Le SSE au plus bas depuis début 2009 : la réalité économique enfin justement pricée ?

Rédigé le 3 septembre 2012 par | Apprendre la Bourse, Autres indices Imprimer

Jour après jour, semaine après semaine, la Bourse chinoise enfonce de nouveaux planchers. A 2 000 points pour le SSE, l’indice de la Bourse de Shanghai retrouve ses niveaux de début 2009. Le CAC 40 flirtait alors avec les 2 500 points et le S&P 500 avec les 700 points — il en affiche un peu plus de 1 400 depuis le 7 août dernier.

Nous continuons cependant de lire à foison des commentaires dithyrambiques sur le miracle chinois… les réserves de cash illimitées dont dispose Pékin… les marges de manoeuvre de la Banque centrale pour soutenir le crédit à la consommation. Certes. La Chine, reste la locomotive de l’économie mondiale, avec une croissance quatre à cinq fois supérieure à celle des Etats-Unis (dont le PIB vient d’être revu à 1,7% contre +1,5% au deuxième trimestre). Certes (bis).

Mais manifestement, les investisseurs chinois ne lisent pas la prose des économistes occidentaux, sinon leur moral remonterait illico au beau fixe. Ils ne lisent pas non plus la presse locale qui essaie de jouer la transparence.

S’il existe bien quelques difficultés passagères sur le front des exportations, s’il apparaît bien quelques tensions salariales, s’il est difficile de faire immatriculer son véhicule dans les grandes métropoles, le gouvernement continue d’envisager l’avenir avec optimisme.

La Chine ne connaît que les problèmes d’une économie en croissance trop rapide : il suffit d’ajuster ici ou là quelques réglages au niveau du crédit ou de soutenir l’immobilier.

___________________Pour vous aider dans vos trades

« D’ici à 2013, […] nous pourrions voir un effondrement de la Zone euro, un retour en récession des Etats-Unis, un atterrissage brutal de la Chine. » — Nouriel Roubini, 9 juillet 2012.

L’Etat-Providence est à l’agonie. Et c’est tout notre modèle économique et social même qui tremble.

Un seul actif pourrait vous protéger et même… vous permettre de sortir de cette crise jusqu’à quatre fois plus riche — pendant que des milliers de Français risquent de voir leur pouvoir d’achat laminé par l’inflation.

Quel est cet actif et comment en profiter ? Toutes les réponses sont à retrouver ici !

___________________

Un soutien qui pourrait être le bienvenu car des millions de Chinois peuvent observer, en partant travailler chaque matin, que des centaines de tours d’habitation de 30 à 50 étages sont inoccupées depuis des lustres — le plus souvent inachevées. Rien de très grave en soi : les finitions prennent parfois autant de temps que le gros oeuvre. Sauf qu’en l’occurrence, les chantiers sont arrêtés, les grues démontées et celles qui sont encore en place sont comme figées au-dessus de forêts de tours en béton gris.

Depuis deux ou trois ans, des millions de travailleurs du bâtiment ont été priés de regagner leurs campagnes… Ceux-là n’ont jamais eu et n’auront jamais les moyens de se payer le plus petit appartement dans l’une des tours qu’ils ont construites.

Mais le phénomène de retour dans les campagnes frappe également des millions de travailleurs du secteur manufacturier. La Chine a développé des capacités de production excédentaires en période faste. Alors imaginez l’effet de ciseaux quand la demande extérieure se contracte en même temps que la demande intérieure stagne ! La montée du chômage est un sujet tabou dans le pays.

Des tabous ou des chiffres de croissance exagérément optimistes, les Chinois y sont habitués et savent lire entre les lignes.

Un homme d’affaires m’a déclaré avec malice : « les statistiques gouvernementales sont presque toutes ‘arrangées’… mais les cours de Bourse sont, eux, parfaitement exacts. Chez vous autres, Occidentaux, c’est le contraire : vos données conjoncturelles sont relativement exactes mais ce sont vos cours de Bourse qui sont complètement faux ». On ne peut décidément pas tout avoir !

Dans un monde idéal, le marché devrait valoriser à son juste prix des données officielles justes. Or aujourd’hui, entre la réalité économique et la perception qu’en ont les marchés, se glisse l’interface banques centrales, qui espèrent court-circuiter les cycles économiques et booster la valorisation des indices boursiers afin de créer un sentiment de richesse artificiel.

Donc soit les Chinois sont mal instruits du formidable pouvoir de la Bank of China, de la Fed ou de la BCE, soit ils sont d’incorrigibles sceptiques et ne croient pas que leur banque centrale (ou les nôtres) parviendront à relancer la croissance à coups de taux zéro ou à résoudre la crise de la dette en émettant plus de dette.

Le verbe magique de Draghi ou Bernanke ne peut rien contre la chute du pouvoir d’achat des Occidentaux, victimes du chômage de masse.

L’appauvrissement relatif de la plupart des Occidentaux revient donc comme un boomerang dans le dos de l’économie chinoise. Ajoutez-y une bulle immobilière format XXL plus une remontée du chômage et vous obtenez une Bourse de Shanghai au plus bas depuis trois ans et demi.

Graphique du SSE composite

 

L’indice SSE a inscrit ce 30 août un nouveau plancher intraday à 2 035 points. Plus inquiétant encore, le SSE a enfoncé lundi dernier le plancher des 2 100 points (ex-support oblique long terme) à cause d’un gap sous les 2 089 points, revenant donc sur ses niveaux de février 2009.

Mais en cas d’éclatement de la bulle immobilière, le prochain objectif pourrait se situer bien en-deçà des 2 000 points qui ne sont qu’un support psychologique.

Le prochain objectif de moyen terme pourrait être le retracement des 1 700 points (1 660 points étant le plancher hebdomadaire de fin octobre 2008).

Sauf qu’évidemment, nous n’irons pas en ligne droite, et à court terme, l’indice pourrait bien rebondir (jusqu’à 2 300 points) sur le support des 2 000 points.

Mots clé : - -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Laissez un commentaire