L’ère des robots traders est arrivée

Rédigé le 3 mars 2014 par | Apprendre la Bourse, Autres indices Imprimer

La folie des robots bat son plein. GOOGLE (GOOG-Nasdaq) multiplie les achats de fabricants d’humanoïdes pour construire un futur automatisé et (espérons-le) intelligent. Mais l’emprise des robots sur les marchés est déjà une réalité : des machines utilisant des algorithmes effectuent chaque jour entre 50% et 66% des transactions boursières. Avec parfois des accidents comme le flash crash du 6 mai 2010.

Depuis déjà un certain temps, la recherche académique se penche sur le phénomène du trading à haute fréquence et explique comment l’investisseur lambda peut se protéger de l’invasion des robots.

Des robots qui courent, voient en trois dimensions et investissent sur les marchés. Nous allons devoir nous habituer à côtoyer des machines de plus en plus nombreuses et de plus en plus sophistiquées. Lancé dans une véritable course à l’armement technologique, Google a récemment acquis huit sociétés fabriquant des robots, dont certains ont l’air terrifiant, comme le LS3. Parmi elles, Boston Dynamics résume le mieux l’avenir proche. Son humanoïde Atlas est capable de « soulever, porter et manipuler l’environnement ».

Mais qu’on se le dise, d’autres machines manipulent déjà les marchés : les super-ordinateurs appliquant des algorithmes sophistiqués assurent une transaction boursière sur deux – ou deux sur trois, selon les estimations. Actifs sur tous les types de marchés, ces « traders » à haute fréquence réagissent à la milliseconde aux nouvelles pouvant faire bouger les cours, par exemple la publication de statistiques américaines. Pour gagner encore en rapidité, ces machines sont positionnées le plus près possible des bâtiments de la bourse (où les loyers dépassent bien sûr l’entendement). Lecteurs de Philippe Béchade et de son service Pitbull vous connaissez déjà parfaitement ce paradigme sur les marchés.

Vous avez une nanoseconde ?

Pourquoi, me direz-vous ? Cette première étude* décrit pourquoi un investisseur humain n’a aucune chance face à ces machines sur certains types de trades. Analysant les données d’un ETF sur le S&P 500, les chercheurs démontrent qu’un retard de 300 millisecondes diminue significativement les performances des stratégies basées sur les réactions aux nouvelles économiques. Même armé de la meilleure volonté et de la meilleure dose de café du monde (voire d’autres substances), un humain n’a donc aucun espoir de performer face aux robots qui réagissent en une fraction de seconde. Une nanoseconde – un milliardième de seconde – peut faire la différence entre un gain et une perte.

Moralité, vous avez tout intérêt à éviter les stratégies basées sur la réaction de (très très) court terme aux nouvelles économiques. Et, par extension, à éviter toutes celles où la rapidité est un avantage certain (souvent au détriment de la qualité). Vous aurez, en revanche, tout à gagner à apprécier votre bon café, avec toute la lenteur que cela suppose – ce que les machines ne pourront jamais faire – et toc !

Pour vous aider d’ailleurs à développer votre propre stratégie, en fonction de vos besoins, je vous recommande d’ailleurs le Sommet 2014 de l’investissement organisé prochainement par Inside ALPHA et dans lequel j’animerai plusieurs sessions. Vous y découvrirez tout ce que vous devez savoir pour maîtriser les trois piliers essentiels à tout investissement : 1) la recherche d’alpha (où comment dénicher de la surperformance sur les marchés) ; 2) le money management (où comment contrôler le risque) ; et 3) l’exécution (où comment s’assurer que le plan se déroule sans accroc).

Un exemple de ce qui vous attend

Voici un exemple de la performance d’une des stratégies que je vous présenterai lors de ce Sommet, parmi la bonne dizaine que je disséquerai en direct.

stratégie Solution orion

Mais revenons à nos robots, puisque leurs concepteurs visent bel et bien un but ultime : que les ordres boursiers soient transmis à la vitesse de la lumière. Réduire la distance physique entre les robots et les serveurs des bourses mondiales est un premier moyen de tendre vers ce Graal technologique. Un autre est lié à l’utilisation de fibre optique, qui a cédé sa place à des ondes microondes, qui ont été récemment remplacées par des ondes millimétriques ou encore par des lasers.

Vers un nouveau flash crash ?

Dans cette course, tous les participants non humains sont calibrés pour réagir plus ou moins de la même façon. En particulier pour déclencher des ordres d’achat ou de vente lorsque certains seuils sont franchis. Et comme les seuils en question sont identiques à peu près dans tous les algorithmes, le trading à haute fréquence produit parfois des accidents, comme le flash crash du 6 mai 2010 à Wall Street.

dow Jones crash du 6 mai 2010

Comme vous vous en souvenez certainement, ce jour-là, l’indice Dow Jones perdit près de 10% en dix minutes (un record historique) et enchaîna des hausses et des baisses telluriques. Les algorithmes ont simplement réagi à un important ordre de vente de contrats à terme sur le S&P 500, entraînant le marché dans une spirale de réactions et contre-réactions. La séance clôtura sur un recul d’environ 3%.

Mais de l’espoir demeure pour l’investisseur humain, pour deux raisons. La première : le Sommet 2014 début avril lui permettra de sortir de la masse et de trouver une stratégie qui correspond à ses objectifs ou à sa philosophie.

Deuxième raison : ces mêmes robots pourraient, comble de l’absurde, éduquer les traders à ne pas s’exciter pour rien (puisque de toute manière la partie est perdue d’avance). C’est d’ailleurs ce que démontre cette deuxième étude* : après avoir étudié la taille et les directions des opérations sur trois des principales paires de devises (on parle donc ici du marché des changes), les auteurs concluent que les algorithmes n’augmentent pas la volatilité des cours, bien au contraire.

A l’évidence, ce serait plutôt les humains qui génèrent la plus grande proportion de la variance des performances. Tout le monde connaît d’ailleurs dans son entourage des traders un peu surexcités, qui réagissent au quart de tour à la moindre nouvelle (sans importance dans 99% des cas). Auraient-ils bu trop de café ? Les machines pourraient peut-être les calmer dans ce sens (sait-on jamais).

Les humains peuvent-ils comprendre les machines ?

Qu’on le veuille ou non, l’impact des robots traders est bien incontournable. Au point que les auteurs de cette troisième recherche* recommandent avant tout de comprendre les machines – à défaut de pouvoir les maîtriser. Oui, comprendre des machines conçues par l’homme.

 

Comblant ainsi un vide dans la recherche académique, ce papier écrit par des spécialistes de la finance comportementale (théorie au cœur de notre stratégie phare que vous connaissez déjà certainement) conclut que les performances des marchés ne sont plus déterminées par les comportements des traders, mais par les aspects comportementaux des projets de recherche et développement des systèmes de trading. D’où l’intérêt de comprendre comment raisonnent les créateurs des robots. Stupéfiant, non ?

A ce propos, parmi la vingtaine de bonus (!) que les participants au Sommet recevront, l’un d’eux traite de ce sujet en particulier. Il se nomme « Comment anticiper l’avenir de la finance : un guide pour l’investisseur intelligent décidé à tirer profit de la robotisation de notre futur plutôt que d’en pâtir ».

Ma recommandation : le « slow investing »

Ma recommandation du jour est donc simple, mais cruciale : alors que la majorité des investisseurs tente, par tous les moyens, de battre le marché en étant le plus rapide possible, je vous conseille vivement d’y réfléchir à deux fois avant de réagir au quart de tour. Ecartez-vous du « bruit » ambiant, visez des stratégies cohérentes, prouvées scientifiquement, où le gain de performance ne se calcule pas en nanosecondes mais en mois, voire en année. Car, au fond de vous, vous savez pertinemment que l’objectif l’ultime est de viser des gains sur le moyen-long terme, non ?

Après le « slow food », la mode passera-t-elle au « slow investing » ? Du moins, vous connaissez mon point de vue sur la question.

Bons trades (scientifiques) !

*Toutes les études mentionnées dans cet article, et bien d’autres encore, peuvent être consultées en vous enregistrant sur notre page spéciale “Agora”

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sylvainfrochaux
Directeur de la recherche chez Straight from The Lab

Sylvain Frochaux est le directeur de la recherche chez Straight from The Labet fondateur de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/). Il est surnommé par ces pairs le « Japonais blanc » de la finance, en raison de son caractère jusqu’au-boutiste et de son parcours de vie.

Après des études brillantes à HEC Lausanne (où il finit premier de sa volée, avec notamment une thèse de master en économétrie financière), il se dirige vers le Japon pour y effectuer son doctorat. De retour en Suisse, il devient responsable de l’analyse financière et de la recherche académique pour le quotidien financier L’Agefi.

En 2009, il quitte le journalisme pour créer le groupe Straight from The Lab (https://ra113.infusionsoft.com/go/sftl/Agora/) qui a pour objectif de rendre accessible, aux investisseurs privés, les dernières recherches en finance. En 2013, après trois ans de recherche, il lance avec son équipe le service Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/), une solution d’investissement basée exclusivement sur l’analyse scientifique des marchés. Unique en son genre, cette stratégie fournit aux investisseurs un portefeuille clé en main, avec une garantie de performance (minimum 50% en cinq ans).

Toutes les études mentionnées dans les articles signés par Sylvain Frochaux peuvent être consultées en vous enregistrant sur la page commune des Publications Agora et de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so-agora/Agora/).

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