Solocal Group : pas sûr que le reverse split soit efficace

Rédigé le 13 février 2015 par | Interviews, IPO, OPA, opérations financières, Mid et Small Caps Imprimer

Début janvier, je racontais cette anecdote à mes abonnés à Mes Valeurs de Croissance :

« Je crois beaucoup en Solocal Group », m’expliquait un gérant dans l’avion qui nous ramenait de Tel Aviv. Devant mon étonnement, ce spécialiste des small et mid caps, qui ne veut pas être cité par peur d’être grondé par sa hiérarchie, m’expliquait qu’une simple stabilisation des revenus du groupe sur 2015 pourrait faire exploser le titre…

Sur les cinq premières séances de janvier, le titre a progressé de plus de 10% avec plus de 6% du capital échangé.

Mais je trouvais quand même le dossier super risqué avec un newsflow qui n’avait déjà rien d’exceptionnel et un parcours boursier extrêmement décevant depuis des années. Eh bien à ce jour, les publications du groupe me donnent raison et je confirme que je n’aime pas du tout ce dossier.

SOLOCAL GROUP (FR0010096354), l’ex-Pages Jaunes, a encore déçu ses investisseurs avec un piètre exercice 2014, marqué à nouveau par une décroissance de son activité supérieure aux prédictions et une chute de ses résultats.

Le CA du groupe a ainsi chuté à 936,2 M€, de -6,3%, pour un objectif fixé entre -3% et -6%. Et que dire du bénéfice net en recul de 48% à 59 M€ ? (Notons cependant que ce bénéfice est grevé par les coûts d’une réorganisation commerciale évaluée à 23,5 M€). Bref, le groupe continue d’avoir des difficultés, et ce en dépit de son basculement vers le numérique à présent pleinement opéré.

Solocal Group tire maintenant 67,6% de son CA d’Internet ; malheureusement les ventes de cette division ont été stables en 2014. En cinq ans, le groupe a quasiment perdu 200 M€ de CA suite à la chute libre des imprimés… Ce qui n’est pas rien…

J’ai quand même trouvé un point positif dans l’histoire : la situation financière du groupe s’est améliorée grâce à son augmentation de capital de l’ordre de 400 M€. Mais on ne peut pas dire qu’une dette nette représentant 4,3 fois l’Ebitda permette une grande flexibilité financière, notamment sur le plan des acquisitions (il vaut mieux être sous le seuil des 3 pour considérer que sa situation financière est relativement saine).

Bien entendu, cette publication n’a pas été du goût des investisseurs, qui commencent à s’impatienter. L’action a perdu plus de 13% mardi lors de la publication des résultats dans un volume énorme de 45 millions d’actions, ce qui représente pas moins de 4% du capital.

SOLOCAL GROUP

SOLOCAL GROUP reste une penny stock – suite à une baisse de plus de 80% en cinq ans – mais ses dirigeants veulent en finir avec ce statut. Ils vont procéder à un reverse split, à un regroupement classique, à raison d’une action nouvelle pour 20 anciennes, ce qui donnera un cours de 13,50 € à ce nouveau titre… Pas sûr que cela suffise à faire revenir des investisseurs vers la société, même si l’on cela devrait donner une nouvelle visibilité au titre.

Mais là encore, je doute Comme chaque année, la direction s’est voulu  optimiste ce qui, en général, est le cas de toute entreprise. Une hausse de l’ordre de 30% du bénéfice net est attendue en 2015, ce qui lui ferait atteindre les 78 M€. Si l’on se fie à ces prévisions, l’action se payerait actuellement sur un PER inférieur à 10, ce qui n’est pas énorme pour une valeur du monde du web. Mais il faut aussi comprendre que la société n’a rien à voir, en termes de croissance, avec le monde du digital, habitué, lui, à des taux de croissance à deux chiffres. En 2015, par exemple, il faut s’attendre à une croissance de l’activité Internet comprise entre 5% et 10%. Rien d’exceptionnel…

Avoir aujourd’hui du Solocal Group en portefeuille, c’est accepter d’avoir les yeux rivés sur l’écran et de ne pas hésiter à acheter ou vendre en fonction de l’extrême volatilité du titre. Autrement dit, le titre est l’antithèse de la valeur du bon père de famille, et c‘est sans doute l’un des dossiers les plus spéculatifs de la Bourse de Paris. Soyez donc très prudents sur cette action, ne vous laissez pas prendre au piège et soyez extrêmement flexibles…

 

 

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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