Terrain miné… et fuite en avant vers le Nasdaq

Rédigé le 3 septembre 2018 par | Analyses indices, Indices, sociétés et marchés, US Imprimer

23 590 pour Dow Jones, 2 596 pour le S&P500, 6 796 NasdaqLe mois écoulé aura été marqué par deux variations opposées et un différentiel ô combien révélateur. Pendant que l’Euro Stoxx 50 reculait de 3,3%, le Nasdaq Composite a, lui, engrangé 5,2%, soit un écart de 8,5% en faveur de FANGMAN et de ses petits camarades.

Cela ne fait que confirmer un processus qui se radicalise au fil des mois, alors que fin juillet le Nasdaq affichait une hausse de 12,3%, tandis que l’Euro Stoxx 50 était resté stable.

Ce dernier s’est replié de 3,2% depuis le 1er janvier, et alors que le Nasdaq a de son côté grimpé de 17,5%, soit 20,7% de différentiel, on peut espérer que l’heure de la revanche va sonner pour les actions du Vieux Continent.

Encore faudrait-il que l’Italie ne parte pas en vrille et que Donald Trump ne vienne pas pourrir l’ambiance. Or, c’est précisément ce qu’a fait le président américain vendredi dans un tweet dans lequel il a estimé que la proposition de l’Union européenne de supprimer tous les droits de douane sur les importations automobiles ne suffira pas à doper les ventes de véhicules « made in USA »… et que de ce fait l’accord sur la non-imposition de l’acier européen était pratiquement caduc.

Décidément mal luné, le locataire de la Maison-Blanche a ajouté qu’il n’était de toute façon pas satisfait en général des propositions européennes (« L’Union européenne est presque aussi terrible que la Chine, mais en plus petit », a par ailleurs tonné Donald Trump) et qu’au bout du compte, les Etats-Unis feraient aussi bien de quitter l’OMC.

Un retrait qu’il ne pourra obtenir sans un vote du Congrès… mais allez savoir si les parlementaires républicains ne seront pas tentés de se déclarer prêts à commettre cette folie (ils ne le feront pas, j’en suis convaincu) pour s’attirer les bonnes grâces des électeurs conservateurs qui ont l’air de faire corps derrière le président.

Ces minuscules cumulus dans le ciel bleu du commerce mondial ne pouvaient en tout cas compromettre la tradition de la clôture mensuelle au zénith de Wall Street et le Nasdaq a signé ici son meilleur mois d’août du XXIe siècle. Le S&P500 a quant à lui réalisé son meilleur mois d’août depuis 2014 (+3,5%) et le Nasdaq100, avec hausse de 19,5% depuis le 1er janvier, est parti sur les mêmes bases que 2017 (+31,7%).

La guerre commerciale et ses conséquences laissent les investisseurs de marbre

Les opérateurs étaient également confiants concernant la signature imminente d’un accord commercial entre Washington et Ottawa, mais le Mexique a trahi son partenaire canadien de l’ALENA lundi dernier, le plaçant dans une situation de faiblesse évidente. Le Canada n’a finalement eu d’autre alternative – sauf à aller au clash – que d’accepter les conditions dictées par Donald Trump, notamment une capitulation sur la question des instances arbitrales impliquées en cas de conflits commerciaux transfrontaliers, et tout devra désormais se régler selon le bon vouloir des Etats-Unis.

Mais Donald Trump ne fait pas peur qu’aux Mexicains et aux Canadiens. Le constructeur Ford a en effet annoncé en fin de semaine dernière qu’il renonçait à commercialiser aux Etats-Unis de petits modèles d’entrée de gamme qui auraient été assemblés en Chine. Et comme les pièces détachées et véhicules en provenance du Mexique vont désormais coûter plus cher, je dirais que Ford est un exemple révélateur des retombées très concrètes de la guerre commerciale chère à Donald Trump. Même si Wall Street souscrit au dicton selon lequel « chien qui aboie ne mord pas » (c’est vrai qu’il est assez difficile de faire les deux en même temps).

Il en faut plus pour que les investisseurs s’inquiètent, ainsi qu’en témoigne le niveau actuel du VIX, à peine plus haut qu’il y a un an (12,85, contre 12,25 le 5 septembre 2017), comme si rien n’avait changé.

Des monnaies émergentes en grande difficulté

Comme je l’ai évoqué dans plusieurs vidéos la semaine dernière, et même avant la pause du mois d’août, il existe néanmoins de petites dissemblances sur le FOREX qui ont de quoi mettre à mal les convictions les plus « permabullesques » du moment.

Car si la dégringolade du yuan a été enrayée vers 6,9345 mi-août – c’était un enjeu majeur –, la dernière semaine du mois d’août aura été cauchemardesque pour la livre turque (Erdogan dénonce un complot américain), le peso argentin (les taux ont été portés à 60%, sans grand succès), et dans une moindre mesure pour le real brésilien et le rand sud-africain.

Avez-vous souvenir de tels désordres monétaires et d’une telle volatilité sur les devises émergentes depuis 1997 ?

Supposées immuniser les épargnants contre des « devises malades », les cryptomonnaies ne sont pas mieux loties à l’image du bitcoin Gold (-90,6% depuis le 1er janvier), du ripple (-83,4%), du iota (-81,5%), du bitcoin cash (-73,8%), du litecoin (-71%), et de l’ethereum (-61%).

Attention…

Graphe baisse du cours des cryptodevises

Il l’a dit : « Plus le rally boursier dure, plus il a de chances de se poursuivre encore longtemps »…

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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