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Traité de libre échange Europe-Ukraine : les Hollandais votent non

Rédigé le 7 avril 2016 par | Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Les medias mainstream et pro européens ne consacrent même pas un entrefilet (y compris sur leurs éditions en ligne, c’est facile à vérifier) au referendum néerlandais qui se tenait hier. Celui-ci s’est soldé par un large rejet (61,1%) de l’accord de libre échange Europe-Ukraine pourtant ratifié par le parlement néerlandais en juillet 2015.

Les hollandais votent massivement contre le traité de libre échange Europe-Ukraine.

En pratique, ce non assez massif triomphe dans 95% des circonscriptions du pays.

Et ce n’est pas le fait d’une seule région frondeuse, ni d’une typologie d’électorat particulière (agriculteurs, ouvriers, retraités, etc.) qui serait particulièrement hostile à l’Ukraine. Il ne s’agit pas que d’avoir peur de voir déferler dans les polders des demandeurs d’emplois habitués à gagner entre 150 et 180€ dans leur pays d’origine !

Ce referendum était surtout un baromètre de l’humeur des Hollandais par rapport à la tournure prise par la construction de l’Union européenne et la politique menée depuis Bruxelles.

Le Parlement néerlandais peut parfaitement passer outre et repousser pendant de long mois le réexamen de la ratification du traité. Chacun se souvient de ce postulat définitif de Jean-Claude Juncker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ».

C’est exactement ce que cherche à démentir le vote hollandais.

La Haye et Bruxelles pourraient décider de ne pas en tenir compte. C’est d’ailleurs ce qu’ils avaient fait en 2005 lorsque ces mêmes Néerlandais avaient rejeté le projet de constitution européenne… à 61,5% (déjà !).

Il s’agit tout de même d’un message fort trahissant le désenchantement d’une large partie de la population vis-à-vis de la construction à marche forcée d’une Europe élargie mettant en concurrence frontale des salariés à 2000€ et à 200€ (ce qui débouche sur les nombreux abus, avec les tricheries constatées au niveau des travailleurs détachés).

Les partisans du Brexit ne vont pas manquer d’exploiter dès aujourd’hui le vote hollandais, non pas comme un camouflet infligé à Kiev, mais à Bruxelles et à sa bureaucratie de plus en plus perméable aux lobbies et déconnectée des citoyens européen.

Une bureaucratie qui insupporte la plupart des anglo-saxons, quelle que soit leur sensibilité pour l’Europe (alors que les anglo-saxons sont justement les champions du lobbying !).

Ah oui, au fait… le vote des Hollandais ne va rien changer au volet « libre échange » du traité : le Parlement s’étant empressé de le faire entrer en application dès l’été 2014, le vote de juillet 2015 n’a eu valeur que de validation constitutionnelle.

C’est peut-être aussi cette façon de procéder à l’emporte-pièce qui exaspère les anti-européens, et les Britanniques en premier lieu.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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