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Un cas très classique de risk/reward

Rédigé le 23 juin 2016 par | Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Brexit, Brexit, Brexit… la Fed invoque ce risque mortel pour les marchés pour justifier son inaction depuis 3 mois.

Puis elle a découvert avec stupeur les chiffres de l’emploi, il y a un peu plus de 2 semaines et demi.

C’est un peu inquiétant, mais elle continue d’espérer que c’est un simple accident de parcours, parce que l’économie américaine demeure robuste. Mais bon… on ne sait plus vraiment ! Et puis, il n’y a rien de plus incertain que le futur. C’est pourquoi la Fed, par prudence, a revu ses prévisions à la baisse puisqu’elle ne détecte aucune raison de les augmenter.

Voilà, en gros, le résumé du pensum présenté par la Fed à la commission financière du Congrès mardi et mercredi (témoignage bi-annuel). Celui-ci ne mériterait pas qu’on lui consacre plus de 3 lignes s’il se limitait à reprendre les éléments du communiqué final du FOMC publié mercredi dernier.

Mais Janet Yellen a dû s’expliquer sur son évaluation du niveau de valorisation des marchés en régime de taux bas prolongés.

Car oui, évidemment, les taux vont demeurer très bas pour une durée très étendue, même si la Fed penche en faveur d’une normalisation dont le rythme sera probablement plus lent qu’elle ne l’avait prévu initialement au cours des 18 prochains mois.

Mais revenons aux valorisations. Janet Yellen admet que les ratio cours/bénéfices des actions ont atteint un niveau « bien supérieur à leur médiane des 30 dernières années ».

Précisons que selon le mode de calcul le plus hédoniste (le moins alarmant), le S&P 500 se traite actuellement sur la base d’environ 16,5 fois les bénéfices 2016 contre 14,6 en moyenne sur 30 ans.

Selon la méthode de calcul Shiller, qui introduit la notion de cycle, les PER sont supérieurs à 19. Et ce n’est qu’une moyenne. En retranchant les valeurs du secteur de l’énergie, dont les bénéfices se sont effondrés, le PER de 90% des sociétés restantes bondit au-delà des 20 (celles du Nasdaq se négocient au-delà de 30), comparable à mars 2000.

Mais comparaison n’est pas raison, car à l’époque, l’argent avait un coût. Et si jamais la Fed avait eu le sentiment que le marché commettait des folies (ce qui ne lui a jamais traversé l’esprit), elle aurait pu tenter de les calmer en usant librement des vastes marges de manœuvre monétaires dont elle disposait.

Elle n’en a plus aucune à présent et Janet Yellen lâche même que les actions « semblent vulnérables à la hausse, surtout si les perspectives de croissance économique ne sont pas au rendez-vous ».

La formulation est ambiguë au possible, mais n’oubliez jamais que ses propos sont analysés par des logiciels sémantiques et lexicaux, qui évaluent mécaniquement la teneur du vocabulaire.
Si Janet Yellen dit « vulnérables à la baisse », cela fait deux termes négatifs dans la même phrase : « vulnérable » et « baisse ».

Avec « vulnérable à la hausse », les deux termes se neutralisent alors que la véritable signification est que « les actions sont vulnérables et sont exposées à un risque de baisse ».

Tromper sémantiquement les robots auxquels sont associés les programmes de trading automatisés engendre un mode de communication oxymoresque (juxtaposant les contraires).

Il oscille entre le ridicule et le surréalisme avec des formules demeurées célèbres comme : « croissance négative » (se substitue à « récession »), « on anticipe l’amorce d’un recul de la progression du chômage » (qui en réalité s’aggrave inexorablement), « les perspectives haussières des profits font face à de nouvelles contraintes » (seul le mot « contrainte » véhicule une notion négative, pour le reste, il n’y a que du vocabulaire connoté « tempête de ciel bleu »).

Cette « novlangue » qui prend le public pour un crétin est pratiquée par nos sherpas et leur communicants de façon de plus en plus systématique. Et le plus confondant, c’est que cela fonctionne. Janet Yellen a pu exprimer pour la 1re fois de sa longue carrière le constat qu’elle jugeait les marchés hors de prix sans que Wall Street ne bronche mardi soir !

Quant aux places européennes, toutes à leur félicité de voir s’enchaîner les sondages favorables au maintien du Royaume-Uni dans le machin à 28 (qui a tourné le dos aux grands projets économiques et sociaux de l’après Seconde Guerre mondiale pour se transformer en paradis pour hauts fonctionnaires n’ayant de compte à rendre à personne), elles ont poursuivi leur rallye échevelé pour se hisser au-delà des niveaux affichés le 3 juin dernier, juste avant d’être assommées par les chiffres de l’emploi américains.

Oui, le trou d’air du 6 au 16 juin a été comblé en 4 séances avec 300 points repris par le CAC 40 (+7%) dans des volumes inférieurs de moitié à ceux échangés lors de la phase corrective liée à la grande peur du Brexit.

Ceci fait, quelle raison invoquer pour justifier que le CAC 40 se retrouve mieux valorisé qu’avant la désillusion concernant le marché du travail, et la dégradation de la productivité, aux Etats-Unis ?

Tout placement étant affaire d’anticipation du risk/reward, à combien estimer le potentiel haussier ce vendredi, en cas de coup de chapeau, si le Royaume Uni poursuit son chemin au sein de l’Union européenne ?

Car il faudra, en même temps, se préoccuper d’un basculement politique assez radical en Espagne avec une nouvelle coalition marquée très à gauche, passablement hostile à l’austérité germanique et, plus encore, aux diktats de la bureaucratie bruxelloise en matière de discipline budgétaire.

Le cumul d’un potentiel Brexit et une Espagne mettant la barre à gauche toute : cela ne pourrait-il pas nous valoir un -300 points en forme de retour à la case départ d’ici lundi ?

Le CAC 40 pourrait bien vous avoir offert à 4 400 points une ultime occasion d’emprunter la sortie de secours pour alléger vos portefeuilles et muscler les positions short avec un renforcement des lignes en BX4 (en-dessous de 9€).

Et même si le Brexit ne se matérialise pas, regardez du côté du CAC 40 Global Return : à 10 800 points mercredi, vous auriez pris vos bénéfices à moins de 2% du zénith annuel, avec vos dividendes désormais bien au chaud.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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