Grand Marnier, pourriez-vous vous payer le luxe d’acheter un titre ?

Rédigé le 26 mai 2015 par | Actions, Indices, sociétés et marchés, Mid et Small Caps Imprimer

Vous connaissez bien sûr LVMH (FR0000121014), Pernod Ricard (FR0000120693) ou encore Rémy Cointreau (FR0000130395)… mais vous êtes-vous déjà penché sur le cas Grand Marnier (FR0000038036) ?

Bien sûr, je vous fais confiance pour avoir déjà dégusté du Cordon Rouge ou du Louis Alexandre, des marques du groupe… mais vous connaissez sans doute moins le côté financier et boursier de Grand Marnier.

Un des titres les plus chers au monde !

Déjà, pour une entrée en matière, retenez que le cours de Grand Marnier est de… (accrochez-vous) 5 200 euros. Non, je ne parle pas du CAC 40, je ne parle pas du salaire mensuel d’un cadre haut placé mais bien du prix d’une action Grand Marnier… C’est l’un des titres les plus chers au monde (il y a pire, mais c’est rare).

150526_grandmarnier

Le titre est coté sur l’Eurolist B, avec une capitalisation boursière de 442 millions d’euros. Bien entendu, à ce prix, les volumes échangés sont faméliques… Tenez, la semaine dernière, il s’est échangé 21 titres sur la valeur. C’est peu…

Vous me direz Berkshire Hathaway (A), dirigé Warren Buffett, vaut bien 219 526 dollars… mais les volumes sont là aussi négligeables : le 19 mai dernier, il s’est échangé 253 titres et 298 titres le 21 mai dernier… C’est ridicule pour une valeur américaine. Mais bon, à plus de 200 000 dollars l’action, ce n’est pas le petit investisseur particulier qui va se positionner, et même un fonds, pour une ligne de 1 000 000, n’aura que 5 titres. Inutile pour lui !

Bon revenons à Grand Marnier car la société n’est pas franchement en pole position de son secteur.

Grand Marnier : comment se développer seul ?

Il y a eu des rumeurs en décembre dernier sur une cession du groupe et l’on prêtait à Diageo, Pernod Ricard ou encore Bacardi un intérêt pour le groupe français… Mais tout cela a été démenti. Le groupe est pourtant une proie rêvée avec un capital atomisé entre les familles Coury (10%), de Gasperis (10%) ou Marnier Lapostolle (10%).

Le groupe n’est pas très prolixe en communication et je me demande pourquoi il reste coté en Bourse. Je n’ai pas le souvenir d’une réunion SFAF ou d’un déjeuner de presse, comme si la cotation de la société n’existait pas. Et comme elle attire peu les investisseurs, je ne vois pas vraiment l’intérêt…

La société a réalisé un exercice 2014 correct : son chiffre d’affaires a reculé de 3,1% à 122,7 millions d’euros mais son résultat opérationnel a progressé de 5,1% à 21,4 millions d’euros et son résultat net a augmenté de 12,5% à 10,8 millions d’euros. Cela laisse des marges plus que convenables avec par exemple une rentabilité opérationnelle de l’ordre de 17,5%. A titre de comparaison, c’est moins que les 22% de Pernod Ricard sur le dernier exercice mais plus que les 14,5% de Remy Cointreau.

Voilà pourquoi la société vaut une petite fortune en Bourse : si on calcule les ratios classiques, on obtient un PER légèrement supérieur à 40 et une VE/ROC de 198 (!!) compte tenu d’une situation financière très saine et d’une situation de cash positive à hauteur de 29 millions d’euros.

Les actionnaires ont reçu un dividende de 50 euros par titre en début d’année… mais faites le calcul, cela ne donne un rendement que de 1%.

L’avenir de la société passe par une stratégie de distribution internationale de ses liqueurs de marque Grand Marnier. Mais la société est-elle capable de rester indépendante ou de développer une vraie force de frappe à l’international ? Cela implique de lourds investissements financiers… et une concurrence féroce de la part des géants du secteur du luxe qui, eux, mettent les moyens.

J’ai du mal à comprendre comment la société va pouvoir se développer sans adossement. Pour moi, c’est un peu le même profil que ST DUPONT (FR0000054199), dont je vous avais parlé dernièrement : sans adossement, de si petits groupes se noient à l’international et ne servent que de faire-valoir aux géants du secteur.

La société fêtera elle dans la plus grande indépendance son bicentenaire en 2027 ? Je n’en prendrai pas le pari… Et je jouerais plutôt une OPA à condition d’être patient, très patient même…

Mots clé : -

Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

En savoir plus sur La Lettre PEA et Mes Valeurs de Croissance.

Laissez un commentaire