Risk-on sur les marchés !

Rédigé le 11 mars 2014 par | Autres indices, VIX Imprimer

Les investisseurs ont des étoiles plein les yeux.

Le vilain de l’histoire qui s’était cru permis de venir troubler les marchés lundi à été renvoyé séance tenante calmer sa mauvaise humeur au Kremlin et les robots algorithmiques ont repris leur boulot qui consiste à faire grimper éternellement les indices boursiers. J’avais remarqué en début de semaine une prolifération de gros titres à la « une » des sites boursiers américains expliquant qu’il n’existe plus que des signaux techniques haussiers à Wall Street. La plus petite divergence baissière a été impitoyable purgée et la hausse est absolument invincible.

Ce qui est très intéressant, c’est que les justificatifs tels que « hausse des profits », « progression des chiffres d’affaires », « anticipation d’un cycle économique positif » ont pratiquement disparu des plaidoyers pour le rallye haussier… et ce n’est pas avec les 9% de baisse des résultats des entreprises du CAC40 en 2013 que l’on va expliquer l’envol du marché parisien. Les articles se concentrent sur les indicateurs de volatilité qui tutoient leurs planchers historiques, le retour en force de l’appétit pour le risque, comme s’il s’agissait d’une matière première aux multiples vertus magiques.

Le VIX reste don scotché sur les 14 points, après une incursion sur les 21 en début de semaine dernière.

graphique du VIX

Les opérateurs, que les stratèges nous décrivent, n’achètent plus un projet industriel, une équipe dirigeante talentueuse, des ingénieurs et des salariés motivés. Acheter une boite comme WhatsApp 1 000 fois son chiffre d’affaires, c’est génial si cela permet d’anéantir 100 000 emplois chez les opérateurs téléphoniques historiques à l’horizon 2020.

Les gérants n’achètent plus une courbe de croissance des bénéfices (ils continuent de piquer du nez sur les valeurs du CAC40, ils affichent péniblement une progression de 5% en 2013 sur le S&P500 grâce à des rachats massifs de titres)… Non de non, assez de ces absurdités d’un autre âge ! L’investisseur du 21ème siècle achète du risque.

Dans le même ordre d’idée, vous n’achetez plus une bonne bouteille champagne mais de l’ivresse (mauvais exemple : je souscris pleinement à cette façon d’évoquer le breuvage des Dieux !). Vous n’achetez plus une voiture décapotable… mais des kilomètres les cheveux au vent (encore que ce concept tienne à peu près la route !). Vous n’épousez plus un conjoint mais de la virilité ou de la féminité (choisissez ce qui vous convient en fonction de votre propre orientation sexuelle) : oubliez complètement que vous avez affaire à une personne ! Vous ne visitez plus un pays, vous venez profiter d’heures de soleil garanties (et si le bus qui vous emmène de l’aéroport au village club traverse des bidonvilles, replongez-vous vite dans votre partie de Candy Crush ou Angry Birds).

Une fois que les robots ont rempli leurs escarcelles numériques de « Risque » (je mets une majuscule, car il se donne de grands R), le gérant doit veiller à ce que ce Risque… « délivre ».

Une entreprise correctement gérée ne produit rien qui vaille la peine d’y consacrer deux phrases. Elle doit délivrer du profit et des cash flows supérieurs aux estimations car l’objectif assigné initialement n’est jamais suffisant. Le seul mot d’ordre est « toujours plus ».

Ce qui me surprend, c’est qu’au moment même ou Vladimir Poutine reprend son rôle de « méchant », ce sont pas moins de grands stratèges qui viennent nous promettre des lendemains qui chantent et des actions attendues toujours plus haut.

Prenez Warren Buffet. A peine les actions américaines venaient-elles d’effectuer un plongeon de -0,7% lundi que le Sage d’Omaha nous expliquait qu’il fallait profiter de cette fantastique opportunité pour renforcer les portefeuilles.

Bill Gross, le PDG de Pimco, expliquait mardi que si les anticipations de taux zéro n’étaient pas remises en cause, il ne serait pas surpris de voir Wall Street privilégier le Risque pendant encore de longs mois.

Georges Soros déclarait la semaine dernière, en plein chaos ukrainien, qu’il aimait bien le secteur financier en Europe (le plus exposé à l’actualité géopolitique ainsi qu’à l’insolvabilité de la Grèce, de l’Espagne, de l’Irlande que Bruxelles met sous étroite surveillance). Etrange tout de même cette déclaration d’amour publique pour une classe d’actif qui vient de prendre 50% en quelques mois ! Etrange également cet envol de +11% de Orange qui réduit son dividende de 25% et ne parvient pas à enrayer l’érosion de son chiffre d’affaires… Cela fait-il également partie d’une stratégie qui privilégie le risque ?

Alors là, je dis « t’as un portefeuille et t’achètes pas de Risque ?… non mais, Allo quoi » !

Retrouvez toutes les analyses et les conseils décapants de Philippe Béchade dans sa lettre d’investissement Pitbull

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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