Retour sur l’effet bluff de Buffett

Rédigé le 22 février 2008 par | Autres indices Imprimer

Je reviens à la proposition de Buffett : le vieux sage a donc proposé aux trois principaux rehausseurs de crédit américains, AMBAC, MBIA et FIGC, empêtrés dans la crise des subprimes, de garantir les actifs les plus sûrs de leur portefeuille, les « obligations municipales ».

Permettez-moi d’insister sur la précision : « leurs actifs les plus sûrs ». Cela, on ne l’a pas beaucoup entendu à travers les médias traditionnels qui saluaient plutôt Buffett comme le sauveur de l’Amérique, voir de l’humanité !

Warren Buffett, deuxième fortune de la planète, est avant tout un investisseur avisé. Il a fait fortune en achetant des entreprises « bradées » par le marché mais qui avaient des actifs prometteurs, une activité simple, concrète, et rentable. Par exemple, Buffett n’a jamais investi un centime dans les technologiques — tout simplement, explique-t-il, parce que « c’est une activité qu’il ne comprenait pas ». Il préférait Coca Cola ou Gillette…

L’idée est un peu la même pour les rehausseurs de crédit. Le métier principal des assureurs obligataires est d’apporter leur garantie aux municipalités américaines lorsqu’elles empruntent de l’argent sur les marchés financiers. Buffett a créé sa propre société de réassurance obligataire et a proposé à nos trois rehausseurs d’assurer leurs obligations municipales à hauteur de 800 milliards de dollars

L’assurance obligataire municipale est le coeur de métier des rehausseurs – environ 75% de leur activité. Il s’agit d’un marché sain : le taux de défaut de paiement des villes US est très faible — moins de 1% –, alors que celui des ménages américains peut atteindre les 7%…

Toutefois, depuis quelque temps, les réhausseurs se sont surtout tournés vers les CDO, produits obligataires structurés, plus rentables, mais aussi plus risqués, dans lesquels on retrouve les fameux subprimes

… Le coup d’éclat de trop ? Warren Buffett laisserait donc les subprimes aux rehausseurs de crédit et les « dépouillerait », pardonnez moi l’expression, de leur actifs les plus sûrs. En fait, il les prive tout simplement (sauf miracle) de la moindre marge de manœuvre ! Ce n’est donc pas un hasard si Ambac a déjà refusé, et si les cours de ces sociétés continuent de dévisser.

Cette initiative, avec tout le respect que j’ai pour le sage d’Omaha, n’a donc rien de caritatif — et surtout, elle se révèle à double tranchant. Certes, elle affirme avec force que Buffett, investisseur respecté, garde sa confiance dans l’économie américaine. Mais elle présente des effets pervers à moyen terme. Il se pourrait bien qu’elle nous apparaisse, d’ici à quelques semaines ou à quelques mois, comme un prétexte à un simple rebond du marché, voire un coup d’éclat de trop pour notre cher milliardaire…

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Sebastien Duhamel
Sebastien Duhamel

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