Une rentrée chaude avec des marges de manœuvre ultra-serrées

Rédigé le 7 janvier 2015 par | Matières Premières Imprimer

Bien entendu, je ne peux déroger à la règle et je tiens ici à vous souhaiter mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Et vous savez quoi ?… vous allez en avoir besoin !

Quand, avec Nathalie Boneil, nous avons convenu de mon retour dans ces colonnes, je n’imaginais pas ce qui m’attendait. Imaginez, plus d’un an que je n’ai pas écris pour La Bourse au Quotidien, occupé par de nombreux autres projets et avec l’impression d’avoir déjà beaucoup dit sur les dérives de notre économie, des marchés et de nos dirigeants.

Mais ceux qui aiment l’écriture le savent : c’est une sorte d’addiction.

Du coup, c’est avec un plaisir non dissimulé que je reviens vers vous, lecteurs fidèles et avertis, et que je me réinstalle dans ces lignes comme on s’assoit dans un canapé usé, oublié dans un coin de la maison de campagne, mais qui a vu passer tant de moments importants de notre vie. On s’y sent bien …

Pour ce qui est de l’économie ? Là aussi, c’est comme un air de déjà vu…

Faire du vieux avec du neuf !

L’avantage avec cette crise, c’est que je peux me permettre de revenir avec les mêmes sujets qu’il y a deux ans ! Crise grecque, sortie de l’euro, les méchants et austères Allemands face aux gentils et dépensiers latins. Nos thèmes de prédilection des années 2011/2012 sont de retour. La différence ? La marge de manœuvre est encore plus réduite.

Ce dimanche, c’est Angela qui a mis le feu aux poudres en laissant fuiter que « la sortie de la Grèce de la zone euro serait gérable ». De la part de l’Elysée, on aurait pu facilement croire à un énième cafouillage… mais de l’administration allemande, le hasard n’a que peu de place dans cette histoire.

Et nous voilà à raviver les débats sur la « faisabilité » d’une sortie de la zone euro, d’un renoncement à la monnaie unique etc. – vous connaissez la chanson.

Ce matin même, Merkel en remet une couche et exhorte la BCE à ne rien faire avant les élections du 26 janvier en Grèce. Le prochain comité monétaire se tiendra le 22 janvier et les marchés en attendent beaucoup. Beaucoup trop peut-être. 

Un QE européen

Lors de ce prochain comité, la BCE devrait annoncer de nouvelles mesures de rachats d’actifs. Emmanuel Macron, notre ministre de l’économie, appelait lui aussi, hier, la BCE à faire davantage pour relancer la croissance. L’Europe va donc entrer dans l’ère de l’assouplissement monétaire (à visage découvert cette fois). Souci : le quantitative ne marche pas, tout le monde le sait. Cela permet, au mieux, de mettre un pansement en attendant un remède plus fort.

Sans doute que nos dirigeants s’inspirent de l’exemple américain où l’économie rebondit et l’emploi avec. Si de nombreux bémols pourrait y être apportés (peu d’épargne, endettement des étudiants, carence des soins, exclusion…), accordons leur que l’idée est séduisante. À défaut d’en avoir d’autre.

Le seul problème est que nous ne sommes pas des Américains.

Et c’est plutôt du côté Japonais que nous devrions nous tourner pour constater l’impuissance de telles mesures quand une économie entre en déflation avec une population vieillissante et donc, avec moins de consommation. Comme me le confiait récemment l’économiste Pierre Sabatier, « On ne fait pas boire une âne qui n’a pas soif »

Relancer la croissance par l’abondance de liquidité répond donc à une problématique ponctuelle, mais pas aux défis structurels. Cette crise n’est plus une crise, mais un tournant, un virage que bien peu ont pris. C’est désormais une phase d’adaptation qui se dessine vers nous.  La croissance restera faible dans un environnement déflationniste, c’est STRUCTUREL.

L’économie doit innover, changer, bousculer les habitudes… mais ce n’est pas pour tout de suite.

Et déjà, les prémices des comportements qui nous ont emmenés dans le mur de 2007 se profilent tranquillement…

Une mécanique impitoyable…

Le CAC40 a péniblement terminé à l’équilibre en 2014. Il connait le plus mauvais démarrage depuis 2011 – imaginez, près de 4% de baisse en deux jours rien que cette semaine.

Méthodiquement, la mécanique infernale a repris son travail.

Les investisseurs les moins informés, les épargnants de la dernière heure se sont fait berner.

Mais il doit bien y avoir encore quelques moutons à faire monter dans la bétaillère, ce qui nous promet sans doute un soubresaut lors de ce premier trimestre vers de nouveaux sommets sur les places US et européennes.

Puis, les grincements des engrenages vont se faire entendre. On va se rendre compte que la baisse de l’euro ne sauvera pas la croissance, que la baisse du pétrole n’est pas salutaire et que, finalement, aucune alternative n’a été trouvée.

EURUSD : Et maintenant ?

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Alors puisque que Forex reste mon univers de trading de prédilection, je terminerai ce billet de (mauvaise) humeur par un point graphique.

J’aurai l’occasion de revenir sur les configurations exploitables sur les devises et les matières premières dans mes prochains articles, mais évidemment, en ce début d’année, je suis obligé d’évoquer la baisse de l’euro.

Responsable de tous les maux, la BCE a réussi à envoyer la monnaie au tapis sous les applaudissements de la classe politique européenne.

Si en effet, la variation du change favorise nos mastodontes industriels tels Airbus (NL0000235190) ou encore des entreprises comme Haulotte Group (FR0000066755) et quelques autres, il n’en reste pas moins que notre économie ne peut pas reposer uniquement sur des avions ou des nacelles.

Et désormais, avec des mesures d’assouplissement historiques de la part de la BCE, un euro au plus bas depuis février 2006, la marge de manœuvre semble de plus en plus réduite et l’heure fatidique des réformes douloureuses ne pourra pas être repoussée bien longtemps encore.

Concernant la paire eurodollar, la baisse a été rapide, violente et presque uniquement basée sur la force rhétorique de Mario Draghi. Attention au retour de manivelle si Angela Merkel décidait d’à nouveau durcir le ton.

A très bientôt !

Jérôme Revillier

 

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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