stoxx50 doit être saisi comme une opportunité de revente.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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