Viaduc de Gênes : Atlantia replonge en Bourse

Rédigé le 20 août 2018 par | Actions, Big caps, Indices, sociétés et marchés Imprimer

L’Italie a enterré ses morts samedi, quatre jours après l’effondrement d’une partie du pont Morandi, une tragédie qui a fait au moins 43 morts. Entre sobriété et gravité, les funérailles nationales, qui ont réuni les plus hautes autorités de l’État, ont été marquées par des applaudissements nourris aux secouristes, mais aussi par les défections d’une partie des familles des victimes, pour lesquelles les autorités sont les premières responsables de la tragédie. La polémique, elle, ne faiblit pas et Rome ne lâche pas d’une semelle Autostrade, société autoroutière filiale du holding Atlantia (IT0003506190-ATL).

A Milan, le titre de ce dernier reste plus que jamais sous pression. Après avoir rebondi de 5,2% vendredi, il accuse en effet une baisse de 7,38% à 17,75€ et flirte avec ses plus bas depuis octobre 2014. De fait, la capitalisation boursière d’Atlantia passe par ailleurs sous les 15 Mds€.

titre Atlantia, propriétaire d'Autostrade en difficulté depuis l'effondrement d'une partie du pont Morandi à Gênes

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Ministre des Infrastructures et des Transports, Danilo Toninelli s’est il est vrai fendu samedi d’une lettre officielle sans équivoque à Autostrade dans laquelle il a pointé des manquements et violations graves du concessionnaire à ses obligations de maintenir et réparer les routes. Comme attendu, le gouvernement lui a donné 15 jours pour apporter la preuve de s’être conformé à ses obligations contractuelles.

L’État a mis sa menace de révocation des concessions à exécution

Sous pression, Autostrade, dont le conseil d’administration doit se réunir demain (celui d’Atlantia doit faire de même mercredi) et qui gère 3 020 kilomètres d’autoroutes de l’autre côté des Alpes, est surtout sous le coup d’une procédure de révocation de la totalité de ses concessions. Ainsi le gouvernement italien est-il allé au bout de son idée originelle, avant même les conclusions de l’enquête pénale et sachant que la procédure dans la convention italienne des travaux publics stipule qu’« en cas de non-exécution de ses obligations, le concessionnaire doit d’abord recevoir un rappel de l’État lui fixant un délai de 90 jours pour se justifier ».

Rome s’expose ce faisant à une décision de justice qui pourrait juger cette initiative abusive, mais la menace de s’acquitter d’une amende qui selon certaines estimations pourrait culminer à 20 Mds€ ne semble pas l’effrayer le moins du monde.

Nous n’en sommes cependant pas (encore ?) là et, dans l’immédiat, c’est bien Autostrade qui est dans la tourmente. Dans une volonté d’apaisement, sa direction a fait part de son intention de reconstruire le tronçon détruit à ses frais (tel était le vœu du gouvernement) en huit mois et de fournir de l’assistance aux familles touchées par ce drame à travers la constitution d’un fonds initial de 500 M€.

Les autorités se sont donc défaussées entièrement sur la filiale d’Atlantia, mais comme je l’écrivais en fin de semaine dernière, il n’est pas certain que la vive et légitime colère des Italiens se focalise uniquement sur elle. Il n’en demeure pas moins que l’horizon d’Autostrade s’est encore considérablement assombri ce week-end… et que du drame de Gênes pourrait aussi découler la chute de ce géant autoroutier.

Les banques italiennes font de nouveau trembler les investisseurs

Guillaume Duhamel
Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel suit l’actualité boursière au quotidien depuis plus de 5 ans. Historien diplômé de l’Université de Paris IV-Sorbonne et journaliste de formation, passé également par le sport et le développement durable, il voue un intérêt particulier aux small et midcaps, ainsi qu’aux secteurs de l’énergie et de l’aéronautique

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