Les emprunts espagnols auront-ils la peau du S&P500 ?

Rédigé le 17 juin 2010 par | Autres indices, Matières Premières Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Le premier semestre s’achève ce vendredi 18 juin à Wall Street. Rien de ce qui survient au cours de la poignée de séances qui précède la journée des « Quatre sorcières » n’est dû au hasard.

Le rebond qui s’est amorcé le 7 juin à partir d’un support facilement identifiable à 1 050 points — le S&P500 l’avait déjà testé le 5 février dernier — était prévisible dans la mesure où l’indice VIX venait d’inscrire un pic vers 37. Cet accès de nervosité apparaissait nettement moins spectaculaire que celui du 25 mai, lequel s’était traduit par un sommet annuel légèrement supérieur à 48, un mois jour pour jour après le test d’un plancher de 15,25. Un niveau qui n’avait plus été approché depuis juillet ou octobre 2007.

Le S&P 500 flirtait alors avec les 1 555/1 560 points et cela aurait dû alerter les plus incorrigibles optimistes. Il était difficile d’espérer le franchissement des 1 215/1 220 points alors que le VIX flirtait déjà avec un plancher historique. La remontée du dollar face à l’euro, quant à elle, prenait de l’ampleur et commençait à pénaliser les valeurs américaines.

Une stratégie baissière savamment ficelée

La grande leçon à tirer de l’évolution du S&P 500 durant la période s’étendant de mi-février à fin avril, réside dans l’objectif prioritaire consistant à tirer les cours de façon à retracer, au point près, le plancher du 15 juillet 2008. Il s’agissait également d’écraser la volatilité afin de reconstituer des stratégies baissières à un coût défiant toute concurrence.

La stratégie s’était déjà avérée payante lors du long plafonnement — sous les 1 150 points — du 11 au 20 janvier dernier. Néanmoins, le VIX n’avait décalé que de 17 vers 27 tandis que l’indice perdait un peu moins de 10%. Les plus influentes maisons de courtage de Wall Street savaient qu’elles pourraient faire beaucoup mieux en s’appuyant sur les fondamentaux, c’est-à-dire sur l’ouverture du second volet de la crise de la dette — qui concerne directement la crédibilité de la signature des Etats.

La Grèce ne constitue que le premier épisode de la longue saga des banqueroutes potentielles et des restructurations de dettes souveraines. Fin mai, au moment où la BCE parvenait péniblement à éteindre l’incendie de la péninsule hellénique, les premiers feux de la spéculation embrasaient les émissions obligataires des banques espagnoles.

Le marché leur fait si peu confiance qu’elles ont été contraintes d’emprunter en mai 85,6 milliards d’euros directement auprès de la BCE (après 74,6 milliards d’euros en avril). Un montant deux fois plus élevé que celui observé en août 2008 peu avant l’effondrement de Lehman Brothers à la mi-septembre de la même année.

Le refinancement espagnol a pesé pour l’équivalent de 16,5% de la totalité des prêts accordée par la BCE aux établissements de crédit de l’Eurozone le mois dernier… un record en la matière.

L’évolution du S&P 500 tributaire du VIX et de l’euro

La corrélation du rebond de l’euro et du S&P étant quasiment parfaite, il n’est pas difficile de déduire que si la monnaie unique subit l’impact de la spectaculaire tension qui règne sur le marché interbancaire — une semaine après une émission (réussie) de bons du Trésor espagnols à trois ans qui avait rassuré tout le monde –, les actions cotées en dollar ne tarderont pas à corriger brutalement.

Le pronostic d’une rechute imminente du S&P500 se heurte à une contradiction par rapport au diagnostic immédiat fourni par l’analyse technique. Le refranchissement de la forte résistance des 1 100/1 105 points (MM200) — après l’apparition d’un W haussier sur les 1 050 points (les 26 mai et 7 juin) — valide un objectif minimum de 1 150 points, c’est-à-dire un retracement du zénith de la mi-janvier. La MM100 qui gravite vers 1 135 points serait donc allègrement débordée, avec l’appui d’un redressement des oscillateurs quotidiens et hebdomadaires.

Cela ne devrait pas suffire à vous rassurer pleinement : l’évolution du S&P500 reste d’abord et avant tout subordonnée à une poursuite de la détente du VIX sous les 25. Si tel n’est pas le cas, oubliez toute possibilité de hausse supplémentaire pour les actions cotées à Wall Street… d’autant que cette détente dépend à son tour entièrement de la capacité de l’euro à progresser au-delà des 1,235$.

L’épée de Damoclès des emprunts espagnols — du secteur privé ou public — ne s’abattra peut-être pas sur les marchés avant le 18 juin, ce qui laisserait au S&P500 la possibilité de rejoindre la MM100 vers 1 135/1 140 points avant la journée des « Quatre sorcières »… mais ce serait bien tenter le diable s’il ne rechutait pas rapidement sous les 1 100 points en cas de pullback de l’euro sous les 1,22$. Prudence donc !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Les emprunts espagnols auront-ils la peau du S&P500 ?”

  1. […] pas eu de réel changement avec des indices US qui consolident légèrement leur hausse d'hier. Le S&P 500 revient tester son ancienne résistance horizontale située autour des 1 100 points qui devrait […]

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