Si seulement le taux de création d’emploi était indexé sur les tweets de Trump

Rédigé le 9 novembre 2017 par | Toutes les analyses, US Imprimer

Trump claironne à qui veut bien l’entendre que les +30% pris par le Nasdaq, les 58 records du Dow Jones, et les taux qui restent collés à leur plancher… c’est dû à l’électrochoc de confiance déclenché par son élection. L’élection d’un gars qui est vraiment pro-business, qui va faire baisser les impôts comme jamais depuis 35 ans (l’ère Reagan), qui va remettre Kim Jong-un à sa place de petit dictateur d’opérette, de « Rocket Man » qui sous-estime la puissance de destruction de l’Amérique.

Sa Tax Reform devrait voir le jour, bien qu’aux forceps, et sera peut-être son cadeau de Noël, à défaut d’être celui du 1er anniversaire de son élection.

En ce qui concerne son mur, sa construction est en suspens car il n’a pas encore pris de décision définitive concernant sa couleur ni sa hauteur. (Oserions nous persifler que ce qui compte, c’est d’ancrer ses fondations bien profondément – l’industrie du tunnel nous semble vouée à un avenir prospère le long des 3 140 km de frontière avec le Mexique).

Mais ce qui a fait élire Donald Trump, ce n’est pas sa Tax Reform, ni le mur (il faut reconnaître que les Mexicains sont peu impliqués dans les attentats revendiqués par Daech ou dans les tueries de masse)… Non, sa principale promesse, celle qui a suscité une véritable ferveur populaire, c’est de faire revenir de « bons emplois, bien payés » sur le sol américain.

Alors qu’en est-il vraiment ? Est-il prématuré de parler de fiasco ?

Analyse des chiffres de l’emploi américain

Analysons un peu les chiffres. Sur les 261 000 nouveaux emplois comptabilisés en octobre, pas moins de 105 000 (40%) sont des réembauches dans le secteur de l’hôtellerie/restauration (post-cyclones), 40 000 dans le secteur éducation/santé (les hôpitaux et écoles ont rouvert en Floride après l’évacuation liée à Irma) et 50 000 dans le secteur des services aux entreprises (les assureurs ont fort à faire avec les déclarations de sinistres post-cyclones et doivent recruter à tour de bras) et les SSII (ingénierie informatique) surfent sur la vague de numérisation de l’économie.

Dans le secteur de l’industrie et des biens manufacturés (le principal gisement des « bon emplois » qui devraient revenir de l’étranger selon Donald Trump), ce sont à peine 25 000 emplois de créés (moins de 10% du total en octobre donc). Une bonne partie de la production industrielle qui serait rapatriée sur le sol US serait de toute façon assurée par une robotisation accélérée des usines, ce qui nécessite quelques emplois hautement qualifiés mais crée peu d’emplois manufacturiers. Dans le secteur de la construction, il n’y en aurait pas eu plus de 10 000, ce qui semble complètement aberrant vu l’ampleur des travaux de réparation engagés sur les bâtiments privés et publics après trois cyclones.

Autrement dit, le NFP d’octobre n’est probablement pas fiable (fiction statistique).

Entreprises américaines : prenons deux exemples concrets

Oui, prenons deux exemples concrets d’entreprises innovantes, industrielles, qui mêlent des technologies donc des emplois hautement qualifiés à des tâches plus manuelles (emploi non qualifiés) et qui, en plus, ont été les stars boursières de 2017.

Les deux entreprises les plus emblématiques, Tesla (US88160R1014) et Amazon (US0231351067), sont des machines à brûler du cash et des adeptes forcenés de la robotisation (c’est d’ailleurs ce qui fait le succès d’Amazon, comme je l’explique dans ce document). Aucune des deux entreprises ne distribuent de dividende, et les profits anticipés ne verront pas le jour avant la prochaine décennie – si tout se passe bien… Et le tableau se gâte en termes d’emplois. Tesla annonce déjà ses premiers licenciements alors que les livraisons du modèle « S » prennent du retard. Quel parfait symbole de l’économie américaine ! Une entreprise truffée de dettes, qui licencie, n’arrive pas à sortir un produit viable et rentable mais qui affiche des promesses époustouflantes… et donc des performances boursières mirobolantes !

TrumpEn revanche, ce qui a augmenté, c’est le nombre de tweets de Trump ! Et il va maintenant pouvoir enrager en 280 (mauvais) caractères !

Mais peu importe le flux tendu de fausses promesses, de fake news et d’invectives dont il inonde les médias, puisque les profits sont au-rendez-vous. Wall Street affiche une confiance inoxydable bien que l’inflation par les salaires ne soit pas pour demain (les revenus horaires ont stagné le mois dernier) et que le taux d’implication de la population active (62,7 contre 63% avant les cyclones) demeure désespérément faible…

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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