Retour sur la décision de la BNS : nous n’avons pas encore vu tous les dommages collatéraux

Rédigé le 20 janvier 2015 par | Autres indices, Big caps Imprimer

La Banque Nationale Suisse a décidé, jeudi dernier, de mettre fin à la parité fixe entre l’euro et le franc suisse, provoquant une onde de choc sur le marché des changes et un effondrement de la Bourse de Zurich. Voici quelques questions que vous devez vous poser sur cette action surprise de la BNS… et quelques réponses que l’on peut y apporter.

 1. Pourquoi une telle décision et pourquoi maintenant?

Depuis le début 2014, l’euro n’a cessé de baisser contre toutes les devises. Sur ce graphique, l’Euro Index (un indice qui calcule l’évolution de l’euro face aux principales devises), est en chute libre depuis plusieurs mois maintenant… se retrouvant à son plus bas niveau depuis la fin 2003 ! Mais vous noterez que depuis un an, la chute s’est faite quasiment sans rebond.

Euro Index $XEU

Il ne servait donc à rien pour l’institution monétaire helvétique de continuer à créer du franc suisse pour acheter des euros (et éviter ainsi que le franc suisse ne monte) : l’euro représentait 45% de ses réserves de change. C’est tout simplement énorme !

De plus, l’imminence d’un QE à l’européenne dont tout le monde parle (dès ce jeudi ? notre Président semblait en être certain hier) a été de nature à refroidir les autorités monétaires suisses : un QE aura pour conséquence de continuer à affaiblir l’euro.

Par contre, il est légitime de s’interroger sur le timing de l’opération. J’avoue que jamais (enfin, très rarement), on avait vu une banque centrale annoncer une telle décision sans avoir préparé les marchés… et surtout en pleine matinée !

Sans doute eu-t-il été plus intelligent d’agir le week-end quand les marchés financiers étaient fermés et non un jeudi matin. Mais peu importe les dommages collatéraux : la BNS n’avait pas le choix, et ne pouvait continuer à soutenir de façon irrationnelle une devise vouée à baisser.

2. Pourquoi cet effondrement de la bourse suisse ?

Il faut savoir que le pays a moins de dix millions d’habitants. Il est donc tourné vers l’extérieur, et dépend énormément de ses exportations.

L’envolée du CHF (le franc suisse) fait perdre des parts de marché aux exportateurs, parmi lesquelles les groupes horlogers. Les Swatch (CH0012255151) ou autres Richemont (CH0210483332) (qui détient la marque Cartier par exemple) exportent environ 95% de leur production et leurs tarifs vont sensiblement augmenter, ce qui leur fera perdre évidemment des parts de marché. Ces groupes ont des coûts en francs suisses mais vendent en devises étrangères.  L’annonce a donc provoqué un vaste mouvement de baisse sur les valeurs les plus exportatrices : Richemont et Swatch ont chuté de plus de 20% en deux séances.

valeurs suisse

Même un groupe comme Nestlé (CH0012056047) a perdu 14% en fin de semaine dernière ! Pourtant, le géant de l’agroalimentaire a des ventes libellées dans la même devise que ses coûts… Oui mais : le groupe consolide ses comptes en francs suisses et subira des pertes.

Cours nestle

3. Quel impact pour l’économie suisse ?

Il est évident que le pays va souffrir. Les premières analyses sorties après cet abandon du « peg » (quand une devise est arrimée à une autre) tablent sur une croissance économique de 0,5% en 2015. Mais… ne risque-t-il pas d’y avoir de nombreuses faillites dans le monde des PME ? Elles exportent en effet 80% de leur production vers l’Union Européenne et subissent donc de plein fouet l’envolée du franc suisse.

Le tourisme ne sera sans doute pas épargné. Déjà des vacances de ski à Gstaad ou encore Saint Moritz étaient hors de prix, mais là, elles deviennent carrément inabordables. Prenons un exemple : vous avez réservé une chambre dans un petit hôtel suisse à 330 FS la nuit (270 €) ; pour une semaine, vous pensiez en avoir pour 2310 FS, soit 1890 €… eh bien non !  vous en aurez pour finalement 2310 € soit 22% de plus ! C’est une énorme augmentation. Y aura-t-il des annulations de séjour ? Peut-être pas tant que cela : la clientèle étant très aisée… peut-être n’est-elle pas à 22% de hausse de son séjour près. Mais en tout cas, c’est à suivre.

 4. Quels sont les dommages collatéraux ?

Je ne vais pas revenir trop longuement sur les difficultés de certaines maisons de courtage : Alpari UK et le néo-zélandais Global Brokers NZ sont en situation de faillite. Il faut également souligner le sauvetage in extremis de FXCM par la banque d’investissement Jefferies, avec un prêt garanti de 300 M$ au taux de 10%.

Mais… savez-vous plutôt qu’en Pologne, environ 40% des crédits immobiliers sont libellés en francs suisses, ce qui représente la bagatelle de plus de 30 Mds€ ? Oui, un grand nombre de Polonais, mais aussi de Croates, et de Roumains ont pris des crédits immobiliers arrimés à la parité avec le franc suisse… Inutile de vous dire que, eux, vont se trouver en grande difficulté, incapables de rembourser leurs banques. D’ailleurs l’indice polonais a perdu plus de 3,5% jeudi et vendredi, évoluant complètement à contre-sens des indices européens.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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