Sequana, symptôme de la mort du papier

Rédigé le 31 mai 2016 par | Actions, Indices, sociétés et marchés, Mid et Small Caps, Toutes les analyses Imprimer

J’évoquais il y a quelques jours, les difficultés de Solocal Group (FR0012938884) , ex-Pages Jaunes, confronté à un fort endettement et à une lente détérioration de sa rentabilité. Dans cette même série des anges déchus de la Bourse, je vais continuer avec la descente aux enfers de Sequana (FR0011352590), le spécialiste de la fabrication et de la distribution de papiers.

Regardez ce graphique, digne des falaises d’Etretat :160531_sequana

De 80 € jusqu’en 2008, le titre a chuté sur les 2,40 € (-97%), son plus bas niveau sur lequel il reste scotché depuis la mi-2015. Et depuis le début de l’année, le titre perd encore 30% (de 4 € à 2,80 € actuellement) et ne pèse plus en Bourse que 180 M€. Elle fait d’ailleurs partie de ma sélection de mes tops et flops que je vous invite à relire.

Comment expliquer une telle catastrophe boursière ?

Comment toujours, il s’agit de fondamentaux désastreux. La faute à des résultats plus que mauvais et à un secteur en très grande difficulté. Je ne vous apprends rien : on utilise de moins en moins de papier. Au lieu d’envoyer une lettre par voie postale, d’utiliser des enveloppes, vous envoyez un email. Dans le secteur de la presse écrite, la diffusion de journaux s’écroule depuis dix ans. Or face à cette dégradation structurelle du secteur, la seule stratégie de Sequana, c’est de tenter de conserver ses marges tout en essayant de céder ses actifs non stratégiques.

En avril dernier, le groupe annonçait un projet de cession d’Arjowiggins Healthcare, spécialisé dans les emballages de stérilisation, dont le chiffre d’affaires (CA) est de 77 M€… un grain de sable dans l’activité du groupe qui génère encore un chiffre d’affaires d’environ 3,3 Mds€.

Mais malgré ces cessions, la dette du groupe s’élève encore de 235 M€… et Sequana doit impérativement faire baisser le ratio dette nette/EBITDA, actuellement de 1,9.

En 2015, la rentabilité opérationnelle de Sequana a légèrement progressé à 2,2% mais le groupe a quand même basculé dans le rouge à cause de 76 M€ de charges exceptionnelles liées à des restructurations — avec des marges si faibles, le groupe n’a pas le droit à l’erreur. Prenez une marge d’exploitation de 2,1%, ajoutez des charges financières liées à la dette ou à des charges de restructuration, et votre résultat net passe très vite dans le rouge.

Le premier trimestre s’est soldé par un résultat opérationnel courant de 15 M€. Ce qui n’est donc pas si mal… sauf que là encore, il y a eu 9 M€ de charges exceptionnelles et de charges financières… Au final, le résultat est en perte nette de 7 M€ !

Puisque les mauvaises nouvelles viennent jamais seules, la Direction de Sequana prévient que la demande en papiers d’impression continuerait à être faible en 2016.

Bon… dois-je en dire plus ? Vous avez compris que Sequana est un dossier assez délicat. En fait, j’ai même envie de dire que sur ce secteur moribond, je ne vois pas comment le groupe pourrait redresser la barre.

Un seul homme semble croire au dossier : Jacques Veyrat. Il a acquis 20% du capital de Sequana, via sa filiale Impala au travers d’obligations convertibles repris à des banques créancières. Il est ainsi le premier actionnaire du groupe. Pour info, on le considère comme plutôt successful : Jacques Veyrat est à l’origine du réseau de fibres optiques Ldcom en 1998, fusionné avec Cegetel, puis apporté à SFR en 2008.

Ce brillant polytechnicien n’a pas l’habitude d’être passif dans ses investissements ! Il est, je crois, la seule bonne nouvelle dans ce dossier… J’ai plutôt hâte de voir de quelle manière il va orienter le groupe.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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