Rubis en plein cauchemar boursier

Rédigé le 17 juillet 2018 par | Actions, Indices, sociétés et marchés, Mid et Small Caps, Trading, Bourse Imprimer

RubisEncore une séance à marquer d’une pierre noire pour Rubis, indiscutable lanterne rouge du SBF120 et dont l’action s’effondrait de 9,12% vers 15h40 à 47,26€ dans des volumes très soutenus (environ 488 000 titres échangés à la conclusion de la rédaction de cette article, contre 177 000 en moyenne sur les quatre dernières séances).

La communauté financière accuse le coup après une dégradation d’Exane, passé sans ambages d’un conseil « superformance » à une opinion « sous-performance » (en substance, de l’achat à la vente) et qui a réduit d’un quart son objectif de cours à 47€, soit peu ou prou les niveaux sur lesquels évolue le titre ce mardi.

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Dans le collimateur des analystes

Le broker est donc allé encore plus loin que Berenberg, qui suit lui aussi le spécialiste français de la distribution et du stockage de produits pétroliers de longue date et avait le 26 juin dernier révoqué sa recommandation « achat », ne préconisant plus que de conserver la valeur, tout en ramenant son target price de 67 à 62€.

Ainsi Rubis est-il dans le viseur des courtiers, la faute notamment à sa présence sur le marché iranien. Je rappelle en effet que Téhéran est plus que jamais dans le viseur des Etats-Unis, lesquels ont décidé de rétablir les sanctions à l’encontre de cet ennemi pluridécennal, au grand désarroi de l’Europe qui, une fois n’est pas coutume, s’est refusée à suivre Washington dans ce dossier qui sent le soufre.

Le retour en disgrâce de l’Iran tombe en fait au plus mal pour le groupe, qui début janvier avait annoncé le rachat de FCG, un opérateur actif dans la production, le stockage et l’exportation de bitume à partir d’installations basées dans le pays. Cette acquisition devait permettre à Rubis de sécuriser son approvisionnement en bitume pour accélérer son développement en Inde et en Afrique de l’Est, mais l’ire américaine remet forcément en cause ce dessein devenu du même coup beaucoup moins réaliste.

L’exposition à l’Iran et à la Turquie inquiète

Serial acquéreur depuis sa création, avec plus de 40 acquisitions pour un chiffre d’affaires additionnel de quelque 2 Mds€, Rubis inquiète également en raison de la situation de sa division Terminal, dont les revenus ont reculé de 8% en rythme annuel au premier trimestre à 87 M€ en raison d’une baisse de l’activité en France et de difficultés conjoncturelles en Turquie.

Car Rubis détient aussi un dépôt à Dörtyol, ville portuaire du sud de la Turquie, proche de la frontière syrienne et en proie à une forte volatilité des approvisionnements, récemment en baisse et qui peinent aujourd’hui à remonter. Or, à la lecture du document de référence 2017, la société espérait lancer cette année sur ce site la construction de 60 000 mètres cubes de capacité de stockage de produits pétroliers, un projet qui, eu égard à la tournure des événements, a du plomb dans l’aile et pourrait bien être reporté sine die.

Malheureux en Iran et en Turquie, Rubis sème le trouble et certains semblent commencer à douter de sa stratégie, par-delà le bond de 36% du chiffre d’affaires au premier trimestre à 1,22 Md€ (+23% à périmètre comparable). Je trouve toutefois les turbulences boursières que traverse le groupe exagérées.

Spécialiste de l’aval pétrolier, Rubis n’est en effet que très peu tributaire des variations du prix du baril. La société a de surcroît un avantage de poids qu’on aurait grand tort de perdre de vue : comme Hermès notamment, elle a le pouvoir de fixer elle-même ses prix (le pricing power).

Quant à cette division Terminal qui préoccupe les brokers, il faut souligner qu’elle est d’une part marginale sur le plan de l’activité (seulement 7% des revenus globaux sur les trois premiers mois de l’exercice en cours), et d’autre part que sa marge d’exploitation dépasse les 20%.

Les actionnaires sont par ailleurs choyés, avec un dividende qui n’a eu de cesse de progresser depuis 2005.

Enfin, le titre, en repli de plus de 20% depuis un mois, se paie actuellement sur un PER de 16 et sur une VE/Ebit de 13. Des ratios attractifs qui donnent à penser que Rubis retrouvera quelques couleurs d’ici la publication des comptes semestriels, prévue pour le 12 septembre prochain.

Une déception ce jour-là, sachant que Rubis continue de prévoir une augmentation de la croissance organique cette année, pourrait néanmoins se payer très cher…

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Guillaume Duhamel
Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel suit l’actualité boursière au quotidien depuis plus de 5 ans. Historien diplômé de l’Université de Paris IV-Sorbonne et journaliste de formation, passé également par le sport et le développement durable, il voue un intérêt particulier aux small et midcaps, ainsi qu’aux secteurs de l’énergie et de l’aéronautique

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