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Pour l’IPO de SNAP, ça part en free style : il y a une raison à tout cela (et ce n’est pas Trump)

Rédigé le 2 mars 2017 par | A la une, Actions, Big caps, Fed, IPO, OPA, opérations financières, US Imprimer

 

Snap ! Au premier claquement de doigts, c’est parti en free style à Wall Street qui a enchaîné sur une hausse de +1,5% pour la première séance de mars, après avoir engrangé entre +3,8% et +4,8% au mois de février.

Nous l’avons déjà maintes fois rappelé : une bulle boursière, c’est d’abord un état d’esprit… et l’on peut être certain que les opérateurs sont disposés à faire de grosses bêtises lorsqu’ils commencent à se raconter des histoires dignes d’un junkie tentant de convaincre un pharmacien de lui refiler 50 doses d’héroïne en se faisant passer pour un urgentiste du SAMU (et vous verrez un peu plus loin à quel point cette métaphore colle à l’actualité du jour !).

money addict

Trump se calmerait-il ?

De fait, tous les faiseurs d’opinion, relayés par les gérants, traders, et brokers ont repris en coeur mercredi soir le prétexte du Trump rally, saluant une prestation devant le Congrès certes complètement creuse, mais qui sonnait tellement plus présidentielle !

Alors vous vous dites peut-être : « pourquoi pas » !

Donald s’est certainement senti à l’aise parmi les siens (le Congrès US compte un nombre impressionnant de millionnaires et de milliardaires) et il ne lui a pas été difficile d’adopter un ton plus policé que lorsqu’il harangue un public de « red necks » du middle west ou d’amateurs de catch.

Donc, si l’on en croit les commentaires, Wall Street aurait applaudi le Trump-façon-cravate-club (à rayures obliques) qui nous fait oublier le Donald-à-casquette-rouge.

Soit… mais alors, le moins que l’on puisse dire, c’est l’ovation du monde financier ne fut pas spontanée !

« le Trump Rallye profite à tous ceux qui ont voté contre lui… »

Ceux qui se sont levés tôt mercredi matin ont pu constater, lors des premiers échanges sur les futures du Dow Jones ou du Nasdaq, que les opérateurs n’ont été pas spécialement enthousiasmés par son discours exempt de tout élément sur la réforme fiscale historique qu’il a promise. Les indices US semblaient partis pour grappiller +0,3 à +0,4% et certainement pas pour en gagner 4 fois plus.

Au total, Wall Street vient de voir sa capitalisation exploser de 3 000 Mds$ en 3 mois (elle atteignait à peine 20 000 Mds$ à la veille de l’élection) et c’est le plus spectaculaire enrichissement dont aient jamais bénéficié les 1% les plus riches dans le sillage d’un changement de Président.

Jamais les inégalités de richesse ne se seront creusées aussi vite entre l’hyper-classe (celle des Trump, des Clinton, des Mitt Romney) et les électeurs qui ont voté pour celui qui avait promis de les réduire en mettant au pas Wall Street et en purgeant de Washington « tous les politiciens corrompus par les puissances d’argent » (ah ah)!

Mais la réflexion la plus sensationnelle (d’ingénuité) est venu d’une gérante interviewée sur CNBC quelques minutes après le coup de cloche final : « ce qui est assez surprenant, c’est que le Trump Rallye profite à tous ceux qui ont voté contre lui… parce que ses supporters, dans 90% des cas, ne possèdent pas d’actions ».

Il est vrai que seuls 40% des Américains (87 millions de citoyens adultes) détiennent des actions sous une forme ou une autre. Mais la moitié des Américains ne dispose par ailleurs d’aucune épargne pour faire face à un imprévu : la seule alternative, c’est l’endettement… et même la spirale de l’endettement.

Souriez, au moins le temps du Snapchat

Wall Street semble se réjouir des efforts de la Fed pour préparer les marchés à une hausse de taux dès la mi-mars, ce qui signifie de l’argent plus cher pour les plus pauvres, mais également pour les plus riches (car le volume de titres achetés à crédit est au zénit).

Après Charles Evans, qui anticipait récemment trois hausses de taux d’ici fin 2017, Bill Dudley mardi soir, c’était au tour de Robert Kaplan et de John Williams de justifier mercredi un tour de vis imminent au motif que des tensions apparaissent sur le marché du travail et que la Fed ne doit pas se laisser prendre de vitesse par l’inflation.

Et oui, il faut vous y faire. Des taux plus élevés, dans un pays surendetté et dont le Président se prépare à creuser les déficits de 10% supplémentaires d’ici 18 mois. Des taux plus élevés dans un pays où la spéculation boursière à crédit se déchaîne et où la bulle immobilière crée des pénuries de logements en Californie. C’est la bonne nouvelle du moment !

Et c’est le moment d’en revenir à la métaphore du junkie et du pharmacien (je vous l’avais promis). Figurez-vous que le pharmacien a justement des kilos d’héroïne à fourguer et que le junkie tombe à point nommé… à tel point que ce serait le top s’il pouvait informer tous ses potes de défonce que c’est open-bar sur l’héro « à prix d’ami » jusqu’à jeudi 18H.

Bien entendu, la came, c’est du bicarbonate de soude : à baratineur, baratineur et demi !SNAP

Croyez-vous vraiment que c’est par hasard si Wall Street matérialise cette envolée historique pour des prétextes à la limite du surréalisme à la veille de l’introduction de SNAP, l’IPO étant fixée à 17 $, ce qui valoriserait cette application (on baigne dans l’immatériel pur… et dans les pertes d’exploitations depuis 2013) à environ 24 Mds$ ?

Rappel : les actions introduites demain après-midi seront sans droit de vote… En plus d’un business model d’une solidité aussi furtive qu’un cliché diffusé sur Snapchat et intitulé « bulle des dot.com, le retour » !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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