Vers un rebond du CAC 40 sorti de nulle part ?

Rédigé le 20 septembre 2011 par | Autres indices Imprimer

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Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers
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La sévère correction de la première quinzaine du mois d’août (impossible de parler de krach dans la mesure où Wall Street n’a perdu « que » 15% quand le CAC 40 en perdait le double) s’est transformée d’opportunité de rebond… en désastre.

L’Euro-Stoxx 50 a complètement perdu le contact avec les indices US depuis le 1er septembre : c’est un scénario tout à fait exceptionnel, peut-être sans précédent depuis le début des années 90.

Le grand n’importe quoi européen, responsable de la chute
Alors que les indices ont constamment renforcé leur corrélation (jusqu’à gommer les particularités conjoncturelles) de part et d’autre de l’Atlantique ces quinze dernières années, 2011 est caractérisée par l’apparition d’un grand écart qui engendre des distorsions de valorisation que nous qualifions de prodigieuses depuis trois mois.

Comme nous l’avons déjà évoqué lors d’une précédente analyse, le différentiel de performance annuel est maintenant de 20% entre le S&P 500 et l’Eurofirst 300. Cet écart abyssal ne s’explique ni par les perspectives de croissance ébouriffantes des Etats-Unis, ni par les injections de liquidités de la Fed (elles ont cessé fin juin) : la réalité, c’est que la gestion de la crise grecque par les Européens est tout simplement consternante.

Angela Merkel est littéralement ficelée depuis décembre 2009 par ses conseillers aux ordres du patronat allemand. Ils se sont accrochés à leurs dogmes de rigueur budgétaire jusqu’à ce que la situation tourne au désastre que nous constatons. S’ils croient avoir tout bon sur le plan théorique, ils ont tout faux sur le plan pratique depuis 18 mois (même Jacques Delors l’affirme).

Certes, ils ont raison sur les grands principes : ils peuvent dispenser des leçons de saine gestion, marteler que la Vertu et le Courage ne peuvent faire indéfiniment des chèques pour financer le Vice et la Paresse… Mais la stratégie consistant à acculer la Grèce à la faillite pour mieux l’évincer de la Zone euro est suicidaire.

Les marchés financiers, les économistes de 15 pays de l’Eurozone sur 17 (moins l’Allemagne et la Hollande) ont pris la mesure du péril qui menaçait notre Zone euro, pourtant conçue par les Allemands et taillée sur-mesure pour leur modèle économique, lequel se situe aux antipodes des pays du Sud qui agonisent.

Les marchés ont envoyé trois signaux d’alerte majeurs du 8 au 26 août dernier : chaque fois qu’une telle correction en trois temps s’est matérialisée, un « réflexe de survie » des autorités monétaires et politiques a permis d’inverser la vapeur durant 15 jours, un mois, un trimestre… avant une éventuelle rechute vers de nouveaux plus bas.

Les marchés ont parié fin août sur un virage au frein à main avant d’aller droit dans le mur : c’était la logique même. Mais ils se sont trompés. Les élites qui pilotent l’Europe n’ont pas tiré les leçons de la faillite de Lehman survenue il y a trois ans : si le « pire n’est jamais certain », avec une telle incohérence — et, osons le dire, incompétence des « sherpas » européens — il devient hélas plus que probable.

Le rebond n’est pas gagné, mais la chute est délirante
La cassure des 3 000 points sur le CAC 40 — via l’ouverture d’un gap sous les 2 967 points puis l’enfoncement des 2 890 points les 13, 14 et 15 septembre et hier, lundi 19 — démontre que même des supports historiques majeurs peuvent voler en éclats sur une simple rumeur invérifiable, lancée par un prétendu opérateur qui tient à garder son anonymat (et non à cause d’un événement comme un attentat, une guerre, un krach monétaire ou obligataire).

La rechute de 11% du CAC 40 en ligne droite (entre 3 115 points et 2 770 points) a pris à contre-pied le rebond de la quasi-totalité des oscillateurs techniques classiques, tant en données quotidiennes qu’hebdomadaires.

Ensuite bien entendu, des chartistes vous expliqueront qu’il y a avait une distorsion par-ci, un signal baissier en unité de temps intermédiaire par-là, un indicateur exotique qui avait identifié un retournement psychologique de dernière minute. Si la hausse s’était prolongée de 3 100 vers 3 300 points, tous auraient salué un scénario des plus classiques et se seraient moqués de ces contrariens qui oublient leurs « grands classiques » au nom de leurs habitudes de day traders.

Le CAC 40 a donc dévissé sous les 3 000 points, et a inscrit un nouveau plancher à 2 770 points avant de rebondir, vendredi, au-dessus de ce même seuil psychologique des 3 000. S’agit-il d’un bear trap (piège à baissier) sous les 2 900 points ?

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Le mystère reste entier et la question ne pourra être tranchée qu’en cas de rebond au-delà des 3 250 points. Mais cela semble mal parti. Le seul argument qui continue de nous faire espérer ce rebond, c’est que le seuil des 2 770 points testé mardi dernier ne correspond à aucun support identifiable à court, moyen ou long terme.

Mais existe-t-il encore une règle qui fonctionne en ces circonstances où n’importe quel bruit de couloir abscons peut faire plonger le CAC de 5% en une heure ?!

Le CAC 40 parviendra-t-il à se maintenir au-dessus des 2 890 points (qui est, lui, le plancher intraday du 11 août dernier et ex-plancher du 2 octobre 1998) ?

La facilité déconcertante avec laquelle il fut enfoncé lundi rend tout pronostic de rebond très incertain, ce qui nous invite à faire preuve d’une prudence extrême. Car les tests successifs des 3 000 points se sont en plus faits dans des volumes qui perdaient à chaque rechute de leur intensité (un signe potentiel d’épuisement de la pression baissière, dans 90% des cas).

Mais exclure la possibilité d’un rebond dans un climat d’aversion au risque absolu serait une grave erreur : il n’y a en effet pas d’exemple depuis 1998 d’un CAC 40 perdant plus de 30% en trois mois (et qui accusait un recul de 33% lors du test des 2 769 points) et qui n’ait pas rebondi d’au moins 15%.

Mais reprendre 15% sur un plancher de 2 800 (pour schématiser), cela ne ramène le CAC 40 qu’au contact des 3 200 points.

Le gap des 2 967 points serait alors comblé, tout comme celui des 3 132 points du 2 septembre… mais il ne suffirait pas à re-tester les 3 500 points. Et un retracement de 50% de la totalité de la baisse donnerait un objectif de 3 470/3 480 points (ce qui suppose une remontée fantastique de 25%). Nous en sommes loin.

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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