Des taux à 3,5% ? Même pas le commencement d’un problème pour Wall Street !

Rédigé le 8 octobre 2018 par | Fed, Taux & Devises Imprimer

C’était le 8 octobre 2016. Ce jour-là, les crédits à la consommation sur 24 mois accordés par les banques étaient arrimés à des T-Bonds à 2 ans affichant 0,8%. Un pourcentage moins favorable que les 0,6% de la mi-juin 2016 et deux fois plus élevé que deux ans auparavant.

Le 8 octobre 2017, le 2 ans affichait 1,5%, soit un quasi-doublement en l’espace d’un an, et le voici qui teste désormais les 2,90%, ce qui représente une progression de 140 points en 12 mois, une augmentation de 210 points sur deux ans… et un niveau sans précédent depuis décembre 2007.

Vous m’objecterez que c’est exactement ce à quoi il fallait s’attendre depuis que la Fed a entamé une normalisation de sa politique monétaire et a commencé à resserrer le loyer de l’argent, mi-décembre 2015.

Janet YellenMais comme Janet Yellen était partie sur un rythme d’un relèvement de quart de point par an en 2015 et 2016, les taux à 2 ans n’avaient pas évolué de septembre 2014 à juin 2016, et presque pas jusqu’en octobre 2016 (comme je l’ai indiqué en préambule). La présidente de la Réserve fédérale américaine a ensuite nettement accéléré la cadence, avec trois hausses l’an passé, avant de transmettre les commandes à Jerome Powell, lequel est passé à quatre hausses par an.

Il aurait pu faire part de son intention de lever le pied en 2019, mais la robustesse de la croissance américaine l’a incité à maintenir le rythme au cours des douze prochains mois. Une annonce qui a entraîné un franchissement de toutes les résistances annuelles, non seulement sur le 2 ans, mais également sur le 10 ans (de 3,12 vers 3,203%) puis le 30 ans (de 3,25 vers 3,40%).

Loin de faire basculer Wall Street dans un scénario de correction, les stratèges se sont félicités que les banques américaines allaient enfin voir augmenter leurs marges sur leur activité de crédit : alors que les GAFAM (et autres « FANGMAN ») commençaient à plafonner, il était temps qu’un autre secteur prenne le relais pour propulser le S&P500 vers les 3 000 points et le Dow Jones vers les 27 000 points.

Les vendeurs de ce mois-ci deviendront acheteurs en novembre

Si longtemps délaissées, les banques seront de belles locomotives pour tirer les indices américains vers de nouveaux sommets une fois passées les élections de mi-mandat.

Car comme les permabulls se plaisent à le marteler, Wall Street progresse dans 85% des cas après les midterm elections et même dans 90% des cas durant la période novembre-décembre depuis 2009. De fait, la probabilité d’une hausse d’ici la fin de l’année s’élève à près de 100%.

Et si le mois d’octobre devait donner lieu à quelques prises de bénéfices, c’est le moment où jamais de se préparer à recharger les portefeuilles. Compte tenu de sa mauvaise réputation, le mois d’octobre inspire les vendeurs à découvert, mais ce consensus baissier sera rapidement pris à revers et les « vendeurs » de ce mois-ci se transformeront en acheteurs en novembre.

Dans ces conditions, il devient inutile de se soucier de l’impact de la hausse des taux courts pour les consommateurs (la plus brutale sur 24 mois depuis 12 ans) ou de celle des taux longs pour les emprunteurs hypothécaires.

Logements neufs aux Etats-UnisCela fait pourtant plusieurs mois que le marché immobilier présente les caractéristiques annonciatrices d’une récession dans le secteur, avec des ventes de maisons existantes en baisse depuis six ou sept mois (et ce d’année en année), des emprunts plus coûteux en raison d’hypothèques plus chères, des disparités de prix abyssales entre Etats qui nuisent à la mobilité des salariés en recherche d’emploi, ou encore des prix des maisons qui surpassent de très loin les sommets de la bulle de 2006/2007 en Californie ainsi que dans la plupart des Etats côtiers (riverains de l’Atlantique et du Pacifique).

L’effet de ciseaux provoqué par la hausse des taux pourrait en conséquence s’avérer dévastateur, et la Fed le sait…

Janet Yellen n’enterre pas une réactivation du « quantitative easing » en cas de récession aux Etats-Unis

D’après Janet Yellen, si pour une raison ou une autre, l’économie américaine retombait en récession, il faudrait de nouveau recourir à l’assouplissement quantitatif. L’ex-patronne de la Fed estime en effet que l’institution demeure très ouverte à l’option « QE/ money print », ce qui revient à valider par avance un processus d’assouplissement quantitatif perpétuel et en mode « no limit ».

Je pense pour ma part que cela pourrait facilement se produire, car lorsque l’économie se dégrade, les tensions sur les liquidités du système bancaire augmentent. La dette est par ailleurs « en souffrance » et les entreprises ont tendance à fermer leurs portes, ce qui engendre un stress sur les revenus de la banque.

Quoi qu’il en soit, cette impression d’argent se terminera cette fois par un épisode hyper-inflationniste, mais la question est de savoir quand (sachant que cela ne pourra être évité que si les États-Unis peuvent mettre de l’ordre dans leurs finances à long terme).

Peut-être lorsque les banques centrales se seront accordées sur une refonte complète du système monétaire international, et que les « maîtres du monde » seront tombés d’accord sur le montant des dommages collatéraux et l’identité des victimes. C’est-à-dire quel pourcentage de la population verra ses économies sacrifiées – et dans quelles proportions – sur l’autel du désendettement planétaire et de la sauvegarde des banques hyper-systémiques.

A titre de comparaison, des taux courts à 2,90% ou des taux longs à 3,50% quand la croissance est supérieure à 4%, le chômage inférieur à 3,7% et l’inflation à 2,5%, ce n’est même pas le commencement d’un problème pour Wall Street…

Des écarts surréalistes sur les chiffres de l’emploi américain

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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