Spécial BCE : Les décisions de Mario Draghi

Rédigé le 5 juin 2014 par | Analyses indices, Cac 40, Matières Premières Imprimer

Voilà, c’est fait, la BCE fait faire à la zone Euro le grand saut dans l’inconnu des prises en pension à taux négatif (-0,1%). Les esprits les plus affûtés ont dû faire leurs calculs : si les banques ne prêtaient pas avec une rémunération nulle de leur trésorerie excédentaire, c’est sûr, elles vont se mettre à le prêter aux agents économiques puisque la BCE va leur en piquer 0,1% chaque soir !

Une menace de confiscation qui bouleverse tous les schémas connus, une menace tellement terrible que les banques pourraient également décider de rester à une rémunération zéro en ne faisant rien de leurs liquidités inemployées.

Juste cela, ne rien faire…

Ou alors, accroître encore plus les encours de dérivés de façon à ce que tout soit mobilisé pour spéculer et qu’il ne reste rien à placer en pension auprès de la BCE.

En ce qui concerne le taux directeur à 0,15% contre 0,25%, ces 10 points de base vont réussir là où les 400 points déjà retranchés entre 2009 et 2014 n’ont eu aucun effet sur la croissance.

Voyons maintenant quel genre de « coup de chapeau » salue ce geste fort de la BCE que tout le monde avait anticipé (nos analystes Mathieu Lebrun et Gilles Leclerc en premier lieu d’ailleurs).

On pourrait croire que la BCE a agi au profit de la France et de l’Italie, avec un CAC qui prend 1,60% à 4570Pts et une bourse de Milan qui s’envole de +1,25%.

A Francfort, en revanche, la bière ne coule pas à flot avec un DAX qui grappille +0,33%… et à Londres, la nouvelle est accueillie par un énorme bâillement (le FT100 reste inchangé alors que la BoE laisse son taux directeur inchangé à 0,5%). Pas d’avantage d’euphorie à Wall Street où les indices US sont anticipés stables : le S&P500 n’irait pas au-delà des 1929Pts testés hier à l’heure du dîner sur le Vieux Continent.

Mais le juge de paix, l’arbitre suprême, c’est le marché de taux. Et là, que se passe-t-il ? 

RIEN !

Le Bund reste inchangé à 1,45%, le 10 ans espagnol se détend de 1 points de base à 2,87%.

Sur le marché des changes, même constat édifiant : il ne se passe quasiment rien, le EURUSD se redresse marginalement de 0,25% à 1,3575. Rendez-vous compte… il retrouve ses niveaux du 12 février dernier et teste un support oblique moyen terme situé vers 1,3550, lequel n’a même pas été éraflé lors du communiqué de la BCE.

Mais les faiseurs d’opinion assurent que les décisions des banques centrales changent la face du monde. Avec plus de 12 mois de recul au Japon, cette évidence saute aux yeux. Effectivement ça change… mais en pire. 

Mais heureusement, plus ça va mal, plus ça va mieux pour les marchés !

Dernière minute ! Alors que je finalise ces lignes, j’entends Mario Draghi annoncer un nouveau LTRO de 400 milliards d’euros : un en septembre et un autre en décembre, et arrêter certaines stérilisations d’émissions. IL dit évidemment être très décidé à faire remonter l’inflation sur les 2%…

A suivre, je vous tiens au courant très vite.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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