Stress tests : entre fausses vérités et vrais mensonges

Rédigé le 30 octobre 2014 par | Apprendre la Bourse, Indices, sociétés et marchés Imprimer

Lundi matin à l’ouverture, je me rappelle encore des nombreuses dépêches qui tombaient sur le sujet. Toutes dans le même sens : les résultats des stress tests étaient unanimement très bons pour les banques françaises. Un sans-faute : celles-ci sont les plus résistantes.

Dans le détail, Crédit Agricole, BNP Paribas ou Société Générale ont affiché des capitaux jugés suffisamment solides. Cependant d’autres acteurs se trouveraient potentiellement plus vite en difficulté en cas de scénario noir. C’est le cas d’HSBC France ou de la BPCE, la maison-mère de Natixis.

Les banques françaises sont les plus solides ? Vraiment ?

Oui mais voilà, ce qui interpelle c’est de savoir si le scénario « noir » retenu est vraiment ce que l’on peut craindre de pire ? Car c’est là que le doute plane. On se souvient évidemment des précédents tests – après 2011 et le cas de la Grèce – qui s’étaient voulus rassurants. Ces tests sont-ils réellement si objectifs que cela ? Un article du Financial Times en doute. L’auteur du papier, un économiste de la Stern School of Business de New York, n’y va pas de main morte. Pour lui : les banques françaises seraient même les plus fragiles ? En cause : un modèle d’évaluation un brin différent de ceux présentés dans les résultats des stress tests le week-end dernier.

En fait, le gros point de différence réside dans l’évaluation des capitaux propres des banques. On ne parle plus ici de valeur comptable mais de valeur de marché. La « norme » veut en effet que l’on prenne en référence une valeur comptable, figée à un instant « t » (le jour de l’audit par exemple). Cela a été le cas dans l’AQR du WE dernier. Oui mais voilà on connaît tous les marchés, leur volatilité… Ce qui valait 100 hier peut autant valoir 110 que 90 le lendemain. Pour « objectiver » cela, l’économiste de la Stern School of Business de New York propose de retenir la capitalisation boursière. Ce qui vaut 100 aujourd’hui est catalogué comme 100 dans les comptes. Idem si cela ne vaut plus que 90… S’il y a évidemment un risque de volatilité, cela a toutefois le mérite d’être à mon sens plus transparent.

Car, comme le fait remarquer l’économiste, certaines fois les banques ont une valeur de marché inférieure à leurs fonds propres comptables. Et c’est là tout le problème de la sincérité et de la véracité – surtout quand les choses tournent au vinaigre sur les marchés ! Pour l’économiste, le marché n’intègre donc pas pleinement tout le risque que certaines banques peuvent présenter. Il n’est d’ailleurs pas le seul à défendre cette thèse. Lors d’une conférence de presse à Berlin, la présidente de l’EBA (l’autorité bancaire européenne) est en effet elle aussi allée dans ce sens en critiquant le manque de dureté des tests en question. Elle a ainsi elle aussi averti du risque que peuvent représenter certaines banques et ce malgré les résultats des stress tests du week-end dernier.

Qu’en pense l’analyse technique ?

Techniquement en tout cas, le secteur bancaire européen est particulièrement malmené depuis le début de la semaine. Comme vous le voyez avec la petite flèche rouge sur le graphique ci-dessous, nous avons eu un net échec dans une importante zone de résistance (visible en pointillés). Un avalement baissier lundi dernier ainsi qu’une sortie de canal ascendant, cela ne sentait pas bon.

SX7P

En ce jeudi, alors que la baisse se poursuit, les premiers résultats des banques françaises seront à suivre à partir de demain avec BNP Paribas pour tenter d’enrayer le mouvement…

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Mathieu Lebrun
Mathieu Lebrun
Rédacteur en Chef d'Agora Trading

Mathieu Lebrun est analyste financier. Il commence sa carrière chez Fortis Banque pour intégrer la table de négociations sur devises au sein de la salle des marchés du groupe Natexis Banques Populaires. En 2004, il intègre un cabinet de conseil sur produits dérivés en tant qu’analyste technique et obtient son diplôme d’Analyste Technique délivré par la STA (Society of Technical Analysis).

Depuis près de 10 ans, il s’est forgé une solide expérience sur les marchés financiers. En juin 2013, il décide de créer un service de trading simple et efficace : Agora Trading. Pour ses abonnés, il combine à merveille sa lecture des différentes classes d’actifs et leur corrélation pour en tirer le meilleur. Vous pouvez ainsi vous positionner en toute simplicité, en exploitant des outils de trading ultra-efficaces, les certificats Turbos.

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