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Vous l’imaginez bien, vous, l’explosion de la bulle ? C’est ce qui vous sauvera !

Rédigé le 21 avril 2016 par | Analyses indices, Autres indices, Cac 40, Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses, VIX Imprimer

La Banque centrale européenne (BCE) se réunit aujourd’hui, jeudi 21 avril 2016, à Francfort et publiera un communiqué de presse après la réunion. Pas de suspens pour cette séance de questions-réponses, qui relève de la routine. Les grandes annonces sont réservées aux rendez-vous trimestriels de mars, juin, septembre puis décembre, un rythme qui laisse le temps d’en évaluer les effets.

Or les décisions de mars dernier semblent insurpassables, tant en quantité (injections massives de monnaie-dette via les TLTRO, accroissement de 30% du volume du QE mensuel) qu’en diversité (recours à des taux… encore plus négatifs).
Cet activisme paroxystique avait pour but de déprécier la valeur de l’euro… Ce fut un fiasco ! L’euro a repris +5% face au dollar. En effet, la Fed avait retourné sa veste et troqué la tenue de faucon pour celle de la colombe – la seul dans laquelle Janet Yellen se sente à son aise…

Cinq semaines plus tard et après un coup de déprime début avril (l’entame du second trimestre semblant se dérouler aussi mal que celle du premier), les marchés ont été fermement repris en main.

La grosse main qui tire le marché

« En main » ? Oui, le singulier convient parfaitement, car vu les volumes constatés depuis le 7 avril, le rebond de 350 points du CAC 40 entre les 4 230 et les 4 600 ne repose que sur les efforts d’un seul acheteur. Techniquement, cet acheteur providentiel fait transiter ses ordres par plusieurs intermédiaires, mais ceux-ci travaillent de manière si coordonnée que l’on pourrait croire qu’ils se servent d’un seul et même algorithme (je vous renvoie aux articles de Gilles ici, ici et ici pour savoir comment les algos travaillent).

La hausse des indices ressemble parfois à la trajectoire d’un funiculaire : deux rails posés sur une pente soigneusement débarrassée de ses aspérités. La première heure de cotations de la séance de mardi fut un cas d’école presque stupéfiant de perfection, l’algo a arraché le CAC 40 vers son zénith du 10 mars à raison de 1 point par minute, durant très exactement une heure : 60 points gagnés en 60 minutes.

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Celui programmé la veille entre 9h et 12h qui propulsa l’indice 4 425 vers 4 500 en 3 heures et zéro minute (9h00-12h00) n’était pas mal non plus.

Comme vous l’expliquait Gilles, ces hausses en lignes droite sont caractéristiques des algos (ici, le layering sans doute) :

« Les prix sont contrôlés de façon RECTILIGNE (rien d’humain là-dedans)… Les variations de prix sont extrêmement rapides et d’environ 5% dans les deux sens. Le tout bien appuyé par des gaps quand on change de sens pour piéger le maximum de monde… »

C’est tellement voyant du point de vue chartiste que ce genre de hausse constitue un message très fort :

« Je suis le bras armé de la Banque centrale, j’ai les moyens de broyer toute forme de résistance et je multiplie les démonstrations de force, surtout lorsque des vents contraires soufflent sur les marchés ».

« Les opérateurs accablés par une actualité adverse pensent prudent de vendre, je leur oppose alors une volatilité haussière étourdissante ».

L’enfumage de la propagande permabull

Plus c’est gros, absurde, ouvertement manipulatoire, plus les vendeurs potentiels comprennent qu’ils sont dans le collimateur. La stratégie « choc et effroi » est appuyée par la propagande permabull : un chiffre économique mineur sera monté en épingle, une rumeur invérifiable deviendra le pseudo grand tournant que les gérants attendaient – avant d’être démentie le lendemain dans l’indifférence générale puisqu’une nouvelle fable viendra prendre le relai pour éviter que le soufflé ne retombe.

En politique, un des principes cardinaux à garder en permanence à l’esprit, c’est qu’un scandale chasse l’autre.

Sur les marchés, c’est à peu près la même chose : de l’enfumage des non-initiés avec des éléments de langage et des prétextes bidons (la chute des exportations de pétrole du Koweït faisant flamber le baril tandis qu’on oublie que c’est à cause d’une grève ponctuelle) ou une « bonne nouvelle » à peu près crédible et vérifiable qui vient motiver les « idiots utiles », dont le rôle dévolu consiste à payer le marché au plus haut.

Donc, rien de nouveau sous le soleil : les Banques centrales nous déroulent du classique. Et pourtant, les choses ne se déroulent, en fait, pas comme d’habitude depuis la mi-février.

Certes les cours montent, certes les multiples de capitalisation explosent en quelques semaines, (comme ce fut le cas au 1er trimestre 2015)… mais les volumes se désintègrent littéralement au fil des semaines.

Le marché monte sans volumes

Pour la première fois depuis 2012, les gestions indicielles conçues pour coller à la tendance semblent complètement en panne de carburant. Elles n’interviennent que de façon poussive, voire parcellaire.

Ce tarissement des flux en provenance des gestions classiques (OPCVM, fonds de retraite) doit constituer un sérieux signal d’alarme technique alors que le casino financier regorge de liquidités en excédent.

Ou alors, un signal d’alarme s’est déclenché chez les Asset Managers avec des PER de 24 sur les valeurs du S&P (et non de 18,5 comme certains permabulls voudraient le faire croire) et de 30 et plus sur le Nasdaq. Les multiples de capitalisation se cognent à des plafonds historiques (1987/2000/2008) et le seul fait qu’aucun placement obligataire ne leur oppose la moindre concurrence ne peut faire oublier que les actions (surtout à Wall Street) se paient à des niveaux stratosphériques.

Ces niveaux ne se matérialisent que par la volonté des Banques centrales qui pensent avoir aboli le couple rendement-risque… par l’abolition du risque ! Car lorsque le prix du temps (ce qui est en réalité un taux d’intérêt) glisse artificiellement vers zéro (ou sous zéro), le marché ne peut plus faire la distinction entre les bonnes et les mauvaises allocations d’actifs : la courbe du risque tend insidieusement vers l’infini quand celle du VIX (le baromètre du stress) se remet à flirter avec ses planchers historiques.

Cette complaisance du marché rime avec perte de contact avec la réalité. Mais puisque le marché se résume à une seule main, qui fait tout pour se rendre visible et apparaître toute puissante, qui a perdu le contact avec la réalité ?

Et qui porte, de ce fait, l’entière responsabilité de ce qui adviendra ? Les responsables monétaires ne paient jamais leurs erreurs et se retrancheront, comme toujours, derrière l’imparable « Personne n’aurait pu imaginer un tel désastre ».

L’imagination, c’est donc ce qui nous sauve ! Matthieu Lebrun est comme moi d’avis de ne pas s’amuser à faire comme si le risque n’existait pas ou comme si nous créditions les Banques centrales de la toute-puissance dont elles se pensent les dépositaires.

La première des précautions consiste à faire provisions de BX4, car ils sont tout simplement au plus bas de l’année 2016, et même depuis début décembre 2015, quand le CAC 40 flirtait encore avec les 5 000.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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