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Marché sous pilote automatique, Paris ne répond plus

Par Philippe Béchade24 Déc 2010

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

2010 fut l’année de la robotisation pleinement assumée et tolérée des marchés. Sans vouloir se livrer à une fastidieuse énumération des bizarreries ou criantes anomalies des cours par rapport à l’actualité sous-jacente qui ont émaillé les dix-huit derniers mois, jamais les indices n’avaient progressé autant de fois — c’est-à-dire presque systématiquement — les jours où les mauvaises nouvelles prédominaient.

Ils ont également pris l’habitude paradoxale de grimper les jours de hausse des taux et de baisse de l’euro, les jours de flambée des matières premières, les jours où l’actualité est totalement creuse — comme ces lundi 20 et mardi 21 décembre.

En d’autres termes, c’est un système de « choix unique » qui s’est instauré de février à avril, puis de fin août à fin décembre sur l’ensemble des indices occidentaux.

Plus la manipulation est évidente, plus tout le monde joue le jeu
Le scénario des trois dernières semaines est éclairant : le Nasdaq 100 prend 0,15% en moyenne chaque jour depuis le 2 décembre. L’indice termine quatre fois sur cinq dans le vert ou à l’équilibre mais, au final, il n’a engrangé que 2% ce mois-ci… juste de quoi dégoûter tous ceux qui opèrent via les options et qui voient s’effondrer inexorablement la valeur temps, c’est-à-dire l’essentiel de leur mise.

Quand à l’indice VIX — baromètre du stress sur le S&P –, il revient flirter avec le plancher historique des 16 alors même que les taux d’intérêt sont au plus haut et que les déficits s’accumulent au-dessus de la tête de chaque contribuable américain !

Rien de tout ceci ne serait possible sans un recours massif aux robots de trading algorithmiques qui permettent de placer les indices sur des rails haussiers en mobilisant le minimum de liquidités — quelle que soit la toile de fond conjoncturelle où les perspectives économiques les plus plausibles.

Plus la manipulation devient évidente, plus tout le monde joue le jeu : ça monte, personne ne vend, ça chute, il n’y a plus un seul acheteur sur le marché sinon les vendeurs de la minute ou de l’heure précédente qui soldent leurs positions short avant d’en initier de nouvelles à la baisse dès qu’un rebond technique semble s’essouffler.

Drôle de marché où tout le monde est du même avis dès qu’une tendance se dessine. La logique mathématique et statistique a instauré une véritable machine à générer des excès dont on peut se demander si les véritables investisseurs parviendront à se dépêtrer un jour.

Pour l’heure, les indices continuent de monter dans le vide — mais pas trop vite car il faut plumer les détenteurs d’instruments dont la valeur temps constitue l’essentiel du prix –, grâce à l’abstention délibérée des vendeurs potentiels, ce qui démontre que ce sont les mêmes opérateurs qui gèrent les fourchettes à la manière de market makers.

L’expression peut être prise au premier degré : ce sont bien des « faiseurs de marché »… et ils vont au bout de la signification sémantique en manipulant les cours à leur guise. Ce qui est relativement facile à concevoir lorsque l’on sait qu’une poignée d’intermédiaires représentent à eux seuls 75 à 80% des ordres exécutés au cours d’une séance, et cela peut aller jusqu’à 90% sur certains dérivés spéculatifs sur lesquels les particuliers se font « ballader » — pour ne pas dire détrousser comme au coin du bois !

Tous les indicateurs techniques sont au vert…
Sans l’intense manipulation indicielle des dernières semaines, jamais le Dow Jones ne se serait arraché au-dessus des 11 500 points.

Jamais le Nasdaq 100 n’aurait pu retracer son zénith historique des 2 235 points établi à l’issue de la fameuse séance du 31 octobre 2007 qui demeurera l’un des pires exemples de bull trap de la décennie — l’indice avait bondi de 1,5% avant de rechuter de 2,25% dès le lendemain puis de dévisser de 15% début 2008.

A ce propos, le CAC40 présente une particularité intéressante dont il convient de se préoccuper alors que l’année 2010 pourrait s’achever, si l’on s’en tient aux scores du 22 décembre, sur un score nul.

Ce n’est pas une première historique, loin s’en faut, ce cas de figure s’est déjà présenté en 1995, 2000 et 2007 : chaque fois qu’une année fut marquée par un pic historique ou un creux majeur, la tendance sous-jacente s’est complètement retournée dès l’entame de l’année suivante — ce fut particulièrement brutal, à la baisse, début 2001 et début 2008)…

Mais pas d’alarmisme prématuré : tous les indicateurs techniques pointent dans le vert !

C’est normal puisque les évolutions des indices sont orchestrées de façon à induire un pronostic technique invariablement haussier ou baissier, en fonction de la largeur du consensus qui peut être pris à contrepied.

Le test des 3 936 points constitue une absurdité totale au regard de l’évolution des taux et du dollar, c’est pourquoi le scénario le plus difficilement justifiable est justement celui qui s’est produit : la participation à la hausse étant extrêmement faible, le nombre de gagnants est lui aussi tout aussi réduit : il n’y a pas de « repas gratuit » (there’s no free lunch on the market) et les manipulateurs ne sont pas partageurs.

Le prochain objectif, si l’on s’en tient aux seuils psychologiques ce sera les 4 000 points… mais les 100 points gagnés depuis le test des 3 830 points sont complètement artificiels… et tous ceux qui s’abstiennent de vendre le savent : ils se couvrent dans la plus grande discrétion, quant aux insiders (les dirigeants d’entreprises), ils sont vendeurs à plus de 90% : la confiance règne !

Le débordement des 3 900 points ayant eu lieu sans aucun volume, le risque de rechute sous les 3 865points (le niveau de rupture à surveiller) demeure très élevé au moindre impondérable. Les seuils à surveiller à très court terme sont les 3 800 et les 3 750 points comme cela a déjà été indiqué…

mais il y a d’autres seuils à surveiller — comme autant de précurseurs de tendance –, à savoir le palier des 3,60% de rendement sur les T-Bonds US 2020 et les OAT françaises (tous ces bons du Trésor se tiennent) puis les 6,1% sur la dette souveraine espagnole : c’est en quelque sorte la frontière entre une dérive contrôlable et une débâcle qui ne le serait plus.

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
Depuis la Belgique : composez le 09 02 33110, chaque appel vous sera facturé 0,75 euro / minute.
Depuis la Suisse : composez le 0901 801 889, chaque appel vous sera facturé 2 CHF / minute.

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Philippe Béchade

Rédacteur en Chef de la lettre Pitbull

Philippe Béchade rédige depuis dix ans des chroniques macroéconomiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995, il est aussi la ‘voix’ de l’actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l’un des tout premiers ‘traders’ mais également formateur de spécialistes des marchés à terme. Rédacteur aux Publications Agora, vous trouvez chaque jour ses analyses impertinentes des marchés dans La Chronique Agora.

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