Le principal risque de l’investisseur et comment l’éradiquer une bonne fois pour toutes

Rédigé le 23 avril 2009 par | Big caps Imprimer

Parmi les innombrables études que le monde académique de la finance produit chaque année, une question récurrente est : quel est le risque principal auquel est exposé l’investisseur individuel. La réponse est unanime : il s’agit du risque de marché.

Les différents risques que vous encourez Prenons l’exemple d’un trader de la Zone euro, convaincu d’une hausse prochaine des prix du cuivre. Il déniche, au Venezuela, une entreprise minière cotée au Canada. Celle-ci affirme être la seule habilitée à exploiter une mine de cuivre dont les droits sont disputés.

A partir de ces quelques informations lacunaires, il est possible d’identifier plusieurs types de risques pour qui ferait l’acquisition de telles actions. Sans être exhaustif, citons :

– le risque politique : quid si le Venezuela annonce demain la nationalisation de tout gisement minier ? Vu la situation politique, cette éventualité est loin de sembler farfelue.

– le risque monétaire : imaginons qu’à la suite d’un concours de circonstances, le dollar canadien perde la moitié de sa valeur vis-à-vis de l’euro. Même si l’action a progressé de 20% dans l’intervalle, le résultat sera une perte de 40% pour le spéculateur qui paie ses factures en euros.

– le risque spécifique, ici particulièrement le risque juridique : il s’agit de l’impact de circonstances particulières à l’entreprise, par exemple son combat devant les tribunaux pour faire valoir sa concession, et ses chances de gagner.

– enfin comment ne pas citer le risque de marché ? Là aussi, si le titre résiste et fait 10% de mieux que l’indice, mais que ce dernier s’effondre de 50% comme récemment, l’investisseur se retrouve avec une perte sèche de 40% en portefeuille.

Comment calculer votre risque de marché ? Comme suggéré précédemment, le risque de marché est en moyenne plus dangereux à lui seul que tous les autres risques réunis. Oui, vous avez bien entendu. En éliminant le risque de marché, vous ferez en général plus pour votre portefeuille qu’en vous attaquant à tous les autres risques réunis.

Des théories dont les auteurs ont obtenu le prix Nobel partent du principe que le risque de marché peut être quantifié, à vue de nez, en calculant la racine carrée de la corrélation moyenne en portefeuille.

La corrélation est un concept simple Prenez deux actions que vous avez achetées, disons Nokia et Microsoft. Quand le marché baisse, la plupart du temps ces deux actions baissent aussi ; quand il monte, elles suivent toutes les deux la tendance. Si, à chaque soubresaut boursier, elles connaissent exactement la même évolution (en %), la corrélation sera de 1. En revanche, si Nokia perd 2.83% chaque fois que Microsoft gagne 2,83% (et vice-versa), la corrélation sera de -1. Enfin, si l’on ne peut absolument rien déduire de l’une à partir du comportement de l’autre, les deux titres sont parfaitement décorrélés, ce qui correspond à une corrélation de zéro.

Chaque portefeuille diffère, bien entendu. Toutefois, si l’on se base sur des données mensuelles annualisées (la norme dans l’industrie), la corrélation d’un paquet d’actions appartenant à un investisseur privé avoisine en général les 0,5. En d’autres termes, les titres sont moyennement et positivement corrélés. Cela signifie que, lorsque le marché perd 4% en un mois, certaines actions perdront 5% ou davantage, d’autres moins, tandis qu’une faible minorité de titres seront en progression.

Si la corrélation au sein du portefeuille est de 0,5, alors le risque de marché (risque systémique) sera d’environ 71% (soit la racine carrée de 0,5). En d’autres termes, il est tout à fait possible qu’un trader qui possède vingt titres dans des monnaies, situations, secteurs et pays différents soit exposé pour trois quarts au risque de marché et pour un quart seulement au reste !

Comment éliminer ce risque ? Eliminer ce risque est pourtant simple. Il suffit de jouer un titre contre un autre. En effet, à la roulette, le rouge et le noir ont une corrélation inverse parfaite. Si l’on exclut le zéro, la boule peut soit tomber sur le rouge, soit sur le noir et donc la corrélation est de -1.

De la même manière, en bourse, parier sur la baisse de l’action Apple (par exemple par le biais d’une vente à découvert) a une corrélation de -1 (hors frais) avec un pari haussier (achat de titres) sur l’action Apple : celle-ci ne peut pas à la fois monter et baisser au même moment.

Un trader souhaitant éliminer le risque de marché peut simplement placer autant d’argent à la hausse dans un certain titre qu’il place à la baisse sur une autre action : sa position sera alors dite « neutre au marché » (market neutral en anglais).

A partir de là, seule la sélection de titres compte. Un exemple. Il y a deux ans, je souhaitais conseiller à mes clients un investissement neutre dans le secteur de l’énergie (pétrole et du gaz naturel, en l’occurrence). A court terme, la société TransGlobe Energy (TGA) semblait prometteuse à la hausse, tandis qu’une autre, InterOil (IOC), était alors fortement surévaluée par le marché. Du 6 juin au 18 juillet 2007, en l’espace de moins de deux mois, nous avons donc vendu à découvert un certain montant en actions InterOil, tout en investissant la même somme à la hausse (par le biais d’un achat d’actions) sur TGA.

Comme le prévoyait notre analyse approfondie, alors que l’indice perdait 2% sur cette période de six semaines, TransGlobe a progressé de 31% tandis qu’IOC chutait de 45%. Ainsi, sans levier, ni risque de marché, ni risque sectoriel, le profit s’est élevé à 38%, soit 40% de mieux que l’indice, sans souffrir du stress lié à un krach potentiel.

Vous pouvez surperformer les indices Le graphique vous montre la surperformance (alpha) créée par la combinaison des deux positions, et la compare à l’indice.

Graphique du S&P 500 et de l'alpha

Il faut admettre que de nombreux traders choisissent d’effectuer de telles transactions avec un levier de deux fois.

Exemple : prenons 20 000 euros investis, donc 10 000 euros à la hausse et 10 000 euros à la baisse, pour un avoir en compte de 10 000 euros. Dans le cadre de notre exemple, la performance nette s’élève alors à 76%, et la surperformance (l’alpha) à 78%, toujours en six semaines. Et cela, en éliminant tout le risque de marché, soit près de 71% du risque total.

Cela étonnera de nombreux traders : moins de deux investisseurs sur cent ont adopté une telle technique jusqu’ici, malgré ses avantages évidents. Pas de raison de s’attrister toutefois. Pour l’investisseur « neutre », il est jouissif de disposer en permanence d’une foule de spéculateurs traditionnels inexpérimentés, prêts à prendre la contrepartie à toute transaction intelligente.

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur son site Le Coin des Insiders.

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

Un commentaire pour “Le principal risque de l’investisseur et comment l’éradiquer une bonne fois pour toutes”

  1. […] au marché (j'ai écrit un article sur la stratégie "neutre au marché", n'hésitez pas à le lire ici), en ajustant votre money management à la manière de Kelly, ce qui tient compte des risques tout […]

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