A quoi reconnaît-on qu’un marché s’apprête à changer de polarité ?

Rédigé le 14 janvier 2010 par | Apprendre la Bourse Imprimer

D’ordinaire, les chartistes guettent l’accélération finale, cette espèce d’emballement des cours, appelé « phase maniaque ». Qu’il s’agisse d’une capitulation à la baisse ou, symétriquement, d’une exubérance irrationnelle à la hausse, la fin du mouvement s’accomplit dans l’excès. Il se nourrit de lui-même ; il n’existe alors plus de sentiment contraire dans le marché. L’horloge s’emballe, tout le monde court dans la même direction… c’est le fameux « mouvement de troupeau », mû par des forces aveugles, qui se précipite vers le premier piège que le destin lui a tendu.

Un vent de panique et des krachs orchestrés

Vous avez déjà lu ce genre de description dans une foule d’ouvrages de vulgarisation et cela vous évoque spontanément l’effondrement des indices de l’automne 2008 puis de début janvier à la mi-mars 2009.

Mais il ne faut pas croire identiques ces 2 phases de krachs successifs.

Le premier, consécutif à l’exécution en place publique de Dick Fuld (Lehman) par Henry Paulson (son ennemi juré) entraîna le vent de panique que la presse a si bien décrit. Une plongée dans l’inconnu. Du concentré d’angoisse à l’état pur symbolisé par un indice de stress — le VIX — explosant de 20 points vers un record historique et absolu de 80 en quelques jours.

Le second effondrement fut en revanche beaucoup moins émotionnel, plus méthodique, plus cynique. Les grandes banques survivantes, gavées (depuis le mois de décembre 2008) de milliards déversés par le contribuable — sur ordre du Trésor américain et via la Fed — savaient que de nombreux fonds spéculatifs privés de financement (la plupart comptaient parmi leurs anciens partenaires ou clients) avaient programmé la liquidation de leurs actifs au cours du premier trimestre 2009.

Ces banques avaient les moyens d’acheter le reliquat de titres qui devaient être mis en vente sur le marché… mais elles s’en sont délibérément abstenues. Au nom du principe qu’il ne faut pas tenter de rattraper au vol un couteau qui tombe, elles ont délibérément laissé les cours s’effondrer sans lever le petit doigt.

Ce conseil est certes judicieux pour les « mains fragiles » mais ce qui distingue précisément les forts des faibles, c’est la capacité qu’ont les uns de renverser une situation qui paraît désespérée aux yeux des autres.

Les forts se sont cette fois comportés comme des day traders gérant trois malheureux contrats à terme et une poignée de warrants. Ils ont sciemment laissé la spirale baissière se perpétuer, les cours s’effondrer, ruinant la confiance de millions d’épargnants dans la capacité du « marché » à corriger ses propres excès. Ceux là ne sont pas revenus et ils ne reviendront pas.

Le chien des Baskerville chasse les intervenants

La tendance s’est retournée et une spirale haussière a commencé à s’enclencher dès que la volonté de faire monter les cours est devenue assez manifeste et parce que la Fed continuait de promettre des taux éternellement bas. Ce sont alors les vendeurs potentiels qui ont commencé à se retirer du jeu : on n’arrête pas la marée montante.

La parabole du « couteau qui tombe » possède son symétrique : « ne jamais vendre un rally boursier ». Plus aucun acheteur à la baisse, plus aucun vendeur à la hausse, tel est devenu le marché de l’après Lehman !

Voilà l’une des explications, sinon la principale, de la contraction inexorable des volumes alors que la capitalisation globale progresse symétriquement de façon spectaculaire… Un paradoxe que certains chartistes baptisent du nom de « cygne noir » ou de « chien des Baskerville » (des créatures censées ne pas exister).

Ces images signifient d’abord que la situation actuelle est à la fois sans précédent, hors du champ du connu et invalide les théories les plus largement admises.

Si jamais le CAC40 plafonne sous les 4 070/4 090 points (ce qui équivaut au plancher des 15 et 16 juillet 2008), rien n’indique techniquement que l’indice est sur le point de se retourner à la baisse : les volumes s’étoffent un peu après une série de premières séances annuelles relativement creuses… c’est un grand classique.

Les indicateurs techniques de force ou de tension traduisent une situation de surachat… mais c’est un phénomène chronique depuis le 25 juillet 2009 !

Aucune correction ne s’est déclenchée depuis six mois parce que le marché était « monté trop haut dans les tours », aussi bien sur des unités de temps journalières qu’hebdomadaires ou mensuelles.

Un temps de retard à l’ère de la milliseconde

Depuis une dizaine d’années, les algorithmes basiques ne fonctionnent, de façon assez étrange, que sur des périodes n’excédant pas le quart d’heure et la demi-heure.1 heure, c’est déjà beaucoup trop long !

Avec plus de la moitié des ordres exécutés par des machines qui travaillent à la milliseconde, les outils de mesure classiques conçus du temps où les cours étaient déterminés au fixing (et non pas en continu), ne fonctionnent plus. Ils accusent trop de retard sur la tendance intraday, un peu comme le « bang » supersonique qui retentit plusieurs secondes après le passage d’un avion de chasse.

On sursaute en voyant grimper en chandelle les RSI, les MACD et autres stochastiques en daily… mais de nouveaux cycles sont déjà à l’oeuvre ! De la même façon, la tendance des indices sera peut-être déjà baissière au moment où vous lirez ces lignes, mais le son du « bang » n’est pas encore parvenu à nos oreilles et la plupart des indicateurs restent positifs à court et moyen terme.

Les 7% gagnés depuis le 18 décembre représentent l’un des plus beaux exemples de « hausse dans le vide » de ces 20 dernières années. Peu d’acheteurs… mais qui semblent hégémoniques face à des vendeurs potentiels totalement démobilisés, ou tout simplement conscients d’avoir à faire à un mouvement parfaitement orchestré.

Quand tout le monde pense la même chose…

Et nous faisons le pari que c’est bel et bien le cas, tout comme lors des derniers pourcents perdus par le CAC40 en mars 2009. Rien d’émotionnel jusqu’à un certain matin du 11 janvier 2010…où nous avons observé une spectaculaire chute de -5% de l’indice VIX vers un plancher de 17% — plus observé depuis l‘automne 2007. Cet accès de confiance unanime, cette absence totale d’appréhension chez les acheteurs, voilà peut-être le vrai signe que la bulle est sur le point d’exploser.

Le CAC40 revenu sur les 4 000 points en cours de séance le 12 janvier, les gains des 5 séances précédentes ont été effacés et il ne subsiste que les 2% engrangés le lundi 4 janvier.

La tendance haussière court terme est cependant préservée puisque le support oblique court terme qui gravite vers 3 975 points n’a pas été menacé. Le repli du CAC 40 demeure assimilable à une simple correction technique.

Une majorité de chartistes considère par ailleurs que le maintien du CAC 40 au-dessus des 3 910 points (MM25 et ex-zénith annuel du 20 octobre) déterminera si le rally en direction des 4 300 points peut se poursuivre.

Il faudrait même enfoncer les 3 880 points (support ascendant moyen terme) pour que la tendance haussière soit compromise, ce qui laisse une marge de sécurité de 3%, laquelle devrait s’avérer suffisante pour absorber les prises de bénéfices consécutives au dernier segment des 3 680/4 080 (retracement classique de 50%).

Mais si les 3 880 points cèdent, le CAC40 pourrait filer tout droit vers les 3 607 (gap du 3 novembre) puis les 3 467 points (gap du 19 août 2009).

Note de la Rédaction :

Au moment où le marché s’inversera, il faudra agir vite ! Chaque jour, Philippe analyse les marchés, et les niveaux de tensions qui vous permettent de prendre les devants et de vous positionner pour être prêt.

Prenez les devants, et ne faites pas l’erreur de suivre le consensus. PAS MAINTENANT ! Ecoutez vite l’analyse de Philippe au 0 899 88 20 36* et appliquez ses conseils sans attendre.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

2 commentaires pour “A quoi reconnaît-on qu’un marché s’apprête à changer de polarité ?”

  1. Bonjour ,

    J’apprécie beaucoup les commentaires de Philippe Bechade, et ses explications, il est vrai un peu techniques pour moi, mais c’est ce qui en fait leurs valeurs et constituent leurs interets; donc merci . Continuez .AC.

  2. […] toutes les unités de temps inférieures à 24 heures — étaient haussiers. Ils profitaient d'une inversion de polarité consécutive à une situation de survente après une chute linéaire de -250 […]

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