Comment profiter de la ruine du (mauvais) spéculateur

Rédigé le 16 juin 2009 par | Autres indices Imprimer

Le doute : voici la principale différence entre « penser que » et « savoir que ».

Agir en parfaite connaissance de cause, plutôt que supposer ou espérer, permet aussi de gagner quand tous les autres perdent. Voyez comment vous pouvez faire.

◊ Tout commence doucement…

D’abord, il y a eu la mode des fonds indiciels cotés (appelés également trackers, Exchange Traded Funds — ou ETF): il s’agit d’OPCVM indiciels cotés comme une action et adossés à un indice. Les investisseurs se sont jetés dessus : il était désormais possible d’acheter de l’or comme une action, sans avoir à choisir un gérant de fonds ni avoir à toucher des contrats à terme. Si l’or montait de 30% sur l’année, l’investisseur ayant acheté un tracker adossé au prix de l’or gagnait 30% (moins des frais annuels variant en général entre 0,25% et 0,5%).

Comme les marchés ne cessaient de chuter, les groupes financiers proposant de tels ETF se sont alors dit : pourquoi ne pas proposer la même chose, mais à la baisse ? Quand le pétrole valait 150 $ le baril, celui qui estimait que cela n’allait pas durer pouvait alors acheter un ETF répliquant l’inverse de la performance de l’or noir. L’investisseur ayant fait l’acquisition d’un tel produit devait en principe gagner 10% à chaque fois que le prix du baril perdait 10%.

◊ Et comme d’habitude… les financiers s’emballent

Comme le public répondait à nouveau « présent » à ces nouveaux produits boursiers, nos amis les financiers ont alors proposé la suite logique : des fonds, tant haussiers que baissiers, utilisant un levier. Parmi ceux-ci, tandis que le secteur bancaire faisait l’objet de toutes les convoitises, tant haussières que baissières, la société Direxion a lancé en novembre dernier deux ETF à la Bourse de New York : le Daily financial bull 3x shares (symbole FAS) et le Daily financial bear 3x shares (symbole FAZ). Tous deux sont adossés à l’indice Russell 1 000 Financial Services (symbole RIFIN), le premier étant censé livrer au spéculateur trois fois la performance journalière de l’indice bancaire, le second l’inverse. Ainsi, si l’indice Russell 1 000 Financial Services progressait de 1% un jour donné, le FAS devait gagner 3% et le FAZ perdre 3% ; et quand le RIFIN perdait 2%, FAS devait perdre 6% et FAZ progresser de 6%.

◊ Le rebalancing : tout dépend de ce que vous y mettez

Pourquoi parler de performance quotidienne et non mensuelle ? Tout simplement parce que, une fois par jour, ces trackers effectuent ce que l’on nomme un rebalancing, terme anglais qui décrit un processus simple. Il s’agit d’une remise à jour de l’allocation cible du portefeuille. Un exemple sera plus parlant.

Vous allez voir votre banquier, et celui-ci vous convainc d’investir une moitié de votre argent (soit 50 000 euros) dans les obligations, et l’autre (50 000 euros) dans les actions. Un an plus tard, les obligations ont perdu 10% et ne valent plus que 45 000 euros. Les actions ont en revanche gagné 30% et pèsent désormais 65 000 euros. Vous avez désormais 110 000 euros en compte, mais la partie obligations ne représente plus que 41% du portefeuille, et les actions 59%. Comme vous aviez pris la décision d’investir 50% dans chaque, vous vendez pour 10 000 euros d’actions et achetez pour 10 000 euros d’obligations. C’est ça, le rebalancing.

Imaginons que l’année suivante, les obligations perdent à nouveau 10% et les actions progressent encore de 30%. Vos obligations vaudront 49 500 euros et vos actions 71 500 euros pour un total de 121 000 euros, soit une performance de 21% en deux ans par rapport à votre mise de départ.

Si vous n’aviez pas effectué de rebalancing, vos obligations seraient passées à 40 500 euros la deuxième année, et vos actions à 84 500 euros, pour un total de 125 000 euros. En d’autres termes, le rebalancing vous aura fait perdre 4 000 euros. Si, en revanche, les obligations avaient gagné 11% et les actions perdu 23% la deuxième année, l’option rebalancing vous aurait laissé avec 103 400 euros, tandis que l’autre vous aurait ramené à 100 000 euros. Le rebalancing n’est donc intrinsèquement ni bon ni mauvais : cela dépend des circonstances. En général, une hausse de la volatilité mange vos profits, si vous êtes un adepte du rebalancing.

◊ Jouez le rouge ET le noir en même temps

A l’automne dernier, j’expliquais (dans un de mes rapports gratuits) les raisons pour lesquelles il était probable d’avoir une augmentation systémique de la volatilité pour les années à venir.

D’où l’idée de jouer simultanément sur le rouge et le noir, de ne prendre aucun risque de marché, et d’empocher des profits indécents.

Imaginez que vous soyez au casino. Vous jouez simultanément la même somme sur le rouge et le noir. Tant que le zéro (qui n’est ni rouge ni noir) ne sort pas, il est tout aussi impossible de gagner de l’argent que d’en perdre, n’est-ce pas?

Pourtant, en raison du rebalancing, il est possible de jouer simultanément le FAZ et le FAS à la baisse, et d’empocher des profits annualisés de 397%, sans prendre le moindre risque de marché.

Regardez ce graphique qui montre l’évolution de ces deux ETF, de l’indice sous-jacent et du compte en banque de celui qui vend à découvert le FAZ et le FAS.

Graphique de l'évolution des ETF : FAZ et FAS

Il est aisé de constater, en voyant l’évolution du solde en compte, que les profits sont cinq à six fois supérieurs à la volatilité de la stratégie. Le chiffre exact est 5.68 unités de performance pour une unité de risque, mesuré par la volatilité mensuelle annualisée.

◊ Prenez ce que les mauvais spéculateurs perdent sur le marché

Certains journalistes, après avoir observé les conséquences du rebalancing quotidien d’ETF faisant usage d’un fort levier, ont conclu qu’il y avait deux raisons principales pour le petit investisseur d’acheter de tels instruments : soit parce que l’on est mal informé, soit parce que l’acquéreur veut éviter des appels de marge de la part de son courtier.

Les spéculateurs mal informés perdent de l’argent, à terme. Quant à ceux qui ont peur des appels de marge, il s’agit en général d’investisseurs qui ont trop risqué auparavant et se sont fait liquider par leur courtier pour n’avoir pas pu répondre à un appel de marge passé. Ces gens qui risquent trop finissent toujours par tout perdre. Dans quelque domaine de la vie que ce soit, celui qui cherche la limite finit toujours par la trouver…

Il en découle que la vente à découvert de tels ETF correspond également à parier que les investisseurs mal informés et risquant trop finiront par perdre leur argent.

Il est impossible de convaincre tous les investisseurs idiots ou inefficaces de la planète d’arrêter de faire des bêtises. Donc, ceux-ci perdront de l’argent quoi qu’il arrive.

◊ Sachant cela, nous avons donc deux options :

– regarder la chose sans y prendre part et compatir avec les pigeons qui perdent de l’argent ;

– ou alors gagner, à leurs dépens, chaque sou qu’ils vont perdre de toute manière.

Depuis 10 ans, j’ai choisi la deuxième solution: comme cela, cet argent n’est pas perdu pour tout le monde !

[Ndlr : très bientôt, vous pourrez vous aussi profiter des stratégies de Marc Mayor… Il est en train de mettre en place un service grâce auquel vous pourrez suivre ses conseils pas à pas ! Restez à l’écoute, nous vous en reparlons bientôt]

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

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