Vous reprendrez bien un p’tit shoot, non ?

Rédigé le 25 avril 2014 par | Autres indices, Matières Premières Imprimer

Les 4 500 points sont faits sur le CAC40 ; les 3 200 c’est emballé pour l’Euro-Stoxx50 ; les 16 500 points, c’est plié pour le Dow Jones : les robots algorithmiques ont bien travaillé.

Et pour ceux qui croiraient encore à un merveilleux hasard, le CAC40 Global Return (le CAC40 qui tient compte des dividendes réinvestis) clôture juste au-dessus des 10.000Pts (à 10.027 pour être précis, un niveau plus revu depuis mi-décembre 2007).

CAC 40 Global Return

L’Allemagne ralentit… Youpi !

Je n’ai trouvé nulle part la justification d’une telle envolée (robotisée à 99%) des valeurs allemandes… mais elle a coïncidé avec l’annonce que la croissance outre-Rhin devrait ralentir au deuxième trimestre après une entame d’année plus florissante que prévu. Ce regain inattendu de l’activité début 2014 avait été salué par une sous-performance remarquable du DAX30 (-3%) par rapport au CAC40 et à l’Euro-Stoxx600 (et -12% par rapport à Milan) à l’issue du Premier trimestre.

Maintenant que les beaux jours sont révolus, les valeurs allemandes grimpent en flèche : normal… plus rien n’incite la BCE à retarder la mise en place un QE !

Si la BCE se lançait à son tour dans un QE (Mr de Carmignac suggère directement à Mario Draghi qu’il soit de 50 Mds€ par mois, soit l’équivalent de 70 Mds$ à peu de choses près), cela reviendrait à officialiser une politique d’expansion monétaire qui a en fait cours depuis plus de 4 ans, sous la forme d’une non-stérilisation complète des liquidités avancées au système bancaire.

La Bundesbank, à mon avis, ferme les yeux depuis le début et pour une excellente raison : c’était ça ou acculer un bon nombre d’emprunteurs à la faillite, c’est-à-dire faire surgir une multitude de Lehman sur le sol européen.

Mais puisqu’on vous dit que si on augmente la dose ca finira par marcher !

En discutant avec les uns et les autres (économistes, gérants, journalistes…), je réalise à quel point les marchés prennent leurs désirs pour des réalités : je perçois la conviction unanime que la BCE va agir contre l’Euro « trop fort » par le biais d’une baisse de taux (qui ne servira à rien) puis de la mise en place d’un programme de rachats de créances commerciales détenues par les banques. Et je ne trouve absolument personne qui soit capable de me décrire par quel mécanisme (évident si possible) de nouvelles liquidités offertes aux banques vont avoir un impact sur les prix.

C’est tout de même assez vertigineux de prendre la mesure de la force de cette illusion au sein de la communauté financière : 11 QE successifs en 23 ans n’ont jamais recréé d’inflation au Japon ; les prix ont atteint leur plancher aux Etats-Unis au plus fort du QE-3 de la FED, l’Angleterre voit ses injections gonfler des bulles stratosphériques dans l’immobilier londonien alors que les prix stagnent par ailleurs… Mais si c’est Draghi qui le fait, alors la déflation sera vaincue !

Comment ? Ah mais ça, c’est justement un secret de fabrication qu’il garde jalousement et nous expliquera le moment venu.

Une intraveineuse permanente

Mais la véritable explication de l’appétence des marchés pour le QE est plutôt qu’il leur faut leur shoot mensuel, point barre. Il leur faut leurs injections de liquidités furtives, de très court terme (de quelques jours à quelques semaines) sans aucun intérêt pour l’économie réelle mais qui donne toute latitude aux spéculateurs de manipuler les cours de bourse en intraday : pour gagner à tous les coups, il suffit juste « d’être le plus fort » durant quelques heures… le temps de marcher sur le corps des opérateurs qui se sont fiés à l’actualité du jour.

Pour trouver trace de ces coups de pouce aux brasseurs d’argent qui font régner leur Loi à Wall Street comme à la City, il faut décortiquer les comptes des banques centrales – et notamment ceux de la FED : il leur est facile de dissimuler ce genre d’opération car l’argent injecté est vite réabsorbé et il suffit d’agir entre deux bilans mensuels pour que ce soit totalement transparent.

Pourquoi faire état de ces sortes d’aller/retours monétaires puisque cela ne modifie pas l’encours de prêts de l’institut d’émission ?

Il a fallu que des parlementaires américains exigent durant des mois de la FED qu’elle rende compte de tous les mouvements de capitaux qu’elle effectue au jour le jour pour que cette bidouille soit détectée.

Si nos parlementaires européens se penchaient très en détail sur le bilan de la BCE depuis le début de la crise grecque, je suis convaincu qu’ils découvriraient que des astuces comptables recouvertes par des justifications – tout aussi alambiquées que manifestement fumeuses – ont permis de dissimuler le non-remboursement chronique de dizaines de milliards avancés à toute une panoplie de banques insolvables à travers l’Europe, et pas seulement celles associées aux PIIGS.

Extrait de Pitbull, la lettre d’investissement de Philippe Béchade

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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