Shanghai surprise, ou comment le DAX risque de rentrer dans le rang

Rédigé le 14 octobre 2011 par | Autres indices Imprimer

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Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers
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Le retour du DAX sur les 6 000 points devrait nous soulager : l’indice phare de la Bourse de Francfort se paye même le luxe de refermer le gap des 6 008 points qui remonte au 15 août dernier.

De son côté, le CAC 40 se bat toujours pour retracer la résistance des 3 280 points testée les 17 août et 1er septembre derniers : il ne lui manque qu’une petite cinquantaine de points mais les obstacles techniques se multiplient à partir de la zone des 3 230 points.

Le DAX sur ses plus-hauts… le CAC 40 n’ira pas
Prenons par exemple l’écart par rapport au plancher annuel des 2 695 points : à 3 230 points, cela fait du +20% tout rond. Et, si l’on prend comme référence la zone de soutient des 2 808 points testée il y moins de dix jours, cela fait du +15%… également tout rond. Autant de gains « tout rond » qui satisfont les marchés pour l’instant. Cela faisait deux mois que de tels écarts à la hausse étaient attendus ! Il aura fallu cette fois-ci attendre un repli de -30% avant que les acheteurs reprennent la main.

La question, vous vous en doutez, est maintenant de savoir ce qui peut se passer après une envolée de +21% du DAX 30 par exemple, qui remonte de 4 965 pour inscrire un plus-haut à 6 022 (le 12 octobre). Nous nous posons la question pour le DAX, mais beaucoup moins pour le CAC 40, et pour cause. Lorsque les places européennes rebondissent, mieux vaut se tenir à l’écart de Londres et Paris et miser sur le plus fort « béta » offert par Francfort à la hausse.

Démonstration.

Si l’on considère le CAC 40, nous pourrions affirmer sans trop craindre d’être démentis que les cours auront du mal à aller plus haut : un rebond de +20%, c’est ce que nous avons vu de mieux en octobre 2008 puis de novembre 2009 à janvier 2009. En mars 2008 il avait fallu se contenter de +15%, en mai/juin et en juillet/août 2010 également. Enfin, de mi-mars à fin mai dernier, le CAC 40 avait repris +12% depuis les 3 700 points, quand le DAX 30 s’était envolé de +17,5% entre 6 485 et 6 600 points, soit un différentiel d’environ +5%.

Jouez les statistiques économiques !

La publication du PIB US… du chômage ou encore des stocks de pétrole provoquent très souvent de brusques variations intraday…

Vu la rapidité des mouvements en question (quelques minutes), il est impossible d’en profiter manuellement, dans l’instant. Pourtant, notre spécialiste Mathieu Lebrun a une solution !

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  Nous supposons que ces +20% de gain suffisent aux robots
Mais – bien sûr… – rien n’est jamais fixé pour l’éternité en matière « d’analyse comportementale » des marchés. Les scénarios graphiques ont une forte tendance à l’auto-réplication parce que les opérateurs préfèrent confier leur sort à des programmes informatiques censés anticiper la manière dont des investisseurs de chair et de sang se comporteraient en présence de séquences typiques de stress ou d’euphorie des marchés.

L’actualité ne constitue plus qu’une sorte d’alibi pour invoquer la psychologie des foules. Mais rendez-vous compte que ces « foules » ne génèrent même pas 5% des ordres exécutés dans les périodes de sur-volatilité – et cela peut même tomber à 1% quand les écarts en séance dépassent les 4 ou 5% ! Les seuls acteurs qui ne désertent pas le marché sont les robots de trading haute fréquence pour lesquels n’importe quel niveau de cours est parfaitement indifférent.

Quand les cours basculent dans l’absurdité complète, l’investisseur value finit par renoncer – soit parce qu’il suppose que le marché « sait quelque chose », soit parce qu’il finit par respecter l’adage postulant qu’il ne faut pas chercher à rattraper un couteau qui tombe, à plus forte raison s’il s’agit d’une tronçonneuse en folie dont la vitesse de rotation dépend d’algorithmes incompréhensibles pour le commun des mortels.

Mais la surperformance systématique du DAX 30 par rapport au CAC 40 contient bien autre chose que des algorithmes : le « bonus » dont bénéficient les valeurs germaniques (par rapport à leurs homologues françaises et paneuropéennes) ces dix dernières années ne découle par d’un caprice de quelques quants mais bien du constat que l’Allemagne est, de tous les pays développés, celui qui a tiré le meilleur parti du décollage vertical de la Chine.

Mais nous commençons à douter que cette situation perdure : et voici pourquoi !

Attention au ralentissement de l’économie chinoise !
Pékin a multiplié les initiatives monétaires visant à ralentir l’expansion économique après avoir mis en place dès fin 2008 le plan de relance de l’investissement par le crédit le plus massif au monde. La Chine a proportionnellement mis sur le tapis près de trois fois plus d’argent que les Etats-Unis et les effets inflationnistes n’ont pas tardé à se faire ressentir… jusqu’à constituer une réelle bombe à retardement sociale. [Ndlr : comment ferons-nous quand l’hyperinflation touchera l’Europe à cause de l’impression monétaire massive que les autorités sont en train de préparer pour éviter les faillites souveraines ? Marc Mayor vous propose une solution…] Pour Pékin, la lutte contre l’inflation est devenue une priorité, d’autant plus que le yuan continue de s’apprécier face au dollar – quoi qu’en pense le Congrès US qui vient de prendre des sanctions commerciales pour cause de « manipulation de la devise« .

L’autre problème de la Chine est interne. Comme vous le lisez régulièrement dans nos lignes, les banques locales sont farcies de mauvaises créances, à des niveaux jamais observés dans ce pays… C’était le prix à payer pour passer devant le Japon et devenir la seconde puissance économique mondiale ! Ces désagréments sont pleinement assumés par Pékin qui vient de mettre sur pied un plan de recapitalisation en faveur des quatre principales banques du pays mardi dernier. Une radicalité à la chinoise : pas question de tergiverser, de multiplier les stress tests bidons, il faut bien que les 2 500Mds$ de réserves de change servent à quelque chose !

Le SSE sur un support annuel
Mais cette injection d’argent frais du 11 octobre dans le système bancaire n’a pas relancé la Bourse de Shanghai : l’indice SSE est finalement revenu sur le plancher annuel du 2 juillet 2010 (en bleu sur le graphique), à 2 320 points. Avec ce retracement des plus-bas de quinze mois, le SSE dispose d’une belle occasion pour rebondir en direction des 2 510 points. Mais gare à la cassure du plancher des 2 320, car dans ce cas, le risque serait celui d’une rechute en direction des 2 050 points.

Graphique SSE Composite
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Dans ce cas, Shanghai reperdrait 1 000 points par rapport à son zénith des 3 050 points (le 18 avril), soit le tiers de sa valeur. Et c’est la corrélation étroite de cette chute avec le cycle économique qui nous intéresse aujourd’hui.

Entendons-nous bien. Il n’y a pas eu 33% de baisse de l’activité économique ou du PIB ces six derniers mois, même si la Chine passe de +10,5 à +8% en rythme annuel. Mais si l’on y rajoute le facteur inflation (5% officiellement mais probablement plus de 7% comme au Brésil), alors la croissance « nette » a chuté de plus de 50%… et ce n’est plus du tout la même musique.

Attention à la contagion à l’Allemagne
C’est bien ce constat qui nous alerte par ricochet sur les perspectives économiques de l’Allemagne puisqu’elle réalise l’essentiel de ses excédents commerciaux et de ses échanges bilatéraux avec la Chine. Or la Bourse de Francfort n’a pas encore intégré le risque de contraction du PIB corrigé de l’inflation de son principal partenaire en Asie.

La Bourse de Francfort nous semble donc susceptible de souffrir de ce phénomène de « haut de cycle » plus que toutes autres places en Europe et c’est pourquoi nous craignons un renversement des anticipations des investisseurs.

Donc, gare à l’amorce d’une correction sur le DAX 30 car une croissance sous les 1% (la croissance 2012 est estimée à +0,8% par les économistes de la Bundesbank et les différents instituts d’analyses statistiques) n’est pas encore pricée à 6 000 points.

Graphique DAX 30
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Les valeurs allemandes se payent trop chères et la récente remontée des cours au sein d’une structure en « porte voix » (un biseau qui s’élargit) résulte bien d’avantage à des rachats de vendeurs à découvert qui courent après le papier que d’acheteurs de conviction qui courent après les perspectives d’avenir.

Nous anticipons une rechute mécanique du DAX 30 vers 5 600 points (MM50). Ensuite, si ce niveau est enfoncé, le DAX 30 pourrait chuter jusqu’au support ascendant oblique qui unit les trois points bas des 12, 22/23 septembre et du 4 octobre (en bleu sur le graphique).

Les optimistes ne considéreront que le rouding bottom qui s’est amorcé sur les 5 000 points. Ils mettront en avant le fait que le potentiel de cette figure en U se situe vers 6 500 puis 6 800 points (MM250). Le problème : nous ne sommes pas « optimistes ».

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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