Silence assourdissant sur le JEFTA : démonstration du « droit de ne pas informer »

Rédigé le 10 juillet 2017 par | A la une, Europe Imprimer

Silence assourdissant sur le JEFTA. Le G20 de Hambourg s’est achevé sur un communiqué à l’eau tiède sur le climat, sur la prise en compte de la nécessité de se protéger de pratiques commerciales déloyales (aucun pays en particulier n’est visé)… et sur les images d’une ville en état de siège survolée par d’épaisse colonnes de fumée malgré un déploiement de forces de sécurité impressionnant.

Les réunions plénières n’ont guère suscité de buzz car toute l’attention était braquée sur les rencontres bilatérales, tenues en marge et en coulisses du G20, et notamment celle qui a réuni Donald Trump et Vladimir Poutine durant plus de deux heures.

Vous en savez à peu près autant que nous sur la teneur des échanges : c’est-à-dire rien…

Mais la longueur de l’entrevue doit faire enrager les néoconservateurs qui auraient préféré que les protagonistes se séparent rapidement, sur le constat de leurs profonds désaccords (sur la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord, etc.) et que Trump envoie quelques tweets indiquant qu’il s’était montré inflexible face au représentant de l’Empire du mal.

Mais ce qui nous laisse pantois – car le G20 n’y fait même pas allusion et encore moins la presse économique –, c’est la signature jeudi dernier, à la veille de l’ouverture du sommet des Etats, d’un traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Japon : le JEFTA. Contrairement au TAFTA ou au NAFTA qui ont été enterrés avant même d’avoir commencé d’exister, le JEFTA a été concocté dans le plus grand secret pour échapper à la vague de légitimes inquiétudes citoyennes suscitées par des accords qui favorisent les intérêts des multinationales.

Autrement dit, aucun parlement européen n’a étudié, autorisé, eu le moindre droit de regard sur la rédaction d’un traité qui engage près de 400 millions de citoyens européens, lesquels ignorent tout des conséquences sociales, politiques et écologiques de ce qui s’est conclu à leur insu et après, apprend-on, 5 ans de négociations !

Vive la démocratie.

L’UE et le Japon représentent à eux deux 37% des échanges commerciaux planétaires et plus de 500 millions de consommateurs.

Le JEFTA fera tomber de nombreuses barrières douanières, notamment dans le domaine de l’agro-alimentaire et de l’automobile, en reprenant les mêmes mécanismes juridiques mis en oeuvre dans le TAFTA, avec l’entrée en jeu des tribunaux « arbitraux multilatéraux » majoritairement issus de la sphère du privé. Le JEFTA n’écarte pas la possibilité que ces tribunaux puissent attaquer les Etats en justice… car n’oublions pas que ce genre de traité est d’abord conçu pour protéger les intérêts économiques des grands groupes multinationaux.

Coïncidence (bien évidemment) : la plupart de ces titans capitalistiques possèdent soit directement de grands médias, soit ont de facto un droit de vie ou de mort sur grands titres de presse ou sur les networks de par leur statut d’annonceurs. Leur silence assourdissant en dit long sur la montée en puissance du « droit de ne pas informer »…

Et il nous apparaît tout aussi troublant que notre président, qui était parfaitement au courant depuis 5 ans de l’existence des pourparlers, n’y ait pas fait d’allusion à Hambourg, ne serait-ce que pour se féliciter de la formidable opportunité que ce traité représente pour notre filière agro-alimentaire, mise à mal par les contre-sanctions (embargo sur les importations en provenance d’Europe) de la part de Moscou ?

Le plan Brongniart

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Silence assourdissant sur le JEFTA : démonstration du « droit de ne pas informer »”

  1. Mauvais calcule des européens, s’ils espéraient de vendre des trucs au Japon.
    Le Japon perde tous les ans 1.000 000 habitants.
    10.000 000 par décennies.
    80.000 000 pour la fin du XXI siècle.

    Ils ont trop de tout, en plus le Japon est une société de caste, soumission totale,
    débilitant, 35% des h/f refusent de faire l’amour, chez les jeunes la proportion est encore plus élevé,
    les gens veulent rien,

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