Volumes sur le CAC 40 : témoignage d’un trader sur l’assèchement des liquidités de marché

Rédigé le 3 novembre 2012 par | Apprendre la Bourse, Autres indices Imprimer

Mes mises en garde répétées sur BFM Business ou dans mes billets relatives à l’évaporation des volumes sur le CAC 40, entre autres, commencent à susciter des réactions approbatrices mais surtout l’envoi de témoignages émanant de sources très diverses (gérants de fonds, spécialistes du clearing, traders pour comptes propres…) qui confirment à 110% mes inquiétudes, avec un luxe de précision qui fait froid dans le dos.

Tenez, par exemple, je revenais mercredi matin lors de l’émission « Intégrale Placements » de BFM Business sur ce que je vous écrivais justement sur les volumes de la Bourse de Paris. Ce phénomène d’effondrement des transactions réelles ne saurait se comparer à une marée descendante liée à un contexte saisonnier mais bien à une évaporation catastrophique de type mer d’Aral.

Le principal souci, c’est que les volumes quotidiens réels (ceux qui donnent lieu à des règlements-livraisons de titres entre différents intermédiaires) ne sont en moyenne que de 800 millions d’euros par jour, soit 20 millions par valeur du CAC 40.

Les 50% à 60% des volumes restants, c’est du trading algorithmique débouclé dans la seconde, l’heure ou la minute, majoritairement sur de micro-écarts ou des arbitrages cash/future qui ne sont qu’un jeu à somme nulle avec souvent l’objectif de contenir la volatilité.

Donc 20 millions d’euros échangés sur les plus grosses valeurs de la place parisienne… cela devient trop étroit pour que les gérants d’OPCVM puissent rentrer dans le marché sans faire décaler encore plus fortement les cours. Les gérants sont maintenant confrontés aux mêmes maux qui affectent les small et les midcaps : comment sortir sans peser lourdement sur les cours alors que la contrepartie fait défaut ? Eric Lewin en parlait déjà dans ses articles à la mi-août comme étant un souci sur les small actuellement.

Heureusement, tant que les marchés montent, tout le monde a intérêt à se laisser porter par la tendance (qui est, comme chacun sait, notre amie) ; mais le jour où il faudra réduire la voilure — et pourvu que ce jour survienne le plus tard possible ! –, il n’y aura plus personne en face.

Et comme les sherpas (une dénomination politiquement correcte pour désigner ceux qui manipulent sans aucune restriction et en toute impunité les indices) se sont acharnés à prendre systématiquement à contrepied toute velléité de prise de position baissière et annihiler toute ébauche de mouvement correctif supérieur à -10% depuis juillet, il n’y a même plus de possibilité de compter sur des rachats techniques au cas où le marché subirait un brusque repli.

J’en reviens à une image que j’ai souvent employée depuis l’été 2010 : notre CAC 40 baigne dans un brouillard quantique de centaines de milliers d’ordres totalement fictifs qui apparaissent successivement puis s’annulent en l’espace de quelques millisecondes.

Il en résulte une impression visuelle « d’épaisseur » des carnets d’ordres mais il s’agit en fait d’un pur hologramme : essayez de saisir des titres à une limite que vous auriez choisie (au-delà des deux ou trois premières offres qui correspondent à celles des teneurs de marché)… et vous passeriez complètement au travers, sans rien toucher dans 90% des cas, avec une dématérialisation quasi instantanée de tous les ordres visibles sur votre écran !

Quittons maintenant le champ métaphorique pour renouer avec la dure réalité : plutôt que de vous la décrire de façon trop fastidieuse, je voudrais verser à mes précédentes démonstrations le témoignage d’un ex-négociateur indépendant de parquet (NIP) sur les contrats à terme du CAC 40 et qui reste très actif (mais il a de plus en plus de mal) sur le PX1 (que les traders connaissent pour être le code mnémo du CAC).

« Afin de s’assurer que l’ensemble des participants bénéficie pleinement de ces améliorations, Euronext, rapidement débordé par le succès de sa nouvelle plateforme en 2003/2004, a dû fixer quelques règles, en attendant d’accroître ses capacités informatiques.

Euronext reprochait à certains ordres automatisés de se placer trop loin de la fourchette, chacun de ces ordres se montrant gourmands en bande passante au risque de saturer globalement l’outil informatique permettant d’exécuter les transactions. Il est apparu important de contrôler les flux d’ordres envoyés au système de négociation. Il faut dire que la liquidité du CAC était optimale notamment du fait de la présence des NCP [négociateurs pour compte propre, NDLR], des acteurs qui animaient le marché « à l’ancienne », avec leur clavier et leur souris… chaque ordre découlant d’une décision, même réflexe, d’un cerveau agissant en pleine conscience.

Aujourd’hui les NCP ont été tondus par le THF et cette profession a disparu, laminée par la robotisation des échanges et l’hyper-volatilité des carnets d’ordres. D’ailleurs Euronext n’octroie plus ce statut à quiconque le demanderait !

Face à l’effondrement des volumes et au dégonflement des carnets d’ordres, Euronext demande maintenant à ses membres pratiquant le THF de faire apparaître des ordres fictifs afin d’entretenir l’illusion d’une certaine profondeur du marché. Il leur est en particulier recommandé de pratiquer des fourchettes de 5 points (10 ticks) sur le CAC ce qui est énorme sur un contrat dont la fourchette est en permanence d’1 ou 2 ticks.

Il s’agit donc de façon officielle d’épaissir les carnets et non d’apporter de la liquidité réelle. La meilleure preuve, ce nouveau programme ne comporte aucune incitation tarifaire : Euronext ne demande pas aux acteurs du trading haute fréquence de négocier mais de « meubler » !

Une situation hallucinante s’agissant de l’un des plus gros contrats dérivés au monde. A l’époque, les NCP étaient fortement incités avec un tarif deux tiers inférieur à celui des négociateurs pour compte de tiers et un remboursement sur les allers-retours à somme nulle qui leur permettait d’être très agressif dans la fourchette ».

Ne restez pas sans rien faire : allez là où sont les traders !
Sur les CFD

Mathieu Lebrun aligne les performances à trois chiffres, en ce moment :

– Il a permis à ses lecteurs de quadrupler leur mise entre le 2 et le 9 novembre.
– Le 16 novembre, c’est un gain de 165% qui est venu s’ajouter à leur portefeuille.
– Et le lundi 19 novembre, une plus-value de 300% en deux séances est venue porter la performance globale de son service (gains et pertes compris, net de frais de courtage) à plus de 65%.

Qu’attendez-vous pour le rejoindre ? La prochaine plus-value est peut-être déjà en train de se faire

 

 

La question qui se pose donc aujourd’hui est bien celle du risque de surgissement d’un nouveau flash krach de type mai 2010 car personne — et certainement pas NYSE-Euronext — n’est en mesure de déterminer « de quoi sont faits » les programmes algorithmiques quantiques… et quel pourrait être leur impact en cas de variation subite de cours provocant un assèchement total de la liquidité.

Nous subodorons qu’à raison de 1,5 milliard d’euros d’échanges intraday sur le CAC 40, les intervenants évoluent en permanence sur le fil du rasoir et pratiquent un véritable exercice d’équilibriste entre le cash et les dérivés. Cela suppose d’écraser la volatilité vers des niveaux totalement absurdes vu le contexte macro-économique, sinon c’est le marché qui deviendrait incontrôlable.

Et nous parvenons à cette conclusion paradoxale et vertigineuse : plus les volumes s’effondrent et confrontent l’ensemble des opérateurs à un risque de liquidité, plus la volatilité ultra-basse tend à induire que la détention d’actions ne comporte aucun risque. Ce qui est l’exacte antithèse de la réalité.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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