Taux d’intérêt: les marchés n’ont qu’à s’adapter

Rédigé le 12 février 2018 par | A la une, BCE, Europe, Indices, sociétés et marchés, US Imprimer

Il y avait longtemps que nous n’avions pas assisté à une fin de semaine boursière impliquant de tels enjeux. La baisse de vendredi, avec un sévère -2% à la mi-séance et une volatilité remontée à 41, a de nouveau fait courir un frisson glacé sur l’échine des traders… Mais les sherpas de Wall Street ont remporté leur bras de fer lors du dernier round décisif des deux dernières heures de cotations… après avoir laissé aux vendeurs l’illusion d’une 3e victoire qui se serait avérée décisive.

Et l’essentiel, au-delà du score des indices, nettement favorable à 22H, c’est que le VIX affiche une détente autour des 29,1. Petit rappel cependant : ce même « VIX » plafonnait vers 13,5 le jeudi précédent et s’envole encore de +12 points (+69%) d’un vendredi sur l’autre, ce qui ne restaure par des conditions techniques optimales.

« Les taux d’intérêt augmenteront si nécessaire »

En effet, Ewald Nowotny, membre de la BCE et Gouverneur de la Banque centrale d’Autriche, s’est employé à dissiper une des croyances les plus profondément ancrées depuis le « whatever it takes » de Mario Draghi : celle selon laquelle la BCE est indéfectiblement attachée à la préservation de la stabilité des marchés – au moins autant qu’à combattre une inflation dont le réveil se fait attendre depuis 30 ans.

Nowotny affirme que la tâche des banques centrales « n’est pas de satisfaire les marchés mais d’assurer la stabilité économique globale ». Et il se pourrait qu’un prochain resserrement monétaire y contribue : « Les taux d’intérêt augmenteront si nécessaire et les marchés s’y adapteront ».

C’est un des refrains les plus entendus lors de l’envolée boursière de janvier, alors que les taux ne cessaient de se tendre jour après jour : le repli du marché obligataire signait la reconnaissance d’une conjoncture optimale (expansion sans inflation), synonyme de profits record pour les entreprises… de quoi supporter largement la normalisation des taux orchestrée avec une prudence extrême par la Fed (et un manque d’empressement militant de la BCE).

Nowotny estime que « la récente correction des actions est une normalisation, qu’il s’agit d’un des événements les plus prévisibles au regard de la récente flambée des cours, que cela nous rappelle que les marchés boursiers ne peuvent progresser tout le temps ».

Il n’est pas loin de considérer l’explosion incontrôlée de la volatilité comme un retour salutaire à la normalité – sauf qu’à l’image de taux plus élevés pour des Etats et des ménages surendettés, la hausse du VIX est mortelle pour des marchés surachetés et des opérateurs surexposés à cause de leviers absurdement élevés.

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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