+39% en un jour: STEC haché menu

Rédigé le 16 novembre 2009 par | Big caps Imprimer

Au cours de la seule journée du 3 novembre dernier, l’action de la société STEC Incorporated (symbole STEC sur le NASDAQ) a perdu plus de 39% de sa valeur. Toute la communauté d’investisseurs était estomaquée par l’effondrement de ce fleuron de la technologie. Toute ? Non ! Un groupe peuplé d’irréductibles investisseurs résiste encore et toujours à la déroute et à la pensée unique des marchés financiers de Panurge.

A vrai dire, cela faisait déjà plusieurs mois que j’avais annoncé aux lecteurs de la Lettre Suisse des Initiés l’effondrement prochain de ce spécialiste du disque dur. Comme les chances statistiques qu’il s’agisse d’un hasard sont quasiment nulles, et que nul ne me soupçonne, pour l’instant, d’avoir vendu mon âme à quelque culte vaudou, l’explication doit être ailleurs.

Mais démarrons par le commencement. Revenons par exemple à juillet dernier, époque à laquelle Chris Retzler, gérant du Needham Small Cap Growth Fund auquel Morningstar a accordé (probablement sans trop réfléchir) la note maximum de cinq étoiles, disait dans une interview que son secteur favori était celui des disques durs, et qu’à l’intérieur de cette industrie, STEC faisait à son avis figure de favori.

Le même mois, Bob Lang de TheStreet.com déclarait que le graphique de STEC Incorporated était « l’un des plus haussiers que j’aie vu récemment […] ; il semble insensible à la gravité ; […] il ira encore plus haut« . En parallèle, le site The Motley Fool, apparemment habitué à courir après une performance passée, s’émerveillait à plusieurs reprises, mais un peu trop tard, des attraits de STEC : « une action qui ne volera pas votre profit, […] un titre qui secoue le marché, […] recommandé à l’achat par l’un de nos meilleurs membres, […] construisez votre fortune avec ce gagnant, […] l’action monstre de demain ? […] cette action peut facilement doubler votre argent » et j’en passe.

L’indispensable Jim Cramer, personnalité télévisée qui avait (entre autres) hurlé, quelques jours avant l’effondrement de Bear Stearns que « Bear va bien, vendre les actions de Bear est juste idiot, êtes-vous idiot ?”, a prouvé sa capacité à être systématiquement pile à côté en recommandant STEC à la hausse, une fois de plus.

Forbes avait l’entreprise dans ses « 100 meilleures actions mid-cap en Amérique« , tandis que TickerSpy.com notait la performance de STEC « solide comme un roc« .

La pensée unique haussière sur STEC avait atteint un tel paroxysme que, le 1er octobre dernier, le vénérable Mark Hulbert, qui étudie les recommandations des principales lettres boursières mondiales, notait que le fabricant de disques durs était le numéro un des titres recommandés par ceux-ci.

Ah, que la vie est belle, dans le monde merveilleux et enchanté de Wall Street, quand tous les analystes ont enfilé leurs pantoufles de vair ! Malheureusement, dans tout conte, il y a un moment où minuit finit par sonner, et la superbe Rolls-Royce se transforme à nouveau en citrouille… C’est ainsi que le chiffre d’affaires prévu par la direction du groupe au quatrième trimestre s’est retrouvé nettement en deçà des attentes de la crème des analystes. De plus, son gros client EMC Corporation a annoncé disposer de trop de stock, ce qui signifie probablement que les ventes de STEC s’effondreront dès le premier trimestre 2010 au plus tard.

Du coup, la belle assurance de Betsy Van Hees, qui recommandait auparavant l’achat avec un prix cible de 39$, s’est transformée en humiliation, avec un nouveau rating « neutre » et une nouvelle cible à 18$. Son commentaire : STEC est « K.-O. après avoir encaissé un coup venu de nulle part« .

Allô ? Venu de nulle part ? Et les neuf millions d’actions, vendues en un seul jour par les deux patrons Manouch et Mehrdad Moshayedi, qui ont encaissé 268 millions de dollars dans l’affaire, tout en se déclarant « très excités » à propos de l’avenir de l’entreprise le même mois ?

Imaginez que vous êtes à bord d’un bateau de plaisance, et que son capitaine parte dans l’autre sens avec la seule barque de secours. Cela vous donnerait-il envie de dire à tous les passagers que l’avenir de la croisière s’annonce radieux ? C’est pourtant ce qu’a fait toute cette fine équipe principalement composée de conformistes fantoches, désormais obligés de se justifier suite au dégonflement de leur baudruche fétiche.

En fin de compte, inutile de les accabler, et ce pour deux raisons : d’abord les avocats s’en mêlent désormais. Kahn Swick & Foti, le cabinet de l’ancien procureur de l’Indiana, a annoncé avoir « commencé une enquête sur STEC«  ; Howard G. Smith « étudie les actions potentielles contre STEC » ; le Kendall Law Group conseille aux actionnaires haussiers de les contacter, et enfin la Glancy Binkow & Goldberg a déjà déposé plainte.

Deuxième raison : il suffisait d’analyser la situation avec un minimum de bon sens pour savoir exactement ce qui attendait cette entreprise. Ce que nous avons fait, pour nos abonnés, pour permettre à nos lecteurs (qui ont joué le titre à la baisse) un gain de 39% en un seul jour, tandis que la performance annualisée dépasse les 75% à la rédaction de ces lignes.

Reconnaissons toutefois que, sans l’immense majorité de « pigeons » qui ont acheté l’action, un tel profit aurait été impossible. Si vous faites partie de ceux qui ont, ou avaient, STEC en portefeuille à la hausse, soyez ici chaleureusement remercié. Je ne sais pas encore comment je vais dépenser votre argent ; pour l’instant, j’hésite entre une peau de mouton et une initiation au ball-trap (aussi nommé « tir aux pigeons »).

STEC

Voyez-vous, c’est exactement sur ce genre d’opportunités que je vais lancer prochainement un service avec les Publications Agora. Nous nous amuserons à détecter les entreprises les plus pourries du marché, nous attendrons que des effets d’annonces et coups véreux fassent monter les cours, que de pauvres investisseurs crédules se positionnent dessus, et nous vendrons. Je peux vous assurer que c’est du 50% minimum en moyenne que nous ferons.

Mais bon. Pour l’heure, je peaufine la stratégie. Restez à l’écoute, vous en entendrez parler !

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

Un commentaire pour “+39% en un jour: STEC haché menu”

  1. Bonjour Marc,
    Toujours aussi efficace et magnifique. Je me suis souvent posé la question pourquoi la foule veut toujours bruler les contrarient.
    Et pourtant elle tourne…………………et elle est ronde………………
    Bref, ceux qui rigolent bien ce sont les patrons de STEC.

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