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Pas de preuves, mais la Russie était à la manoeuvre : les jours de Trump sont-ils comptés ?

Rédigé le 23 mars 2017 par | A la une, US Imprimer

La consolidation de Wall Street mardi soir (-1,2%, rendez-vous compte : du jamais vu depuis 6 mois) a fait si forte impression que les opérateurs ont perdu de vue l’audition des deux chefs des principales agences de renseignement américain devant la Chambre des représentants. Ils étaient chargés d’élucider les rumeurs de collusion entre Moscou et l’entourage de Donald Trump pendant la campagne électorale, puis de statuer sur les accusations de mise sur écoute de la Trump Tower sur ordre d’Obama (un Watergate bis en quelque sorte).

Les supers révélations des supers espions

Le premier patron d’agence est le plus connu en Europe. Il s’agit de James Comey (FBI) qui avait fait parler de lui en mettant par deux fois Hillary Clinton sur la sellette peu avant les élections, au sujet de ses e-mails expédiés via un serveur non protégé (probablement pour éviter leur archivage officiel, mais passons)… Il avait décidé de ne pas déclencher de poursuites. Le second « témoin » est l’amiral Mike Rogers, patron de la NSA, l’homme qui supervise le plus puissant outil d’espionnage global de toutes les sources numériques à l’échelle planétaire.

E-mails, coups de fil, profils Facebook, WhatsApp et tout ce qui peut être décrypté en matière de transmissions de données provenant d’entreprises concurrentes des boîtes américaines… Bref, une vraie agence de renseignement comme beaucoup de démocraties rêveraient d’en posséder – mais elles manquent toutes du budget pour se doter d’un équivalent (Edward Snowden y a travaillé, ainsi que pour des entreprises « partenaires »).

La grande absente de l’audition était la CIA ; sûrement parce qu’elle n’écoute pas au portes et n’a rien à dire sur le comportement des services secrets russes et sur le proche entourage de Vladimir Poutine.

A l’issue du passage à la question de Mike Rogers (NSA) et James Comey (FBI), il apparaît que les services secrets US sont parvenus à la conclusion que même en l’absence de preuves formelles d’une ingérence ou d’une manipulation russe depuis l’étranger ou le sol américain, le Kremlin avait « un intérêt certain à privilégier la victoire de Donald Trump ».

POUTINE

Noooooon ! Quelle révélation ! On peut comprendre que les Russes ne voient pas l’élection d’Hillary Clinton d’un bon oeil puisqu’elle s’acharnait à vouloir restaurer un climat de guerre froide… mais de là à préférer une victoire de Donald Trump, c’est un scoop qui va scandaliser ses électeurs et bouleverser l’Amérique (je plaisante) ! Dommage que la CIA ne soit pas venue certifier qu’elle avait vu des individus présentant le profil louche et patibulaire d’agents du FSB (ex-KGB) assister aux meetings de Trump… Les limites du ridicule auraient pu être allègrement repoussées.

En ce qui concerne les écoutes dont Trump aurait été victime, Mike Rogers affirme qu’il n’a pas trouvé de preuves pour étayer ces allégations. C’est normal, le logo NSA a été soigneusement retiré du capuchon des micros dissimulés dans les milliers de détecteurs de fumée de la Trump Tower (là encore, je plaisante). Ce n’est pas vraiment pas de chance pour Donald : il se retrouve discrédité au sujet des écoutes dont il aurait fait l’objet mais il n’échappe pas au fort soupçon d’une « interférence russe » visant à truquer le résultat des élections.

Mais puisqu’on vous dit que Trump est un espion russe !

A aucun moment, Mike Rogers et James Comey ne se sont vu objecter que les équipes de Trump avaient effectué un travail de terrain formidablement efficace en concentrant les efforts sur les quartiers, les villes, les comtés et enfin les Etats indécis et négligés par les stratèges de la campagne démocrate. L’équipe Clinton, disposant d’un budget illimité, a mis le paquet sur les spots TV et fait l’impasse sur des meetings dans des États considérés comme définitivement acquis depuis des générations.

Mais allez savoir si les Russes ne possèdent pas une arme secrète qui permet de prendre à distance le contrôle mental d’un électeur blanc, au chômage, harcelé par sa banque (renflouée par ses impôts en 2008), et remplacé par un immigré illégal payé au noir et pour 3 fois moins cher.

Alors cet électeur, profondément démocrate et admiratif de Wall Street, basculerait ainsi du côté républicain, cédant à ses penchants les plus réactionnaires.

L’élection de Donald Trump est donc bien le résultat d’un complot russo-nord-coréen et cela devrait conduire à son impeachement (destitution pour haute trahison et intelligence avec une puissance étrangère hostile dans le cas qui nous occupe).

POUTINE

Mais au fait, comment appelle-t-on le procédé consistant à construire une théorie à base de fausses allégations, d’interprétations tordues, de preuves artificielles visant à construire une pseudo réalité de type « armes de destruction massives » afin de justifier l’invasion de l’Irak ?

Wall Street commence peut-être à prendre conscience que si Trump ne parvient pas à réunir une majorité au Congrès pour suspendre et remplacer Obamacare (sa première grande initiative politico-sociale) moins de trois mois après son élection, il ne parviendra peut-être pas non plus à faire adopter sa réforme fiscale.

Wall Street commence peut-être à s’inquiéter

Si, de surcroît, les agences de renseignements sont hostiles à la Maison-Blanche et que la CIA qui n’a encore rien dit prépare un dossier qui fait basculer l’opinion publique et le Congrès dans une défiance généralisée (laissez tomber : pas besoin de preuves formelles d’une interférence russe), alors les jours de Donald Trump comme 45e président des États-Unis sont peut-être comptés !

Adieu programmes de relance et cadeaux fiscaux financés par un futur économique radieux ! L’Amérique sera retrouvera en pleine vacance du pouvoir, avec 20 000 Mds$ de dette et une croissance qui peine dépasser 1%.

Quelle forme prendrait une correction des marchés dans cette hypothèse ?

Rassurons-nous : Trump se pliera sûrement aux exigences d’obéissance de la CIA et de la NSA et fera tout ce que Wall Street ordonne. Dans le cas inverse, l’année boursière nous réserve de l’inédit, et il va falloir que nous soyons à la hauteur car les indices risquent de partir vers les profondeurs.

Scénario idéal pour la Fed et les sherpas de Wall Street : ce ne sera pas de leur faute mais de celle de Trump et de Poutine (à défaut des méchants Russes, les Tasmaniens ou les Moldo-Valaques feront l’affaire).

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

2 commentaires pour “Pas de preuves, mais la Russie était à la manoeuvre : les jours de Trump sont-ils comptés ?”

  1. J’apprécie vos analyses, antidotes salutaires à la connerie généralisée ! ! !

  2. Milles mercis pour ces compliments ! Bonne lecture

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