Taux zéro : le marché immobilier cliniquement mort

Rédigé le 4 mai 2016 par | Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Les kilotonnes de liquidités déversées dans le système bancaire par la BCE depuis mars 2015 ne parvient même pas à déclencher la reprise immobilière qui devait être la « grande affaire » de l’année 2016.

Taux zéro = marché immobilier cliniquement mort !

Et oui, quand l’immobilier va, tout va !

« Et c’est reparti pour le BTP ! », nous annonçait-on début janvier sur la foi d’une vague de dépôt de permis de construire. Sauf que cela concerne surtout des résidences étudiantes ou des pensions médicalisées pour personnes âgées… Autant de biens qui bénéficient d’une belle carotte de défiscalisation.

Hors incitation spécifique (à ce propos, c’est la dernière année pour bénéficier du dispositif Censi-Bouvard), le marché est totalement atone, presque en coma dépassé.

En 2010, malgré la crise et des taux à 2,8% sur 20 ans, on trouvait 3 acheteurs potentiels pour un bien à vendre dans l’ancien en France (et plus de 5 se battaient pour un seul appartement disponible sur Paris et proche banlieue). Aujourd’hui, le ratio national est tombé à 1 pour 1 !

Marché immobilier : différences entre métropoles et province

Évidemment, ce n’est qu’une moyenne. Sur Paris/Ile-de-France et grandes métropoles de province, le ratio « s’étage » entre 2,5 et 2 pour 1… mais cela reflète une chute de -50% en 6 ans.

En zone rurale et dans les zones urbaines à forte intensité de chômage, le marché immobilier est cliniquement mort (3 biens à la vente pour 1 acheteur potentiel dans le meilleur des cas… mais il y a pire s’il s’agit d’un bien en mauvais état ou mal isolé), malgré des taux qui ont chuté de 100 points (sur 20 ans) en 6 ans.

Les taux sont bas, mais…

Les taux sont bas, très bas, mais les acheteurs potentiels n’empruntent pas : ils ne poussent même pas la porte de leur agence bancaire, supposant à juste titre qu’avec la précarité et des salaires contraints qui plombent leur pouvoir d’achat, leur « dossier » ne passerait pas.

En revanche, nous vivons une époque bénie pour les emprunteurs à fort revenus, disposant d’un emploi stable ou d’un statut de profession libérale… le profit idéal étant le haut fonctionnaire dont l’avancement – et la hausse de traitement – est de surcroît garanti.

C’est de nouveau la démonstration que ce n’est pas l’offre de crédit bon marché qui permet de relancer une économie, mais le sentiment que des jobs bien payés vont se multiplier, que le fisc va renoncer à confisquer toute la richesse produite et prélever sa dime sur n’importe quelle source de revenus… et en particulier les revenus immobiliers.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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