Séisme terminé ou on attend la réplique ?

Rédigé le 16 octobre 2014 par | Indices, sociétés et marchés, VIX Imprimer

J’ironisais hier sur un Halloween avant l’heure sur les marchés… Ils prendraient soudain peur à la vue de l’ombre d’une simple citrouille ?

Si les « 3 sorcières » sont ce vendredi, les opérateurs se demandent encore quels sortilèges maléfiques ont provoqué un plongeon de -3,65% du CAC 40, de -3,6% de l’EuroStoxx 50 et de -7% de la Bourse d’Athènes (après -5,7% mardi).

L’absence d’inflation, de croissance… une reprise désespérément paresseuse, un chômage de masse qui bride la masse salariale ? C’était précisément ce qui euphorisait les marchés début septembre !

Mais oui, souvenez-vous : Goldilocks, l’équilibre parfait entre une activité réelle anémique et une politique monétaire ultra-accommodante pour l’éternité (scénario à la japonaise) avec une variante digne d’un conte de fée : même sans hausse des marges ou des dividendes, les actions volent de record en record, totalement libérées de l’attraction terrestre. Les valorisations des entreprises voyagent dans la stratosphère… plus aucune peur de l’éclatement des bulles (liquidités converties en prises de position à effet de levier) qui menacent à peu près toutes les classes d’actifs.

Un tel aveuglement résulte de la foi absolue des opérateurs dans l’éradication définitive de la volatilité par les banques centrales… lesquelles ont, jusqu’à présent, fait preuve d’une détermination sans faille.

Les actifs contaminés par les banques centrales

Mais si la Fed et la BoJ ont noyé la notion du risque sous des kilotonnes de liquidités, le risque lui-même n’a fait que de s’accroître. Car l’action des banques centrales ne consiste en fait qu’à arroser depuis 5 ans les murs de la centrale atomique alors qu’il aurait fallu depuis le début concentrer les efforts sur l’extraction des barres d’uranium de la piscine (réduire les encours spéculatifs à effet de levier).

Pour filer la métaphore, les dettes radioactives héritées de la crise des subprime ont maintenant contaminé d’autres matériaux obligataires comme les emprunts high yield (muni-bonds américains, dettes périphériques européennes ou émergentes), les émissions corporate (fréquemment destinées à permettre aux entreprises de racheter leurs propres titres pour doper artificiellement les dividendes).

Si nous ne considérons que leur température apparente (leur rendement), ces matériaux semblent donc avoir été refroidis et ne plus présenter aucun danger de combustion spontanée… Mais leur radioactivité (leur potentiel de désintégration) s’est en réalité spectaculairement renforcée depuis mars 2009 ! Notre compteur Geiger s’affole depuis des mois et des trimestres – pas celui des marchés puisque les banques centrales ont retiré les piles de l’appareil.

Cela semblait convenir à tout le monde. Pas de crépitement, pas d’aiguille grimpant dans la zone rouge, plus aucune raison de voir les gérants s’inquiéter (pourvu que leurs commissions de gestion soient plus copieuses chaque trimestre). Les contribuables sont les garants en dernier ressort des actifs figurant au bilan de la Fed, de la BCE, de la BoJ.

Les marchés réalisent-ils enfin la réalité ?

La seule à s’alarmer, c’est la Bundesbank qui enrage contre les apprentis sorciers de la politique monétaire quantitative… Mais elle ferait mieux de se préoccuper de la croissance allemande dont la trajectoire s’apparente à celle du Brésil ou de la Russie. Alors que les langues se délient (y compris dans l’entourage politique d’Angela Merkel) pour démythifier le miracle des comptes à l’équilibre et de la compétitivité germanique, je formule l’espoir que cesse enfin cette propagande grotesque en faveur de l’adoption du modèle allemand par la France et l’Italie.

Le jour où la France et l’Italie auront une Pologne ou une Slovaquie pour sous-traiter leurs composants automobiles à moitié prix (un exemple parmi d’autres), le jour où des salariés « détachés » accepteront de travailler pour 500 euros par mois via un contrat précaire (un autre exemple parmi d’autres), il sera alors temps de gérer le budget de l’Etat à l’Allemande et de viser l’équilibre (à défaut de la hausse du niveau de vie).

Je doute fort que le plongeon des marchés soit lié à une prise de conscience que le modèle germanique n’en est pas vraiment un…

… bien sûr que non !

Je crois tout simplement que les initiés, qui ont cyniquement profité des injections monétaires des banques centrales, ont calculé qu’avec des taux négatifs ou insignifiants comme sur les Bunds (rendement tombé sous 0,7% à la mi-séance mercredi), une croissance globale qui pourrait tomber bien en-deçà des 3,8% en 2015 (disons moins de 2,5%), la valorisation stratosphérique des emprunts d’Etat et des actions ne permettait plus d’envisager de gains supplémentaires… sauf à prendre des risques encore plus insensés.

Alors ils vendent !

Sans état d’âme, sans chercher à épargner les supports graphiques.

Ils ont triplé la mise sur le S&P 500 en 5 ans, quadruplé sur les valeurs du Dow Transport : que leur importe de vendre 5%, 8% ou 10% en-deçà des sommets annuels ?

SP500

Une chute de -3% (ou presque) du Dow Jones ou du S&P 500 au bout de 3 heures de cotations, cela peut faire peur… mais pas aux initiés.

La Fed a rameuté ses équipes « anti-plongeon ». Tous les pompiers de Wall Street ont été appelés au front pour contenir l’offensive des vendeurs : ils ont stoppé l’hémorragie alors que le Dow Jones plongeait de -460 points à 15 855 points (pour la première fois depuis juillet 2011).

La manoeuvre de colmatage a réussi, les indices US ont divisé leur pertes par 3 à la clôture, de nombreux vendeurs à découvert ont été pris à contrepied en seconde partie de séance… mais la volatilité est demeurée vertigineuse : le VIX a oscillé entre 15 et 26 en clôture, avec un pic à 31,06 – du jamais vu depuis mai 2012.

VIX

Mais ce que nous devons retenir, ce n’est pas la préservation à l’arrachée du support des 16 000 points sur le Dow Jones, des 3 933 points sur le CAC 40 ou des 2 900 points sur l’EuroStoxx 50, ce sont les volumes de transactions qui ont été tout simplement énormes.

Il s’est échangé pas moins de 6 milliards d’euros sur le CAC 40 et 925 millions de titres sur le S&P 500 (contre 400 millions en moyenne au mois de septembre dernier). Ce fut la séance la plus active (hors séances techniques des « 4 sorcières ») depuis les 18 et 31 mai 2011.

Les dégâts pour les vendeurs de volatilité qui n’avaient jamais vu le VIX déborder les 20 au cours des 18 derniers mois et qui le shortaient systématiquement au-delà de 15, doivent être colossaux.

Nous venons d’assister à un séisme d’une ampleur inconnue depuis 3 ans. Nous ne savons pas s’il s’agissait de la secousse principale, ou si d’autres plus puissantes encore vont suivre… Mais l’édifice spéculatif est sévèrement lézardé (les appels de marge vont être dévastateurs pour ceux qui étaient shorts de volatilité ou shorts sur les Bunds ou les T-Bonds).

Il devient à présent impératif de vous éloigner au maximum du réacteur et de mettre votre patrimoine à l’abri avant que tout n’explose. Cela fait longtemps que nous vous en parlons, mais là, il est temps d’agir.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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