Taux et déficits élevés, croissance faible : la situation se complique pour l’Italie

Rédigé le 5 octobre 2018 par | Actions, Indices, sociétés et marchés Imprimer

Les « Eurocrates » de Bruxelles se sont plaints des déclarations fracassantes – et populistes – de quelques politiciens hauts en couleur italiens (l’incontournable ministre de l’Intérieur Matteo Salvini notamment, mais aussi son collègue du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales Luigi di Maio). Pour faire retomber la pression et montrer qu’il est possible de communiquer avec pondération, Jean-Claude Juncker a déclaré que si l’Europe (c’est de nous qu’il parle ?) consentait des « exceptions », ce serait la mort de l’euro. Rien que ça !

Il est possible que la douleur causée par ses sciatiques à répétition (et qui se manifestent sournoisement à la fin de repas trop arrosés) a quelque peu égaré son jugement et suscité des paroles manquant quelque peu de nuance.

Sauf que non ! C’est une constante dans la façon de communiquer du président de la Commission européenne et de ses pairs dès qu’un gouvernement, démocratiquement élu, a l’outrecuidance de proposer un budget en rupture avec le principe d’austérité qui s’impose à tous les pays en panne de croissance… et qui voudraient croire en un avenir sinon meilleur, en tout cas différent.

Comme vous le savez, et gardez toujours en tête cet autre aphorisme célèbre de ce même Jean-Claude Juncker: « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

Je rappellerai tout de même au passage que le déficit en France s’élève actuellement à 2,8% (après plusieurs années au-delà du seuil des 3%)… et que la monnaie unique est toujours vivante !

Par ailleurs, les investisseurs n’exigent pas de notre pays une rémunération supérieure à 0,75%, contre quatre fois ce même montant réclamé à l’Italie. Et encore, ces 3% de rendement sur le « BTP » 2028 remonte à la fin du mois dernier. Depuis, le « spread » (l’écart) qui sépare le 10 ans italien du Bund allemand a franchi le cap des 300 points mardi, ce qui constitue une première depuis juin 2013.

Or, nous savons tous, et les investisseurs les premiers, qu’avec des taux à 3,4% et dans le même temps une croissance de 1%, l’Italie ira droit dans le mur avant la fin de l’année, avec le klaxon hurlant.

… mais les marchés actions restent (presque) de marbre

Pourtant, les 60 points de rendement supplémentaires observés en moins d’une semaine n’ont provoqué qu’une émotion limitée sur les indices boursiers, alors que cette situation aurait pu être qualifiée de « critique » et que le mot « crise » aurait pu être lâché sans hésitation en 2012… juste avant que la BCE ne reprenne la situation en main, en mode « whatever it takes » (« quoi qu’il nous en coûte »).

D’où provient cette sérénité des marchés ?

Comment les jauges de stress peuvent-elles encore flirter avec leurs planchers historiques ?

Cette quasi-impassibilité concerne également les marchés actions américains, alors que les Etats-Unis se préparent à un affrontement long et périlleux avec la Chine (que j’ai abondamment analysé dans mon service Béchade Confidentiel) et que Donald Trump n’a pas fait mystère de vouloir remédier aux excédents (automobiles) allemands.

Mais le plus inquiétant à mes yeux, c’est que le locataire de la Maison-Blanche n’est plus en phase avec la FED et sa politique de normalisation monétaire.

Une phrase de son président Jerome Powell prononcée hier soir résume tout : « La FED ne peut que tenter de contrôler ce qui est contrôlable. » Comprenez : Donald Trump est incontrôlable, et si les choses tournent mal, devinez qui en sera tenu responsable.

Cet épisode n’a pas troublé Wall Street, qui a même inscrit un quinzième record historique absolu à 26 950 points à ce moment précis !

Les marchés jouent-ils déjà le scénario d’un prochain « QE infinity », au cas où l’Italie exploserait et où Wall Street imploserait ? Nous n’avons en tout cas jamais été aussi proches d’un tel scénario…

 

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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Un commentaire pour “Taux et déficits élevés, croissance faible : la situation se complique pour l’Italie”

  1. les italiens devraient envoyer régulièrement des caisses d’Asti, une barrique de Chianti et quelques cartons de Grappa, il parait que c’est radical contre la sc(h)iatique. et si « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » alors, l’Europe n’est pas démocratique!

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